Les lycéens manifestent depuis plusieurs semaines et le gouvernement annonce avoir trouvé 3 000 enseignants pour les remettre devant les classes. Comment interprétez-vous cette situation ?
Il y a énormément de professeurs qui ne sont pas devant les élèves. Nous avions chiffré, en octobre 2021, à environ 100 000 le nombre d’enseignants qui ne se trouvaient pas devant les classes, soit près de 12 % des effectifs. Bien sûr, certains ont d’autres missions, travaillent dans des associations ou sont en formation. Mais ce sont des personnels que l’on rémunère et que l’on peut potentiellement mobiliser.
🧑🏫 @EdouardGeffray promet 3 000 profs remplaçants d’ici mardi #GrandMatinWeekEnd 🗣️ Agnès Verdier-Molinié (@iFRAP) : "Le problème n’est pas un manque de moyens, mais un problème d’organisation" 📻 https://t.co/y4VcQ5a6lt ☎️ 0 826 300 300 https://t.co/F8TE2Epwl4
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Le ministre affirme qu’il ne va pas s’excuser d’avoir trouvé 3 000 professeurs. Cela paraît tout de même surprenant de pouvoir en mobiliser autant aussi rapidement.
C’est toute la complexité de la machine de l’Éducation nationale. Cela fait longtemps que l’on sait que gérer près d’un million de personnels de manière centralisée est extrêmement compliqué. Aucun pays ne fonctionne exactement de cette façon. Dans beaucoup de pays, l’éducation est davantage décentralisée et les établissements disposent d’une plus grande autonomie.
C’est d’ailleurs ce qui fonctionne dans le secteur privé. Je trouve étonnant que le débat public ne porte pas davantage sur cette question.
On parle des lycées bloqués ou dégradés, mais qu’en est-il des établissements privés sous contrat ? Ils accueillent pourtant énormément d’élèves. Pour moi, le sujet n’est pas un problème de moyens, mais d’organisation, voire de réorganisation de l’Éducation nationale.
« Il fallait agir beaucoup plus vite sur les taxes sur les carburants »
Le gouvernement débloque des réserves stratégiques de gazole et promet une baisse de 12 à 18 centimes par litre pendant trois mois. Est-ce une véritable solution pour soulager les automobilistes ?
C’est un peu une rustine. À la Fondation IFRAP, nous avons défendu depuis le début l’idée de supprimer la TVA sur l’ancienne TICPE, devenue la TICPE intégrée à la fiscalité sur les carburants. Cela représenterait environ 4,5 milliards d’euros de recettes en moins, mais aurait permis d’éviter une partie de l’effondrement de la consommation que nous avons connu.
Ce qui est étrange, c’est d’agir maintenant alors que l’on sait qu’il aurait fallu intervenir beaucoup plus vite. En faisant le tour de l’Europe, on constate que les Espagnols et les Italiens ont agi sur la fiscalité des carburants. En France, on hésite à le faire parce que la situation budgétaire est extrêmement tendue.
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Mais ne rien faire, ou presque, a aussi un coût. Les aides ont été ciblées sur certains secteurs et sur les gros rouleurs, mais de nombreux Français ont simplement décidé de moins se déplacer parce que l’essence et le gazole sont trop chers. Cela finit par peser lourdement sur l’économie.
«Le nombre de personnes dans les administrations publiques a augmenté de 139 000 »
L’État est-il incapable de se réformer ? Bercy annonce des baisses d’effectifs, mais vous avez identifié 8 000 agents supplémentaires en 2027.
C’est ce qui est assez incroyable : les chiffres figurent dans les documents budgétaires eux-mêmes. Bercy veut nous faire croire qu’il y aurait une baisse de plus de 1 000 agents, mais ce résultat est obtenu en agrégeant les effectifs de l’État avec ceux des caisses sociales, qui ne relèvent pas du budget de l’État.
On additionne donc des choux et des carottes pour annoncer une diminution. En réalité, on augmente encore de 8 000 le nombre d’agents de l'État.
Nous avons également comparé les effectifs des administrations publiques entre le premier trimestre 2017 et le premier trimestre 2026. Le résultat est une hausse de 139 000 personnels dans les administrations publiques.
Comment expliquer que les solutions que vous préconisez ne soient pas davantage mises en œuvre ?
Parce qu’en France, on ne regarde pas suffisamment comment l’argent public est dépensé. On ne remet pas véritablement en question le nombre de caisses sociales, de collectivités locales ou d’agents publics.
