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Enfants neuro-atypiques : une scolarité encore semée d’embûches

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - De plus en plus visibles dans le système scolaire, les enfants neuro-atypiques – autistes, HPI ou atteints de TDAH – peinent encore à trouver leur place dans une école conçue pour des profils dits "standards".

Enfants neuro-atypiques : une scolarité encore semée d’embûches

Malgré les progrès de l’école inclusive, les difficultés d’adaptation, le manque de moyens et une méconnaissance persistante des troubles du neurodéveloppement continuent de fragiliser leurs parcours.

Une école pensée pour la norme

La neuro-atypie regroupe des fonctionnements cognitifs différents, comme le trouble du spectre de l’autisme (TSA), le trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ou encore le haut potentiel intellectuel (HPI). Ces enfants apprennent et interagissent autrement, avec des besoins spécifiques souvent mal pris en compte. Le système scolaire traditionnel repose sur des attentes uniformes : rester assis, suivre des consignes collectives, apprendre selon un rythme standard. Or, ces exigences peuvent entrer en contradiction avec les particularités de certains élèves. Difficulté à se concentrer, hypersensibilité, besoin de mouvement ou au contraire isolement : autant de caractéristiques qui compliquent leur adaptation en classe.

"La réalité c'est que la loi handicap, elle a 20 ans. Et elle disait que tous les enfants de la République vont à l'école de la République", commente au micro de Sud Radio Céline Lis-Raoux, fondatrice et directrice de la rédaction de Zèbres & cie, le magazine de la neurodiversité (en kiosque depuis le 20 avril 2026).

"L'inégalité, elle est due au hasard"

Pour aider ces enfants au sein de l'établissement scolaire, il existe des accompagnantes et accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). Mais avoir une AESH au sein de son établissement scolaire n'est pas toujours évident. "La prise en charge est une loterie : par exemple, cette année c'est bien, ça tombe bien, mais l'an dernier ça ne l'était pas. De manière assez étonnante, parfois on est dans des quartiers de Paris ou des endroits où on se dit 'la prise en charge va être formidable', et ça ne marche pas. Et parfois on est dans des endroits en France, dans des territoires ruraux où on se dit 'ça va être compliqué', et ça marche très bien ! L'inégalité, elle est due au hasard. Il y a vraiment, selon qu'on tombe dans une école avec une direction qui est extrêmement attentive à ça, souvent avec des professeurs ou des directrices et directeurs qui sont concernés eux-mêmes, pour avoir des enfants neuro-atypiques, et là, tout se met en place. Et parfois, il y a certains collèges et lycée où il n'y a aucune attention.

Et souvent, les AESH se partagent entre plusieurs enfants. Et c'est un problème : il y a tellement peu d'AESH qu'il y a des enfants qui ont des reconnaissances handicapés qui devraient avoir leur AESH et qui, finalement, mutualisent des AESH avec d'autres enfants qui, parfois, n'ont pas du tout les mêmes besoins, tout simplement parce qu'il n'y a pas assez de personnel", raconte Céline Lis-Raoux à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

Comme l'explique Céline Lis-Raoux, les pouvoirs publics ne prêtent pas l'attention nécessaire à la scolarisation d'enfants neuro-atypiques. "Nous, à Zèbres & cie, on a fait notre sujet ce mois-ci autour du burn-out des parents. Mais le burn-out des parents, il est d'abord lié au fait que les enfants n'ont pas de solution de scolarisation. Un parent qui n'a pas de solution de scolarisation pour son enfant est obligé de le garder à la maison. Et quand on est obligés de le garder à la maison, en général, c'est la maman qui arrête de travailler. Cela veut dire aussi que c'est un appauvrissement des familles. Et les AESH, ils ne tombent pas du ciel, c'est l'État qui les paie. Dans 95% des cas, ce sont des femmes qui ne sont pas à plein temps. Tout simplement parce que le temps scolaire n'est pas en plein temps. Et au-dessus de ça, il y a quelques mois, il y a eu un projet de loi qui avait été présenté pour titulariser ces AESH. Parce que non seulement ils sont mal payés, mais en plus ils ne sont pas titulaires de la fonction publique. Et le gouvernement a décidé de ne pas les titulariser en disant "ce n'est pas le moment de parler de ça". Сomment voulez-vous que des personnes acceptent de prendre un travail qui est un travail exigeant, difficile… ?"

"Notre collègue avait fait un dossier de 12 kg pour son enfant"

Cette mauvaise organisation au sein de l'Éducation nationale fait que pour les parents d'enfants neuro-atypiques, ce n'est pas simple non plus. "Ils ont le sentiment d'être pris en tenailles entre une multiplicité de problèmes. Le dossier [dans le dernier numéro de notre magazine] commence par une maman qui dit : "en fait, j'en peux plus de mon gamin". Parce qu'il y a des enfants qui ont des attitudes d'opposition très, très forte. Il y a des enfants avec un déficit d'intelligence, qui ont des besoins très particuliers. Donc, les parents, et souvent les mamans, disons-le, sont en première ligne. Ces mamans font le taxi plusieurs fois par semaine. Et pour peu que vous ayez plusieurs enfants neuro-atypiques, parce qu'il y a une forte composante génétique dans la neuro-atypie, ça veut dire que vous faites le taxi plusieurs fois par semaine pour plusieurs enfants", détaille Céline Lis-Raoux au micro de Sud Radio.

"Quand les AESH ne sont pas là ou qu'il n'y a pas d'AESH, vous gardez les enfants. Cela veut dire que vous perdez votre travail. Cela veut dire que vous avez des espèces d'injonctions qui vous expliquent qu'il faut tout faire bien, et vous avez le sentiment de ne rien faire bien. Parce que vous êtes fatiguée - quand on est fatigué, on fait rarement les trucs bien", poursuit Céline Lis-Raoux. "Et, par ailleurs, vous vous retrouvez en proie à des demandes de l'administration, qui sont parfois complètement iniques, avec des dossiers qui demandent des heures et des semaines de travail. Dans un numéro précédent, on avait fait un test : on avait calculé le nombre d'heures et le nombre de kilos de dossier pour la reconnaissance par la Maison des personnes handicapées. (C'est cette reconnaissance qui vous permet d'avoir accès à des aides à l'école, dont le fameux AESH.) On a une journaliste qui travaille avec nous, qui est elle-même maman d'enfant neuro-atypique : elle avait fait un dossier de 12 kg par an !"

Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

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