Pas encore officiellement candidat à la présidentielle, l'eurodéputé Raphaël Glucksmann espère créer un élan avant l'été, avec la publication d'un livre et un meeting, l'occasion aussi d'enterrer définitivement l'idée d'une primaire de la gauche.
"Il est bien trop tôt pour se déclarer candidat", assurait le leader de Place publique début mai. Arrivé en tête de la gauche aux élections européennes avec 13,8%, il n'envisage pas d'officialiser sa candidature avant au moins septembre.
Mais il pose des jalons, avec la parution jeudi d'un livre, "Nous avons encore envie" (Allary Editions), dans lequel il appelle à un "grand sursaut patriotique" et présente les grandes lignes d'"un nouveau contrat social, politique, civique et écologique qui rende la France fidèle à son histoire", explique-t-il dans une lettre à ses adhérents.
Positionné sur une ligne sociale-démocrate, pro-européenne, écologiste, mais aussi anti-LFI, Raphaël Glucksmann s'est associé à l'écologiste Yannick Jadot, au socialiste Boris Vallaud et à l'ex-socialiste Emmanuel Maurel, pour lancer une initiative, "Construire 2027", visant à établir un projet commun, "crédible et mobilisateur" face à l'extrême droite.
Ils se réunissent régulièrement, notamment à la Maison Saint-Martin, un restaurant parisien, pour peaufiner la stratégie.
"Il y a toujours des nouveaux", se félicite Yannick Jadot, citant parmi les convives les socialistes Carole Delga, présidente de la région Occitanie, Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen, Michael Delafosse, édile de Montpellier, Hélène Geoffroy, l'ex-maire de Vaulx-en-Velin, tous opposants au premier secrétaire du PS Olivier Faure.
Dans cette équipe se trouvent aussi des communistes : le sénateur Pierre Ouzoulias, le député Yannick Monnet, l'ex-sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, des membres de la société civile comme Laurence Tubiana.
Pour rendre acceptable "une candidature commune sur un spectre politique aussi large", Yannick Jadot résume: "C'est ceinture et bretelles, avec un programme, puis une équipe qui porte ce projet et apparaît comme pouvant gouverner le pays. Puis un accord pour les législatives".
Tous en sont persuadés, le PS mais aussi une partie des Ecologistes les rejoindront, et mettront un terme définitif à la tentative de primaire de la gauche, défendue par Olivier Faure et la patronne des Ecologistes Marine Tondelier.
"On a des indicateurs de plus en plus forts que le PS se résout ou se convainc que la candidature de Raphaël devient la meilleure", résume Sacha Houlié, ex-député macroniste qui a rallié l'eurodéputé.
- "Montrer son envie" -
Quant à l'ex-insoumis François Ruffin, déjà candidat, ou le communiste Fabien Roussel, qui envisage de l'être, "ils n'auront pas le choix. Quand il y aura une dynamique à 17-18% et qu'ils seront à trois, ce sera fini", prévient un proche de l'eurodéputé.
C'est seulement après la construction de l'équipe qu'interviendra la désignation du "candidat le mieux placé", prévoit M. Glucksmann.
Sans grand suspens, puisqu'il est à ce stade celui qui dispose dans les sondages des meilleures intentions au sein de cet espace politique (autour de 12%), pour espérer capter le vote utile à gauche face à Jean-Luc Mélenchon. Même si l'ancien président François Hollande est aussi en embuscade.
Raphaël Glucksmann a déjà prévu un meeting le 13 juin à Aubervilliers, où il va "montrer son envie" de gagner. "Tout ceux qui en doutent en seront pour leur frais", assure M. Houlié.
"Ce que vont retenir les gens c'est ce que ce type-là peut diriger le pays", considère M. Jadot, qui juge que le moment du "rassemblement aura lieu en septembre". "Mais il faut se mettre d'accord avant l’été. On ne peut pas faire les rentrées politiques dans ce bordel".
Au PS, il reste des sceptiques: Raphaël Glucksmann "n'est pas capable de battre Eric Zemmour dans un débat", assure un député, en référence à son duel raté avec le candidat d'extrême droite sur LCI en novembre.
Le même fustige aussi la récente parution d'une note "délirante" d'un conseiller de l'eurodéputé, lui suggérant d'"éviter" certaines cibles électorales qui lui sont moins favorables, comme les banlieues, les faibles revenus et les jeunes. M. Glucksmann a affirmé être "à l'opposé" de cette note qu'il a immédiatement rejetée.
Dans l'entourage d'Olivier Faure, on ironise aussi sur son appel à "un grand sursaut patriotique": dans son livre, le thème de "la Nation" est très présent, ce n'est "pas tout à fait l'angle naturel de quelqu'un qui est candidat pour la gauche".