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Allergies : pourquoi les Français sont de plus en plus touchés

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - Près d’un Français sur trois souffre aujourd’hui d’allergies, un phénomène en nette progression depuis plusieurs décennies. Pollens, acariens, aliments ou médicaments : les causes se multiplient et interrogent sur l’évolution de notre environnement et de nos modes de vie.

Allergies : pourquoi les Français sont de plus en plus touchés

Face à cette "épidémie" silencieuse, les solutions existent, du dépistage aux traitements innovants comme la désensibilisation. Mais la prévention passe aussi par une meilleure compréhension des facteurs déclencheurs, notamment alimentaires et environnementaux.

Une progression continue des allergies

Les allergies ne cessent de progresser en France. Elles touchent désormais entre 25% et 30% de la population, contre une proportion bien plus faible il y a quelques décennies. Les formes les plus courantes sont respiratoires (pollens, acariens), cutanées ou alimentaires.

"Les habitudes alimentaires ont changé. On voit apparaître des allergies aux graines, au sarrasin, aux quinoa, au lait de chèvre, au lait de brebis, au sésame… En un mot, des choses qui étaient moins consommées dans les années précédentes. Donc, des modifications des habitudes alimentaires. Et on voit aussi des pathologies différentes, on voit des allergies strictement digestives qui peuvent toucher l'oesophage ou qui peuvent toucher l'intestin, qui provoquent des symptômes exclusivement digestifs, sans risque de choc anaphylactique. Mais c'est une pathologie qu'on voit émerger depuis une petite dizaine d'années", commente au micro de Sud Radio Dr Sophie Silcret-Grieu, allergologue et membre de la Société française d’allergologie.

Alors, pourquoi devient-on allergique ? "On a différentes pistes. La piste la plus universellement reconnue, c'est la théorie hygiéniste. C'est-à-dire que le système immunitaire, surtout dans les pays industrialisés, n'a pas été confronté dans la toute petite enfance à différents microbes. Nos bébés sont protégés d'un certain nombre de germes, à juste titre d'ailleurs. Mais le système immunitaire, quand il n'est pas confronté à des microbes, ce qui est son métier normal il a plus tendance, je dirais, à se fabriquer des ennemis imaginaires et donc développer un comportement allergique. On a par exemple constaté que les enfants qui étaient élevés dans des fermes et qui buvaient du lait pas trop pasteurisé et étaient confrontés à des animaux, à des milieux beaucoup moins stériles, beaucoup moins aseptisés qu'en ville… et bien, ces enfants développaient moins d'allergies. (Alors attention, je précise juste tout de suite que ça ne veut pas dire que qu'il ne faut pas vacciner les enfants, qu'il ne faut pas donner d'antibiotiques. Mais bon, c'est un des revers de la médaille.) Il y a aussi les modifications climatiques : on est exposés plus précocement et plus abondamment à des pollens auxquels on était confrontés de façon moindre et sur une durée plus restreinte", poursuit Sophie Silcret-Grieu à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

Peut-on soigner les allergies ?

Bonne nouvelle : les allergies se traitent, même si elles ne disparaissent pas toujours totalement. Les traitements classiques (antihistaminiques, corticoïdes) permettent de soulager les symptômes. Mais il existe aussi une approche plus durable : la désensibilisation, appelée immunothérapie allergénique.

"Est-ce que toutes les allergies se soignent ? Elles se prennent toutes en charge de façon différente. Pour certaines, on peut utiliser le fameux traitement de désensibilisation, mais qui n'est pas disponible pour tous les allergènes. Les désensibilisations sont accessibles pour les allergies aux acariens de la poussière et aux pollens : les pollens d'arbres, les pollens de graminées, mais pas pour tous les pollens, pas pour tous les allergènes. Par exemple, les gens qui sont allergiques aux chevaux, qui sont moins nombreux mais extrêmement gênés - pour le moment, on ne dispose pas de traitement pour cela. Par ailleurs, les allergies digestives, qui touchent l'œsophage ou l'intestin, ne peuvent pas bénéficier d'une désensibilisation. Mais il existe dans l'allergie alimentaire des traitements d'induction de tolérance. Donc, on a des traitements qui sont un petit peu différents selon les allergènes et les maladies allergiques. Mais tout ça est au cas par cas pour chaque patient.

Ce qui est sûr, c'est qu'il y a des recherches. Vous savez, l'allergie étant une maladie qui touche tellement de monde, elle intéresse beaucoup les laboratoires, on n'est pas une maladie orpheline. Donc, la recherche est abondante dans le domaine des traitements anti-allergiques, et il est certain que dans les années à venir, de nouveaux traitements seront disponibles. Mais enfin, on dispose déjà de pas mal de choses pour soulager les patients. Et on lutte tous les jours contre l'idée reçue que l'allergie est une fatalité, que ce n'est pas grave et qu'on peut la laisser courir", explique Sophie Silcret-Grieu au micro de Sud Radio.

Une logique proche de celle des vaccins ?

La comparaison avec les vaccins est souvent évoquée. Dans les deux cas, il s’agit d’entraîner le système immunitaire. Mais la finalité diffère. "C'est à la fois ça et en même temps tout le contraire. Comme pour une vaccination, on va en effet mettre en contact la personne allergique avec la substance à laquelle elle réagit, mais on ne va pas chercher à déclencher des défenses. Parce que justement, la réaction allergique, c'est une réaction de défense immunitaire inutile, et c'est cette réaction de défense qui rend malade. C'est pas l'allergène lui-même. Donc, on va apprendre au système immunitaire à ne pas réagir, on va apprendre à tolérer la substance. Dans le cas d'une allergie, il faut que le système immunitaire apprenne à vivre avec les allergènes, car ce sont, dans l'immense majorité des cas, des substances totalement inoffensives qui font partie de notre environnement et avec lesquelles on doit vivre. Donc, le principe de la désensibilisation, c'est qu'en donnant de petites doses répétées quotidiennes, on apprend au système immunitaire à tolérer.

Souvent, je fais la comparaison, surtout pour les jeunes patients, avec le videur de boîte de nuit. Notre système immunitaire se comporte un peu comme ça : il laisse entrer ou pas une substance étrangère à l'intérieur de nous, soit par voie respiratoire, soit par voie digestive. Et parfois, il décrète qu'une substance est dangereuse, alors qu'elle ne l'est pas. Désensibiliser, c'est montrer un peu tous les jours une photo de la personne au videur pour qu'il s'habitue à la tolérer et à l'accepter", explique Dr Sophie Silcret-Grieu.

Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

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