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Bioéthanol : pourquoi la France n’exploite pas pleinement son potentiel

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - Alors que les prix du pétrole restent élevés et volatils, le bioéthanol apparaît comme une alternative crédible pour réduire la facture énergétique des automobilistes et limiter la dépendance aux énergies fossiles.

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Le bioéthanol est le carburant du pouvoir d’achat. (Image libre de droit)

Pourtant, malgré ses avantages économiques et environnementaux, ce carburant reste encore marginal en France. Plusieurs freins structurels et culturels expliquent cette adoption limitée.

Bioéthanol : une consommation en progression mais encore limitée

Face à la flambée des cours du pétrole, la question des alternatives énergétiques revient au premier plan. Parmi elles, le bioéthanol – et en particulier le superéthanol E85 – se distingue par son coût nettement inférieur à celui des carburants classiques. Avec un prix moyen autour de 0,70 euro le litre, il permet de réaliser plusieurs centaines d’euros d’économies par an pour un automobiliste moyen, voire plus de 1.000 euros pour les gros rouleurs. À cela s’ajoute un impact environnemental réduit, avec une baisse significative des émissions de CO₂ par rapport à l’essence. Et pourtant, malgré ces atouts, le bioéthanol reste peu utilisé en France.

La consommation de bioéthanol progresse néanmoins, avec une hausse d’environ 15% en 2025, portée notamment par l’augmentation du parc de véhicules essence. Mais dans les faits, le superéthanol E85 ne représente encore qu’une part modeste du marché des carburants. Le nombre d’automobilistes équipés reste limité, avec environ 418.000 utilisateurs recensés, soit une minorité du parc automobile. Cette adoption reste donc bien en deçà du potentiel du bioéthanol.

"Au Brésil, 99% des voitures sont flexible-fuel, elles peuvent rouler ou à l'essence, ou à l'éthanol. Le Brésil est un gros producteur de pétrole aussi. Donc, en fonction des prix du pétrole, l'éthanol est plus cher que l'essence ou inversement. C'est le même parc roulant. Donc, quand l'essence est moins chère, les gens roulent à l'essence, et quand l'éthanol est moins cher, ils roulent à l'éthanol", raconte au micro de Sud Radio Jean-Luc Moreau, animateur de “On parle auto” sur Sud Radio, qui a visité le Brésil. "Vous prenez une ville comme Sao Paolo : il y a très peu de transports en commun, il n'y a pas de métro, donc beaucoup de circulation automobile. Vous divisez la pollution par deux juste quand l'éthanol est moins cher que l'essence", poursuit Jean-Luc Moreau.

Un frein majeur : la compatibilité des véhicules

Le principal obstacle réside dans la compatibilité des véhicules. Pour rouler au bioéthanol, il faut soit disposer d’un véhicule « flex-fuel » compatible d’origine, soit installer un boîtier spécifique. "Il y a quelques incompatibilités, qui sont de plus en plus levées par les nouveaux systèmes, parce que le boîtier a évolué. Donc, il faut vérifier auprès des fabricants de boitiers. Mais dans la très grande majorité des cas, on peut équiper la voiture", explique encore Jean-Luc Moreau à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

Or, ces véhicules restent peu nombreux sur le marché, et l’installation d’un boîtier représente un coût initial qui peut freiner certains automobilistes. Ce frein technique limite fortement la diffusion du bioéthanol, malgré son intérêt économique à long terme.

Des incertitudes réglementaires et des critiques environnementales persistantes

Le développement du bioéthanol est freiné par un contexte réglementaire incertain. "Les moteurs modernes qui arrivent aujourd'hui sur le marché sont tous compatibles éthanol. Ils ne sont pas homologués pour, donc vous n'avez pas le droit de rouler avec. Ils pourraient, mais on ne vous laisse pas le faire", raconte Jean-Luc Moreau.

Le bioéthanol n’échappe pas non plus aux critiques. Sa production repose en partie sur des cultures agricoles comme la betterave, le maïs ou le blé, ce qui soulève des questions sur l’utilisation des terres et la concurrence avec l’alimentation.

Néanmoins, même sur le point environnemental, le bioéthanol a aussi des avantages, sans nuire à l'environnement pour autant, estime Jean-Luc Moreau : "L'hiver, l'éthanol est E65, donc 65% d'éthanol, 25% de d'essence dans le carburant. L'été il passe à 85%, il va y passer au 1er mai. C'est 70% d'émissions de CO2 en moins, 90% d'émissions de particules en moins. Sur le papier, ça n'a que des avantages. Mais les écolos restent tankés sur cette concurrence alimentaire sans aller voir plus près. J'entends les écolos hurler et dire : 'oui, mais au Brésil il y a de la déforestation pour produire de la canne à sucre'. C'est du grand n'importe quoi. Ces plantations sont très loin de la forêt amazonienne. Pourquoi ? Parce que la canne à sucre a besoin de six mois de sécheresse et six mois de pluie pour concentrer le sucre. Or, si on la mettait près de la forêt, il y aurait beaucoup trop d'eau, elle gonflerait très, très vite, mais on ne pourrait pas produire d'éthanol avec. Donc, c'est ridicule de dire qu'il y a de la déforestation pour faire de la canne à sucre".

Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

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