La Constitution est sans appel : Emmanuel Macron ne peut envisager un troisième mandat consécutif. Une règle entrée en vigueur en 2008 qui n’avait donc jamais concerné les derniers chef d’État, François Hollande et Nicolas Sarkozy.
« S’il ne tenait qu’à lui, évidemment qu’il se représenterait ! »
« Cela n’est jamais arrivé à un président de la Ve République avant lui d’être interdit de se représenter », rappelle, sur Sud Radio, Louis Hausalter, journaliste Le Figaro chargé du suivi de l'Elysée et auteur de "La foudre et les cendres". À bientôt 50 ans, le chef de l’État se retrouve dans une situation paradoxale : empêché juridiquement, mais toujours politiquement actif.
« S’il ne tenait qu’à lui, évidemment qu’il se représenterait » explique Louis Hausalter qui dévoile que « cette règle l’enrage. Il ne va pas l’enfreindre, c’est écrit noir sur blanc dans la Constitution. En revanche, il peut revenir en 2032 » poursuit-il.
Quinze mois pour finir, sans majorité ni successeur... ni mesure phare
Privé de majorité depuis la dissolution, affaibli dans l’opinion avec une cote de popularité inférieure à 20 %, Emmanuel Macron aborde une fin de mandat sous tension, « dans une situation très baroque ».
D’ici 2027, il ne reste donc à Emmanuel Macron que « la scène internationale, la défense de son bilan et la gestion de crises éventuelles », explique Louis Hausalter, citant notamment la colère du monde agricole ou les dernières réformes symboliques, comme l’interdiction des réseaux sociaux avant quinze ans.
Cette dernière mesure pourrait même « être l’une des seules dont on se souviendrait sur l’ensemble de ses deux quinquennats, à condition qu’elle soit applicable. Sinon, ce sera comme l’interdiction des téléphones au collège : officielle, mais contournée. »
« Sa fin de règne est une tragédie »
Mais le cas d’Emmanuel Macron n’est pas complètement différent de ses prédécesseurs. Selon le journaliste, « chez tous les présidents, la fin de règne est une tragédie. Je la compare à une tragédie racinienne : un personnage condamné qui le sait, entouré de figures qui s’éloignent, intriguent, se détournent. »
La dissolution de 2024 aurait alors « accéléré son propre crépuscule en lui faisant perdre toute majorité. Avant 2024, il avait encore des leviers. Après, non », explique-t-il.
« 2032 ? «Lui y pense, et surtout ses proches pensent pour lui »
Mais si 2027 est fermé, 2032 reste ouvert. Et l’idée d’un retour n’a rien d’anecdotique dans l’entourage présidentiel. « Lui y pense, et surtout ses proches pensent pour lui », confie Louis Hausalter. À 49 ans à la fin de son mandat, Emmanuel Macron resterait un ancien président particulièrement jeune, même dans six ans. « Tous les anciens présidents en âge et en capacité de revenir ont tenté un retour. Le pouvoir est une drogue. Quand on vous enlève la perfusion, vous voulez y revenir. »
Macron–Le Pen Acte 3 ? « L'idée existe »
Et l’hypothèse d’un troisième duel Macron-Le Pen est même bien présente dans certains cercles. « C’est de la politique-fiction, mais l’idée existe », reconnaît le journaliste. Les deux adversaires historiques de 2017 et 2022 pourraient se retrouver empêchés en 2027 pour des raisons différentes : « Emmanuel Macron par la Constitution, Marine Le Pen possiblement par la justice. Si les conditions juridiques le permettent, un troisième match en 2032 n’est pas une simple plaisanterie pour certains de ses proches. »
L’international pour « soigner son image »
En attendant, Emmanuel Macron investit pleinement le champ international. « Sur le plan national, il a peu de marges de manœuvre. À l’international, il soigne son image de futur sage, de médiateur », analyse Louis Hausalter. Mais là encore, le bilan est contrasté : « Ukraine, Afrique, Moyen-Orient, Europe sous pression sino-américaine. Son bilan ne parle pas entièrement pour lui ». Empêché en 2027, Emmanuel Macron est affaibli mais pas retiré pour autant et semble déjà prêt pour un troisième mandat, malgré de quinquennats en dents de scie.