En France, bon nombre de personnes peinent à se chauffer l’hiver. Selon le baromètre énergie-info du médiateur national de l’énergie, 34 % déclarent avoir rencontré des difficultés à payer certaines factures d’électricité ou de gaz, contre 18 % en 2020, et 89 % déclarent être préoccupés par cette dépense. Chez les moins de 35 ans, 55 % déclarent avoir eu du mal à payer certaines factures.
Chez Sabine, la facture de chauffage a explosé : « C’est passé de 65 à 70 euros à plus de 120 euros depuis 5 ans, par mois », explique-t-elle. « Je ne peux pas habiter dans mon appartement l’hiver, il me coûte trop cher, donc je vis chez mon compagnon, qui se chauffe au bois », déplore la fonctionnaire d’une cinquantaine d’années.
« L’augmentation du prix du gaz a créé une véritable razzia »
« Malheureusement, tout cela dépend de circonstances internationales sur lesquelles nous avons très peu d’impact », souligne Philippe Charlez, ingénieur, auteur et expert des questions énergétiques. Il évoque la guerre en Ukraine, qui continue d’avoir des conséquences sur les prix, mais aussi les tensions persistantes au Moyen-Orient, qui inquiètent particulièrement l’expert.
Selon les chiffres avancés par Philippe Charlez, « le mégawattheure de gaz sur les marchés de gros est passé de 30 euros en février à 105 euros aujourd’hui » et « le pétrole a augmenté de 60 % ». L’arrivée de la période de chauffage rend donc cette situation encore plus difficile pour les ménages. « J’avertissais dès le mois de juillet sur les plateaux, en voyant l’augmentation du prix du gaz, que ça allait créer une véritable razzia à partir du mois de décembre », explique-t-il.
« Moi qui suis pourtant un grand libéral, l’électricité n’est pas adapté à un marché »
Pour Philippe Charlez, le prix de l’énergie n’est pas uniquement lié aux tensions internationales. Il affirme : « Moi qui suis pourtant un grand libéral, l’électricité, ce n’est pas adapté à un marché », puisque « l’électricité doit s’adapter en temps réel à la demande, et ça n’est pas stockable ». Sa conclusion est donc la suivante : « Si vous voulez quelque chose qui n’est pas stockable et qui, tous les quarts d’heure, doit ajuster offre et demande, ce n’est pas adapté au marché. »
Philippe Charlez explique également pourquoi le prix de l’électricité reste étroitement lié à celui du gaz, même en France, où le nucléaire représente une part importante de la production. Lorsque la demande augmente, notamment le matin et le soir, les centrales à gaz peuvent être mobilisées pour compléter la production nucléaire. « Le mix le plus parfait, c’est hydroélectricité et nucléaire, sauf que l’hydroélectricité, aujourd’hui, là, on le subit notamment à cause des lacs qui ne sont pas parfaitement remplis », dévoile-t-il.
La création de l’ARENH en 2010 comme erreur fatale ?
L’ingénieur revient aussi sur la création de l’ARENH (Accès Régulé à l'Électricité Nucléaire Historique) en 2010, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Ce dispositif obligeait EDF à céder une partie de son électricité nucléaire à ses concurrents à un prix réglementé. Une décision qu’il juge particulièrement contestable : « EDF devait vendre pratiquement à perte 25 % de sa production d’électricité, qui était après revendue par les revendeurs alternatifs. » Preuve pour lui que « l’électricité n’est pas adaptée à un marché libéral ».