Après deux ans de stabilité, l'image des agriculteurs repart à la hausse chez les Français. Une évolution que l'institut IFOP interprète comme un possible élan de solidarité, dans le sillage des épisodes caniculaires et de la sécheresse de l'été dernier, qui s'ajoutent aux crises agricoles.
Ainsi, 91 % des Français estiment que les agriculteurs jouent un rôle majeur dans leur alimentation. Mais ils sont désormais 82 % à juger que les agriculteurs contribuent au maintien de la biodiversité, contre 77 % l’année passée, et 82 % également à considérer que les consommateurs peuvent leur faire confiance (78 % en 2025). Le bien-être animal progresse de 73 % à 77 % et le respect de l'environnement atteint 68 %, contre 64 % l'an dernier. Les agriculteurs sont aussi perçus comme pouvant jouer un rôle dans le développement des énergies alternatives (80 %).
Les stéréotypes négatifs, eux, reculent. Seuls 30 % des Français jugent les agriculteurs « assistés », contre 34 % en 2025, et 18 % les trouvent « égoïstes », contre 22 %. Le qualificatif « violents » reste marginal, à 15 %.
Les sympathisants LFI doutent des agriculteurs
Cette image globalement flatteuse est marquée par des écarts selon les générations. Chez les 65 ans et plus, 97 % saluent le rôle des agriculteurs dans l'alimentation, contre 84 % des 18-24 ans. Le fossé est plus net encore sur la modernité : 87 % des seniors jugent les agriculteurs modernes, contre 46 % des 18-24 ans et 52 % des 25-34 ans.
Les clivages politiques existent aussi. Les proches des Républicains sont par exemple 94 % à faire confiance aux agriculteurs, contre 70 % chez les sympathisants de La France insoumise. Ces derniers ne sont que 46 % à les juger modernes, quand les proches de Renaissance sont 84 % à le penser. À l'inverse, les électeurs de gauche et du centre se montrent peu enclins aux jugements négatifs : seuls 4 % des proches de Renaissance trouvent les agriculteurs égoïstes.
La rémunération, premier chantier
Côté revenu, pour 83 % des Français, les agriculteurs ne sont pas suffisamment rémunérés, dont 46 % qui estiment qu'ils ne le sont « pas du tout ». Le sentiment est particulièrement fort chez les sympathisants du Rassemblement national (56 %), alors qu'il tombe à 32 % chez ceux de Renaissance. Et les Français se disent prêts à agir pour inverser la tendance. 64 % accepteraient de payer plus cher leurs produits alimentaires pour garantir un revenu correct aux agriculteurs. Parmi eux, 39 % iraient jusqu'à 5 % de hausse, 21 % jusqu'à 10 % et 4 % au-delà de 15 %.
Le défi climatique, nouvelle priorité
C'est sur l'adaptation au changement climatique que les attentes progressent le plus. Une hausse des aides pour accompagner les transitions environnementales est citée par 30 % des Français, soit sept points de plus qu'en 2025. L'attente est particulièrement forte chez les jeunes : 57 % des 18-24 ans la mettent en avant, contre seulement 12 % des 65 ans et plus.
Les efforts des agriculteurs pour changer leurs pratiques sont, eux, reconnus par une majorité de Français : 60 % d’entre eux estiment qu'ils en font assez pour protéger l'environnement, un score stable par rapport à 2025. Là encore, le clivage politique est important, de 44 % chez les proches de La France insoumise à 76 % chez ceux du Rassemblement national.
Des inquiétudes pour l'avenir
Enfin, 70 % des Français craignent qu'il n'y ait pas assez d'agriculteurs dans les années à venir pour assurer l'alimentation de la population, soit quatre points de plus qu'en 2025. Pourtant, seuls 15 % conseilleraient à leur enfant de devenir agriculteur, une proportion en net retrait par rapport à 2023 (20 %).
Et à l'approche de l'élection présidentielle, 78 % des Français jugent que les responsables politiques ne sont pas suffisamment à l'écoute du monde agricole. Ce sentiment traverse l'ensemble des familles politiques, de 86 % chez les sympathisants de La France insoumise à 69 % chez ceux du Rassemblement national et de Renaissance.