Les tarifs du gaz flambent encore. Le 1er novembre, le prix repère de vente du gaz augmentera de 6,6 %. Le mégawattheure s’élèvera donc à 194,90 euros TTC. Thierry Braud, expert en énergie et enseignant à Sciences Po, a décrypté les enjeux et les problématiques liées à ces augmentations répétées au micro de Sud Radio.
« Malheureusement, le prix va continuer à augmenter parce que nous sommes dans une crise gazière », prévient-il. En cause notamment, des « stocks de gaz européens pour commencer l'hiver qui sont à des niveaux bas » et un détroit d’Ormuz encore fermé alors qu’il permet l’acheminement de « 20 % du gaz naturel liquéfié dans le monde », selon lui.
L’électricité également menacée par la hausse des prix
Cette augmentation du prix du gaz pourrait également avoir des conséquences sur celui de l’électricité. « Le prix d'électricité est lié à ce qu'on appelle l'électron marginal, c'est-à-dire la centrale à gaz que l'on est obligé de mettre en route », explique l’expert. Si la France est « un peu immunisée par rapport au reste de l'Europe grâce à son gros parc électronucléaire », elle n’est pas totalement à l’abri, dévoile Thierry Braud, qui confirme que « le prix de l'électricité pourrait augmenter cet hiver aussi ».
Mais pour Thierry Braud, ces mécanismes ne sont pas une fatalité. « L'Europe nous a décidé qu'il fallait que le prix des commodités soit le prix de la commodité marginale. C'est valable dans le gaz, c'est valable dans l'électricité, c'est valable dans le pétrole, mais on aurait pu faire différemment », estime-t-il. Il rappelle que plusieurs pays européens ont cherché d’autres solutions. Il évoque notamment « la Grèce, l'Italie, l’Espagne ».
Baisser drastiquement les taxes sur l’électricité
Alors, quelles sont les solutions ? Lui pense « que le gouvernement devrait faire en sorte que la totalité des taxes sur une facture d'électricité ne soit pas de 30 % comme elle est aujourd'hui, mais plutôt de 5,5 %, puisque l'électricité est un bien de première nécessité ».
Autre levier possible selon l’enseignant de Sciences Po : le coût de l’acheminement de l’électricité. « On peut aussi demander à la Commission de régulation de l'énergie de limiter les hausses sur l'utilisation du réseau », dit-il.
« Il vaut mieux essayer de faire croître la consommation d'énergie décarbonée »
Thierry Braud plaide également pour « une électrification la plus poussée possible ». Il faut rappeler que c’est par ailleurs un objectif français et européen : atteindre « 35 % d'électrification dans notre mix énergétique ». Aujourd’hui, le taux dépasse à peine les « 22 % ».
Alors, comment électrifier si le prix est indexé sur celui du gaz avec la notion d’électron marginal ? « Il faut essayer par tous les moyens de faire en sorte que le prix de l'électricité pour les résidentiels et pour les industriels soit le plus faible possible », insiste-t-il, en reprenant la proposition de baisse des taxes à 5,5 %.
Le parc nucléaire français pourrait permettre à une grande partie des 12 millions de foyers chauffés au gaz de passer à l’électrique. « Il vaut mieux essayer de faire croître la consommation d'énergie décarbonée. Et l'électricité française, elle est décarbonée », explique l’expert. Il appelle donc à « inciter les Français à passer d’un chauffage au gaz ou au fuel à une pompe à chaleur réversible avec climatisation l’été ».