L'avenir du système éducatif s'impose aujourd'hui au cœur du débat public en France. Dans un contexte marqué par les blocages actuels et les inquiétudes des familles autour des conditions d'études, la plateforme éducative GoStudent dévoile les enseignements majeurs de son étude internationale L'Éducation du Futur 2026. Menée par l'institut d'études Censuswide auprès d'un échantillon représentatif de 3 001 familles (parents et enfants âgés de 8 à 16 ans) et de 300 enseignants dans six pays européens (France, Royaume-Uni, Autriche, Espagne, Italie et Allemagne), cette enquête met en relief les fragilités spécifiques de l'école française.
72 % des enseignants constatent une dégradation de la concentration
La capacité des élèves à maintenir leur attention durant les cours constitue désormais l'un des défis les plus pressants identifiés dans les salles de classe françaises. Les résultats de l'enquête montrent une inquiétude quasi unanime des professeurs quant à la détérioration du comportement d'écoute de leurs élèves.
Selon le rapport GoStudent, 72 % des enseignants interrogés en France constatent une dégradation de la concentration de leurs élèves au cours des cinq dernières années. Dans le détail, la moitié de ces professeurs (50 %) qualifient cette détérioration d'importante, tandis que 22 % évoquent une baisse plus modérée. Ce chiffre place la France au premier rang des pays européens étudiés, à égalité avec l'Allemagne (72 %), et juste devant l'Espagne (70 %) et l'Autriche (68 %). Le contraste est particulièrement saisissant avec le Royaume-Uni (52 %) et l'Italie (46 %), où la dégradation de l'attention est nettement moins ressentie par les équipes pédagogiques.
56 % des parents considèrent que leur enfant consacre trop de temps aux écrans
Ce problème de focalisation s'inscrit dans un contexte marqué par la multiplication des usages numériques. À l'échelle nationale, 56 % des parents français considèrent que leur enfant consacre trop de temps aux écrans.
Parmi les conséquences négatives les plus directes observées par les familles figurent la diminution de l'activité physique et du temps passé à l'extérieur (29 %), immédiatement suivie par la réduction de la capacité d'attention (23 %).
39 % des parents estiment que l'école prépare suffisamment leurs enfants à la vie
Au-delà de la discipline et de l'attention en classe, l'étude s'interroge sur l'aptitude de l'école à transmettre les compétences nécessaires pour évoluer dans la société contemporaine. Les réponses apportées par les parents mettent en lumière un net déficit de confiance dans le modèle français.
En France, seuls 39 % des parents estiment que l'école prépare suffisamment leurs enfants à la vie après leurs études, contre une moyenne de 45 % dans l'ensemble des six pays analysés. La France se classe ainsi à l'avant-dernière place européenne, devançant uniquement l'Autriche (36 %), et se trouvant distanciée par l'Italie (41 %), l'Espagne (44 %) et l'Allemagne (47 %). L'écart s'avère particulièrement impressionnant avec le Royaume-Uni, où 66 % des parents font confiance au système éducatif pour préparer l'avenir de leurs enfants, soit 27 points de plus qu'en France.
Ce scepticisme ambiant réinterroge l'équilibre des méthodes pédagogiques et le format des évaluations. En France, les enseignants continuent d'accorder une place prépondérante aux méthodes traditionnelles comme les examens écrits chronométrés , les projets au long cours ou encore les présentations orales et débats. Mais la moitié des enseignants français (50 %) reconnaissent néanmoins que les examens traditionnels devraient aujourd'hui être complétés par d'autres formats d'évaluation plus diversifiés.
70 % doutent que leurs élèves puisse rédiger une dissertation sans l'aide de l'IA
L'émergence des technologies d'intelligence artificielle représente l'un des défis technologiques et pédagogiques les plus complexes pour l'école. Si l'adoption de ces outils s'effectue à un rythme rapide sur le terrain, l'accompagnement institutionnel des professeurs révèle des faiblesses marquantes. En France, seuls 36 % des enseignants déclarent avoir bénéficié d'une formation formelle à l'intelligence artificielle, ce qui constitue le pourcentage le plus faible parmi les six pays de l'étude. À titre de comparaison, 74 % des enseignants espagnols ont déjà reçu une formation à l'IA (soit plus du double qu'en France), tout comme 68 % des enseignants britanniques et 62 % des professeurs en Allemagne, en Italie et en Autriche.
Malgré cette carence de formation officielle, les usages réels se sont déjà généralisés. En effet, 74 % des enseignants français déclarent recourir à l'IA dans le cadre de leur activité professionnelle, principalement pour créer des supports pédagogiques (44 %), effectuer des tâches administratives (28 %) et préparer leurs cours (26 %).
69% des élèves ont déjà utilisé l'IA pour rendre un devoir
Du côté des élèves, l'appropriation des outils d'IA est également massive, mais elle s'accompagne d'un risque pour l'autonomie d'apprentissage. Parmi les enfants français qui utilisent l'IA pour leurs devoirs, 69 % admettent avoir déjà présenté un contenu généré par ces outils comme s'il s'agissait de leur propre travail.
Cette situation suscite une vive inquiétude chez les professeurs : 70 % des enseignants français doutent aujourd'hui qu'une majorité de leurs élèves soit capable de rédiger une dissertation complète sans l'aide de l'IA, et 64 % expriment des réserves similaires quant à leur capacité à résumer seuls un texte ou des notes de cours.
« L'enjeu est de permettre aux élèves de tirer parti des évolutions technologiques tout en développant leur autonomie »
Face à la convergence de ces enjeux, les acteurs de l'éducation soulignent l'urgence d'une réponse globale et structurée. « L'école doit aujourd'hui relever plusieurs défis simultanément : préserver la capacité de concentration des élèves, leur transmettre les compétences nécessaires pour construire leur avenir et les accompagner dans l'utilisation de nouvelles technologies comme l'intelligence artificielle, souligne Felix Ohswald, CEO et cofondateur de GoStudent. Ces transformations ne peuvent pas reposer uniquement sur les initiatives individuelles des enseignants. Elles nécessitent une réflexion plus large sur les moyens, les formations et les méthodes pédagogiques. L'enjeu est de permettre aux élèves de tirer parti des évolutions technologiques tout en développant leur autonomie, leur esprit critique et leur capacité à réfléchir par eux-mêmes. »
La transformation de l'école française ne pourra donc faire l'économie d'un investissement ciblé dans la formation des enseignants et d'une modernisation des méthodes d'apprentissage, afin de concilier progrès technologique et développement du libre arbitre des élèves.