Nous comptons près d’un million d’agents publics supplémentaires par rapport à la moyenne des autres pays de la zone euro, hors France. Cela représente, selon nos estimations, environ 40 milliards d’euros de dépenses supplémentaires.
Il faut aussi regarder les dépenses de retraite et de protection sociale. Nous partons à la retraite plus tôt que dans beaucoup d’autres pays européens et notre système de protection sociale coûte plus de 50 milliards d’euros supplémentaires par an par rapport à nos voisins, selon les comparaisons que nous défendons.
Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner que les déficits persistent. Les économies sont à chercher dans l’organisation même de la dépense publique.
« Les contribuables ont une obligation de résultat, pourquoi pas les élus ?! »
Vous avez proposé de mettre sous séquestre la moitié des indemnités des ministres, des députés et des hauts fonctionnaires jusqu’au retour à l’équilibre des comptes publics. Est-ce avant tout une mesure symbolique ?
Ce n’est pas une proposition destinée à réaliser des économies significatives. Elle est née après l’annonce du Premier ministre, qui envisageait une baisse de 10 % de la rémunération des ministres. Cela représentait environ 450 000 euros d’économies.
J’ai répondu qu’il fallait instaurer une véritable obligation de résultat pour nos élus et les grands dirigeants de l’administration.
L’idée serait de mettre de côté la moitié de leurs rémunérations jusqu’au retour à l’équilibre des comptes publics. Il ne s’agirait pas de supprimer définitivement cet argent, mais de le leur verser lorsque l’objectif serait atteint. Cela pourrait prendre des mois ou des années.
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Et cet équilibre devrait être atteint sans augmenter les impôts ?
Absolument. Il serait trop facile de demander aux élus de rétablir les comptes en augmentant encore la pression fiscale sur les Français, les entreprises, les indépendants et les commerçants.
L’objectif doit être clair : rééquilibrer les comptes publics, hors charge de la dette, sans aucun impôt supplémentaire.
Il y a d’ailleurs une contradiction. Dans le budget 2026, un dispositif prévoit de maintenir la contribution différentielle sur les hauts revenus jusqu’à ce que le déficit public repasse sous le seuil de 3 % du PIB. Autrement dit, les contribuables ont une obligation de résultat, mais les élus et les dirigeants des administrations n’en ont pas.
On ne peut pas continuer ainsi alors qu’une crise de la dette se profile.
« En 2027, on va dépenser 43 milliards de plus qu’en 2026 »
Le mur de la dette se rapproche-t-il réellement ?
Le problème, c’est que nous avons l’impression de pouvoir continuer à dépenser sans compter, à distribuer des aides et à creuser les déficits. Pourtant, les chiffres budgétaires montrent que les dépenses continuent d’augmenter.
En 2027, nous allons dépenser 43 milliards d’euros de plus qu’en 2026, tandis que les prélèvements obligatoires devraient augmenter de 47 milliards d’euros, selon les chiffres évoqués dans le débat budgétaire.
On nous parle d’économies, mais la dépense publique continue de progresser et la pression fiscale augmente. Ce n’est pas soutenable à long terme.
Il faut donc arrêter de considérer que l’on peut résoudre tous les problèmes en dépensant davantage ou en demandant toujours plus aux contribuables.
« Notre salut ne sera pas dans toujours plus d’impôts et toujours plus de déficit »
En conclusion, les milliards d’économies sont-ils à portée de main ? Suffirait-il de réduire les dépenses excessives de l’État ?
Il faut d’abord se poser les bonnes questions. Que font les pays qui nous entourent pour parvenir à créer davantage de richesse privée et marchande ? C’est cette richesse qui permet ensuite de réduire le poids de la dette par rapport à la richesse nationale.
Notre salut ne sera pas dans la décroissance, ni dans toujours plus d’impôts et toujours plus de déficit. Il sera dans moins de dépenses, moins de déficit, moins de dette, mais aussi davantage de création de valeur ajoutée marchande.
Cela signifie qu’il faut travailler davantage, produire plus en France, développer le nombre d’entreprises, attirer davantage d’investissements et favoriser les embauches dans le secteur privé.
Pour y parvenir, il faudra réduire progressivement la part de la dépense publique dans le PIB. Ce ne sera pas facile, car nous sommes, d’une certaine manière, devenus dépendants de la dépense publique.
Mais c’est la seule voie pour sortir par le haut de la situation actuelle. La question de la maîtrise des dépenses publiques devra être au cœur des propositions des candidats à l’élection présidentielle.