single.php

Portugal - Espagne : une rivalité historique qui dépasse le football

À quelques heures du coup d'envoi au Dallas Stadium, l'Espagne et le Portugal s'apprêtent à rejouer l'un des plus vieux face-à-face du football mondial. Une rivalité ibérique qui plonge ses racines bien avant le premier coup de sifflet de 1921, dans une histoire commune faite d'unions forcées, d'indépendance reconquise et d'un besoin de se distinguer du grand voisin.

Portugal - Espagne : une rivalité historique qui dépasse le football
(Photo by Tobias SCHWARZ / AFP)

Ce soir, le Portugal de Cristiano Ronaldo défie l’Espagne de Lamine Yamal pour une place en quart de finale. Un derby ibérique devenu monnaie courante dans les grandes compétitions après la Ligue des Nations 2025, la Coupe du monde 2018 ou l’Euro 2012. Mais avant de s'exprimer sur les terrains de football, la rivalité entre l'Espagne et le Portugal trouve ses racines dans l'histoire.

En 1580, après une crise de succession, Philippe II d'Espagne annexe le Portugal, qui perd son indépendance pendant soixante ans lors de l'Union ibérique. Si les institutions portugaises sont d'abord préservées, la domination espagnole est progressivement vécue comme une dépossession. La restauration de l'indépendance en 1640, encore célébrée aujourd'hui au Portugal, a façonné leur identité nationale construite en partie contre l'idée d'une absorption par son voisin.

« Frères, mais pas trop »

Pour autant, l'antagonisme entre les deux pays relève davantage d'un besoin de différenciation que d'une véritable hostilité. Espagnols et Portugais partagent une péninsule, une histoire et des langues proches, mais cette proximité a longtemps alimenté la volonté portugaise d'affirmer sa singularité. Au XIXe siècle, le projet d'« ibérisme », qui envisageait une union des deux États, échoue notamment face à la crainte portugaise d'une nouvelle domination espagnole. Une relation souvent résumée par une formule populaire : « frères, mais pas trop ».

Le football, nouveau terrain d'affrontements

C'est dans ce contexte que le football devient, à partir du XXe siècle, un espace central où cette relation peut se rejouer sur un pied d'égalité, le temps d'un match. Pour le Portugal, pays nettement moins peuplé et longtemps moins riche que son voisin, la pelouse offre une scène où la taille du pays et son poids économique ou diplomatique ne comptent plus : onze joueurs contre onze, sur un rectangle vert, l'histoire peut s'écrire autrement

Cette dimension explique en partie pourquoi la première victoire portugaise face à l'Espagne, obtenue seulement en 1947, a été vécue comme une libération sportive faisant écho, à sa mesure, à l'indépendance politique de 1640. Elle explique aussi pourquoi l'irruption, dans les années 2000, d'une génération dorée portugaise emmenée par Luís Figo puis par Cristiano Ronaldo a été perçue au Portugal comme la preuve tangible que le rapport de force s'était enfin inversé, y compris sur le plan symbolique.

Une domination espagnole écrasante à ses débuts

Mais avant de les regarder dans les yeux, les Portugais ont été vu de haut par leur voisin. Au début de l’histoire footballistique, qui commence le 18 décembre 1921 à Madrid, l'Espagne s'impose 3-1 lors du tout premier match international du Portugal. Et pendant plus de deux décennies, la Roja écrase son voisin sans partage. 

Le sommet de cette suprématie survient lors des qualifications pour la Coupe du monde 1934, où l'Espagne inflige au Portugal une correction historique (9-0) avant de conclure la double confrontation par une nouvelle victoire à Lisbonne. Il faut attendre le 26 janvier 1947, soit vingt-six ans après leur premier duel, pour voir le Portugal signer son tout premier succès face à l’Espagne (4-1), mettant fin à un long complexe d'infériorité, sportif autant que symbolique.

L'Euro 2004, le point de bascule

Depuis ce premier match de 1921, les deux sélections se sont affrontées à 41 reprises. Le bilan comptable penche toujours en faveur de l’Espagne avec dix-huit victoires contre sept pour le Portugal et seize matchs nuls. Mais au fur et à mesure, les forces se sont équilibrées à mesure que le football portugais s'est structuré, en particulier à partir des années 2000.

C'est précisément à partir de l'Euro 2004, organisé au Portugal, que la rivalité prend une autre dimension. Battue lors du match d'ouverture par la Grèce, la Seleção doit impérativement battre l'Espagne au dernier match de poule pour se qualifier. À l'Estádio José Alvalade, l'attaquant Nuno Gomes inscrit l'unique but de la rencontre, offrant au Portugal sa première victoire à l’Euro sur son voisin, provoquant l'élimination espagnole. 

Euro, Coupe du monde, Ligue des Nations… De la revanche dans l'air

Six ans plus tard, lors de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, l'Espagne prend sa revanche dès les huitièmes de finale grâce à un but signé David Villa, ouvrant la voie à son premier, et seul, sacre mondial. Les deux équipes se retrouvent ensuite en demi-finale de l'Euro 2012, conclu sur un score vierge après prolongations avant que la Roja ne s'impose aux tirs au but. La phase de groupes de la Coupe du monde 2018 offre le sommet de dramaturgie de cette rivalité avec un match nul trois buts partout, sublimé par un triplé d'un Cristiano Ronaldo.

Et le contexte de ce huitième de finale est d'autant plus électrique que le dernier affrontement est tout frais et spectaculaire. Le 8 juin 2025, lors de la finale de la Ligue des Nations de l'UEFA à Munich, Martin Zubimendi ouvre le score pour l'Espagne, Nuno Mendes égalise pour le Portugal, Mikel Oyarzabal redonne l'avantage à la Roja juste avant la pause, avant qu'un nouveau but de Cristiano Ronaldo ne renvoie les deux équipes dos à dos. Ce sont finalement les Portugais qui décrochent le trophée après une séance de tirs au but.

Le prodige Yamal contre la légende Ronaldo 

Un peu plus d'un an après cette désillusion, l'Espagne de Luis de la Fuente arrive à Dallas portée par la nouvelle génération incarnée par le prodige Lamine Yamal, aux côtés du Ballon d’Or Rodri, largement dominateur de l’Autriche en seizièmes. En face, le Portugal de Roberto Martínez a dû batailler davantage face à la Croatie pour composter son billet, et mise sur l'expérience d'un Cristiano Ronaldo de 41 ans, à qui il devrait s'agir de sa dernière Coupe du monde. 

Au-delà du simple résultat, cette rencontre au Dallas Stadium résume à elle seule cinq cents ans d'une relation faite de proximité et de rivalité assumée : deux peuples voisins, deux langues sœurs, une histoire commune parfois imposée, et un besoin, éternellement renouvelé sur la pelouse, de prouver que l'on n'est pas simplement l'ombre de l'autre.

L'info en continu
17H
16H
15H
14H
Revenir
au direct

À Suivre
/