Aide sociale à l’enfance, versement du RSA, construction et rénovation de collèges, financement des pompiers et des routes… Voici toutes les missions qui pourraient être soumises à des coupes budgétaires en raison du prélèvement de 1,9 milliard d’euros sur le budget des conseils départementaux prévu par le projet de loi de finances pour 2027. Une bonne occasion pour les présidents de conseils départementaux de se réunir ce mercredi à Reims pour leurs assises annuelles.
« Je suis absolument sidéré. Franchement, chacun connaît les difficultés que nous avons aujourd'hui dans les départements », déclare François Sauvadet, ancien ministre et président de l’association Départements de France, au micro de Sud Radio.
La « soutenabilité du système compromise » ?
« On nous prélève 1,9 milliard sans même nous en parler préalablement. On est dans un monde de fous », insiste-t-il. Et déplore : « Est-ce qu'on croit qu'on va gagner la bataille du déficit de l'État en faisant les poches des départements ? Je n’arrive même pas à comprendre. On va aggraver la situation des Français. » Pour lui, entendre « à l'Assemblée nationale des députés qui disent qu'on ne peut pas aider les départements au motif d’une Sécu en faillite, ça veut dire que la soutenabilité du système est compromise ».
Comment faire des économies avec « un État obèse » ?
Alors, comment faire des économies sur les budgets départementaux sans procéder à des coupes susceptibles de mettre en danger certains secteurs ? « Je ne sais pas du tout comment faire parce qu'on verse des prestations dont nous ne fixons pas le montant, et l'État nous laisse bien seuls », explique François Sauvadet.
Il dénonce « un État qui n’a jamais été autant centralisé et qui n’a jamais autant dépensé », « un État obèse », alors qu’il estime par ailleurs que, depuis dix ans, l’État a supprimé dans les départements « la taxe d’habitation », par exemple, les contraignant à « perdre le foncier bâti ». L’ancien ministre révèle que cela représentait « 45 milliards de ressources qu'on a scratchées » et revendique « un état des lieux sérieux ».
« Les départements vont mettre la clé sous la porte ! »
Pour le président de l’association Départements de France, le problème réside dans la politique menée par l’État depuis dix ans. « On a fait le contraire de tout ce qu'ont fait les pays européens, on a continué de recentraliser, là où il aurait fallu rapprocher l'argent public du citoyen pour le rendre plus utile et plus efficace », dit-il.
De nombreux départements sont déjà en difficulté actuellement. Il cite notamment « la Gironde qui est en très grande difficulté, l’Aisne, les Ardennes ». Mais son exemple le plus parlant est celui de l’Essonne. « L'Essonne vient d'annoncer qu'elle ne pourra pas boucler son budget. Elle a annoncé qu'elle ne financerait plus le RSA. Je ne sais pas comment ça va se passer. Il va y avoir un recours sur le budget, peut-être une mise sous tutelle du budget. » Et de conclure par cette formule : « Si on continue comme ça, les départements vont mettre la clé sous la porte. »