En France, la complémentaire santé reste largement répandue, mais elle pèse de plus en plus lourd dans le budget des ménages. Dans un contexte de hausse des prix, certains Français revoient leurs priorités et réduisent leurs dépenses, y compris sur leur couverture santé. Un arbitrage contraint, qui met en avant des tensions financières persistantes et pose la question de l’accès aux soins.
"Je garderais le minimum obligatoire… mais le reste, je pourrais l’enlever"
C’est une ligne budgétaire de plus en plus scrutée. Selon les dernières données du ministère de la Santé, publiées la semaine dernière, 3,4 % des Français ne disposent pas de mutuelle. Un chiffre stable en apparence, mais qui traduit une tension croissante sur le pouvoir d’achat. Mais derrière ce pourcentage se cachent des choix très concrets. Marion, 26 ans, ne cache pas sa réticence face aux assurances : « S’assurer en permanence, ce n’est pas un truc dont je suis très partisane. Je garderais le minimum obligatoire… mais le reste, je pourrais l’enlever »
Une position assumée, souvent portée par les plus jeunes. Souvent, ce renoncement est financier. En 2025, une personne seule déboursait en moyenne 97 euros par mois pour une complémentaire santé. Un montant en hausse en 2026, qui pèse de plus en plus lourd dans les budgets.
Les plus fragiles en première ligne
Ce sont les ménages les plus modestes qui décrochent en premier. D’après une étude de la Drees, publiée début avril, 7 % des personnes vivant sous le seuil de pauvreté ne sont pas couvertes. Un taux deux fois supérieur à la moyenne nationale.
Le phénomène touche particulièrement les publics déjà fragilisés. Les chômeurs, les familles monoparentales ou encore certains étrangers sont davantage concernés. Et dans un cas sur trois, la raison est simple : les moyens manquent. Pourtant, des dispositifs existent. La complémentaire santé solidaire, censée garantir un accès aux soins à moindre coût, reste encore sous-utilisée. Par manque d’information ou par complexité administrative.
Se protéger ou économiser : un dilemme quotidien
Face à ces contraintes, chacun fait ses comptes. Mais pour certains, la priorité ne fait aucun doute. À la sortie d’une pharmacie, deux retraitées l’affirment : « Le coiffeur, ça peut attendre… la mutuelle, non. » Une dépense jugée essentielle, surtout en cas d’imprévu : « C’est indispensable quand les coups durs arrivent. »
Mais renoncer à sa complémentaire, c’est aussi accepter de prendre un risque. Arnaud en est bien conscient. Père de famille, il hésite. « Ma fille est couverte par ma mutuelle. Entre arrêter ou prendre quelque chose de moins protecteur, le fait d’avoir un enfant pousse à garder une couverture. »
Une réalité qui rappelle qu’au-delà du budget, c’est bien l’accès aux soins qui se joue. Sur le papier, la situation s’est pourtant nettement améliorée. En 1996, 13 % des Français n’avaient pas de mutuelle. Ils ne sont plus que 3,4 % aujourd’hui. La généralisation des complémentaires d’entreprise et les dispositifs publics ont réduit les inégalités.