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Santé mentale : une grande cause nationale délaissée qui mérite un plan Marshall

GROS PLAN SUD RADIO - À l’occasion de la parution du Livre bleu blanc rouge de la santé mentale, Didier Meillerand, fondateur du Psychodon, dénonce le manque de moyens et l’instabilité politique qui fragilisent le secteur et plaide pour un plan Marshall de 3 milliards d’euros par an.

Santé mentale : un grande cause nationale délaissée qui mérite un plan Marshall

En France, les troubles psychiques représentent un enjeu de santé publique massif, qui touchent près de 12 à 13 millions de citoyens, soit un Français sur cinq, au cours de sa vie. Sur le plan budgétaire, les soins psychiatriques et psychologiques s'élèvent à 23,3 milliards d'euros, captant à eux seuls 14 % des dépenses globales de l'Assurance maladie devant le traitement des cancers. 

Pourtant, malgré cette manne financière considérable, Didier Meillerand, président du Psychodon et animateur de l'émission La tête dans le taf sur Sud Radio, dresse un constat sévère. Il revient sur le bilan des deux dernières années au cours desquelles la santé mentale figurait comme « Grande cause nationale » mais déplore un bilan global de « deux années de grande causerie » sans budgétisation concrète. 

« J'ai eu affaire à 11 ministres de la Santé » sous Macron

Il rappelle notamment que « depuis que monsieur Macron est arrivé, j’ai eu affaire à 11 ministres de la Santé successifs ». Selon lui, cette rotation permanente a totalement paralysé les politiques publiques : « à peine le ou la ministre avait-elle compris la différence entre une bipolarité et une dépression qu'elle faisait ses cartons », pendant que le délégué ministériel à la santé mentale restait sur place « comme un rond de flanc ». 

Il dénonce une gestion sans « pilote dans l’avion » et rappelle qu'« il ne s'est rien passé parce qu'ils n’ont pas agi, sans budget ». Face à cette situation, il a dirigé la rédaction du Livre bleu blanc rouge de la santé mentale, dans lequel il a réuni psychiatres, soignants, patients, aidants et élus.

20 propositions sur la table

Un livre qui se présente comme un manifeste et formule vingt propositions, chacune accompagnée d'un budget et d'une méthode de gouvernance. Il aborde notamment la prévention, le parcours de soin, les jeunes, le travail, les seniors, les addictions, la justice et la recherche. « On ne pourra pas nous dire 'On savait pas’. Tout est dedans », explique-t-il.

Une carence de prise en charge chez les jeunes

L'impact du désengagement financier qu’il dénonce se fait ressentir directement dans les structures de proximité, où l'offre de soin s'est effondrée. Didier Meillerand rappelle que « depuis de nombreuses années, les CMP (Centre médico-psychologique) ferment sur les territoires », de plus en plus asphyxiés par « le manque de moyens ». Dans certains centres publics, les délais d'attente atteignent désormais 18 mois pour obtenir un rendez-vous.

Cette pénurie est particulièrement critique chez les spécialistes de l'enfance et de l'adolescence, le fondateur du Psychodon souligne « qu’il y a 15 000 pédopsychiatres dans notre pays » alors qu'« il en faut 150 000 », estimant que le rattrapage de ce déficit reste avant tout « une question de volonté politique ». Une carence de prise en charge frappe de plein fouet les jeunes générations, alors même qu’environ « 30% de jeunes » sont aujourd'hui frappés par des troubles anxieux. 

Didier Meillerand appelle aussi à démystifier la consultation psychologique et « à consulter dès les premiers troubles psychiques, dès qu'on sent que ça ne va pas bien et que ton corps te parle », citant notamment les « troubles du sommeil ou de l'appétit ». Il prévient que si l'État n'investit pas dans l’accompagnement des jeunes, « c'est nous qui allons en payer le prix fort parce qu'ils sont notre avenir ». Sur les drames récents, comme à Aubagne, et la hausse de la violence impliquant des mineurs, il souligne que lorsque « un jeune prend un fusil à 14 ans, il s'agit certainement d'une question de santé mentale » et d'une rupture des repères.

Un « plan Marshall » du système de santé publique

Pour réformer en profondeur le système de santé publique, Didier Meillerand préconise le déploiement d'un « plan Marshall » chiffré à « 3 milliards d'euros par an sur 5 ans ». Sur le plan territorial, cet investissement doit notamment garantir la présence d'au moins « un CMP ouvert 24 heures sur 24 dans chaque département » afin d'assurer une permanence des soins d'urgence. 

« Les économies à faire sont colossales » admet-il. Mais « on peut quasiment faire la même chose en dépensant mieux », affirme le président du Psychodon. Il explique que la clé réside dans la réduction des séjours hospitaliers évitables. « Avant de médicaliser, avant d'hospitaliser, il faut repérer, prévenir » explique-t-il.

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