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Un pompiste sur la hausse du prix de l'essence : "C'est de la pure spéculation car on est loin d'une pénurie !"

Par Thomas Rannou

ENTRETIEN SUD RADIO - Alors que les tensions au Moyen-Orient perturbent le trafic maritime, les tarifs du carburant repartent à la hausse en France. Un pompiste indépendant témoigne et s'indigne.

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Que peut faire le gouvernement face à une inflation galopante ? (Fred Tanneu - AFP)

À Mont-de-Marsan, la tension internationale autour du détroit d’Ormuz commence déjà à se faire sentir à la pompe. Si aucune pénurie n’est à l’horizon, les prix, eux, grimpent. Abdelhak Bélabdi, pompiste indépendant, était invité du Petit Matin au micro de SUD RADIO pour témoigner d'une hausse de la fréquentation et dénoncer surtout un climat de spéculation dont, selon lui, les automobilistes font les frais.

Chute de 90 % du trafic des pétroliers dans ce détroit : comment vivez-vous la situation sur place, notamment avec vos clients ? Y a-t-il la queue chez vous ?

Il y a du monde, oui, mais moins que dans certaines grandes stations. Je suis indépendant : je suis propriétaire de mes murs et de mes pompes, et j’achète à un grossiste. Je ne suis ni Total ni une grande surface avec une grosse puissance d’achat. Donc c’est plus compliqué pour moi, même si la fréquentation a augmenté.

"En France, les prix sont libres"

Vous observez donc une évolution de la fréquentation ?

Oui, absolument. Mais ma clientèle ne regarde même plus le prix. Je suis situé sur un axe sans réelle concurrence, vers la plage, donc j’ai davantage de passage, surtout en été. Ici, les clients viennent surtout pour le service. En grande surface, les gens comparent les prix et acceptent de faire la queue. Chez moi, c’est différent.

Comment expliquez-vous que les prix augmentent déjà alors que le détroit d’Ormuz n’est bloqué que depuis quelques jours ?

Ce n’est pas surprenant. En France, les prix sont libres. Ce n’est pas comme au Sénégal où l’État fixe un tarif identique partout. Ici, chacun fait ce qu’il veut. Si quelqu’un veut vendre le litre 200 €, il peut le faire. Personne ne peut réellement l’en empêcher.

"Pour moi, c’est surtout du profit"

On parle de guerre, mais moins de 10 à 15 % du carburant mondial transite par le détroit d’Ormuz. Et il existe des réserves : on peut tenir un mois et demi à deux mois sans difficulté, et il y a, dans tous les pays développés, des réserves stratégiques d’au moins trois mois. On est donc très loin d’une pénurie. Pour moi, c’est surtout du profit.

Donc les hausses actuelles relèvent simplement de la spéculation ?

Exactement. C’est comme un cadeau de Noël plus cher avant les fêtes et moins cher après, ils se moquent du monde ! Les grandes surfaces négocient leurs volumes à l’avance, avec des barèmes à ne pas dépasser. D’habitude, elles font 2 ou 3 centimes de marge par litre.

Là, elles peuvent monter à 15 ou 20 centimes. C’est une façon de gagner davantage d’argent. Le baril est passé d’environ 70 à 82 dollars. Ça ne justifie pas de telles hausses à la pompe. Les carburants dépassent les 2 euros le litre : c’est excessif.

"C’est comme un cadeau de Noël plus cher avant les fêtes et moins cher après, ils se moquent du monde !"

En tant qu’indépendant, devez-vous négocier vos prix vous-même ?

Oui, mais je n’ai pas le même poids. Les grandes surfaces ont des cuves de 200 000 litres qu’elles vident en deux ou trois jours. Moi, ma cuve fait au maximum 68 000 litres, et je mets trois fois plus de temps à la vider. Je suis un petit acteur. D’ailleurs, 90 % des stations indépendantes ont fermé ces dix dernières années.

"Si c’est trop cher, je n’achèterai pas et je fermerai !"

Je passe par des intermédiaires. Avant-hier, on me proposait déjà l’essence à 1,98 € à l’achat. Pour une station indépendante, il faut ajouter 8 à 9 centimes pour vivre. Cela m’aurait obligé à afficher plus de 2,10 € le litre. À ce prix-là, j’ai plutôt envie de fermer. Si c’est trop cher, je n’achèterai pas et je fermerai.

Le gouvernement peut-il agir face à ces hausses ?

Honnêtement, non. Quand les prix sont libres, le ministre peut recevoir les distributeurs, demander de la modération, mais il n’a pas de réel moyen de pression immédiat. Au mieux, il peut menacer d’une taxe ou d’un ajustement fiscal si la situation dure. Mais on n’est pas dans un système où l’État bloque les prix.

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