Protections renforcées, accompagnement pour les devoirs et outils de contrôle parental sont au programme. Pour Laurent Alexandre, médecin et spécialiste de l’intelligence artificielle, cette évolution illustre surtout la place prise par les IA conversationnelles dans la vie des jeunes.
"L’intelligence artificielle détermine votre âge à partir des interactions que vous avez avec elle"
ChatGPT change de visage pour ses utilisateurs mineurs. Avec "ChatGPT for Teens", OpenAI entend proposer aux 13-17 ans une expérience davantage adaptée à leur âge. L’entreprise prévoit notamment des restrictions supplémentaires concernant l’automutilation, les contenus sexuels ou graphiques, les troubles alimentaires, les activités dangereuses ou encore certaines interactions romantiques. L’une des principales nouveautés concerne la détermination de l’âge. En France et dans l’Union européenne, le système de prédiction automatique doit être déployé dans le courant de la semaine. Il s’appuie sur plusieurs signaux liés au compte et aux comportements d’utilisation.
"C’est un basculement qui est automatique. C’est-à-dire que le compte ChatGPT que vous utilisez observe votre comportement, vos thèmes d’intérêt, et vous fait basculer automatiquement en mode '13-17 ans' quand il analyse que vous êtes mineur. Ce n’est pas déclaratif, c’est un mécanisme automatique. L’intelligence artificielle détermine votre âge à partir des interactions que vous avez avec elle", explique au micro de Sud Radio Laurent Alexandre, médecin, spécialiste de l’intelligence artificielle et auteur de Vivre 1000 ans Quand l’IA règne et la mort recule : rêve ou cauchemar ? (Buchet-Chastel).
Favoriser le raisonnement plutôt que la fourniture immédiate d’une réponse
L’autre priorité affichée est scolaire. ChatGPT for Teens doit favoriser le raisonnement plutôt que la fourniture immédiate d’une réponse. Le "mode Étude" utilise notamment des questions et un accompagnement étape par étape, tandis que des rappels pourront intervenir lorsque le système estime qu’un adolescent cherche simplement à obtenir un devoir tout fait.
"C’est un mode qui existait déjà pour les étudiants. C’est-à-dire qu’automatiquement, ChatGPT, quand un ado lui demandera la solution à ses devoirs, le poussera à résoudre le problème au lieu de lui donner tout de suite la solution. Donc, c’est une bonne méthode pédagogique. C’est-à-dire que ChatGPT pour ados va expliquer comment résoudre le devoir et va aider l’adolescent à le résoudre, au lieu de lui donner en trois secondes le résultat du devoir. Et ça, c’est un vrai problème, parce qu’on se rend compte qu’on a une part croissante des jeunes qui ne font plus du tout leurs devoirs. Une étude qui est publiée dans The Economist cette semaine montre qu’on a un effondrement des efforts que font les jeunes par rapport aux devoirs, puisqu’en réalité tout est fait par ChatGPT en trois secondes, au lieu d’être fait par le cerveau de nos enfants", raconte Laurent Alexandre à l'antenne de Sud Radio.
"On connaît encore mal les rapports entre l’intelligence artificielle et les jeunes"
La question dépasse toutefois l’école. OpenAI affirme que ChatGPT est désormais utilisé chaque semaine par un milliard de personnes, tandis que les liens émotionnels avec les assistants conversationnels suscitent de nouvelles interrogations. "Parmi le milliard d’utilisateurs de ChatGPT à l’échelle mondiale, il y a une partie très importante d’adolescents. L’opinion, et même les parents, s’émeuvent du fait que beaucoup d’adolescents tombent amoureux de ChatGPT. Un sondage qui a été fait par Forbes aux États-Unis montre que 80% des jeunes Américains envisagent d’épouser une intelligence artificielle. Ça n’est pas une blague, c’est une réalité. Donc, les rapports entre l’intelligence artificielle et les jeunes sont nouveaux. On les connaît encore mal, parce que c’est une technologie très récente, et puis c’est une technologie qui évolue à toute vitesse. Il y a cinq ans, personne n’aurait imaginé ça", poursuit Laurent Alexandre au micro de Sud Radio.
Le chiffre évoqué par Laurent Alexandre renvoie à un article publié par Forbes en 2025 relayant une étude de la société de chatbot Joi AI, selon laquelle 80% des membres de la génération Z interrogés se disaient prêts à épouser une IA si cela devenait légal. Enfin, OpenAI renforce les outils destinés aux familles. Lorsque les comptes sont liés, les parents peuvent paramétrer certaines fonctions et recevoir des notifications dans des situations limitées présentant un risque grave. Ils n’ont en revanche accès ni aux conversations, ni à l’historique, ni à l’activité en temps réel de l’adolescent.
"ChatGPT pour ados pourra alerter les parents quand il y a un risque suicidaire, quand il y a des comportements comme l’anorexie, qui sont dangereux, des comportements d’automutilation dont ChatGPT aura pris connaissance. Mais il ne transmettra pas aux parents les conversations que les ados ont avec lui. Donc, il alertera simplement qu’il y a des 'red flags', des drapeaux rouges d’alerte, quand ChatGPT repérera un comportement suicidaire, un comportement d’automutilation, etc. Ça, c’est une bonne mesure. Bien sûr, il ne serait pas du tout correct pour les jeunes que les conversations qu’ils ont avec ChatGPT soient données aux parents. Ce serait aussi insupportable que si les parents se mettaient à lire les journaux intimes de nos jeunes", conclut Laurent Alexandre.
Avec cette déclinaison pour adolescents, OpenAI tente ainsi de résoudre une équation délicate : laisser les jeunes profiter des possibilités de l’IA tout en limitant les risques scolaires, psychologiques et relationnels liés à un outil qui occupe une place croissante dans leur quotidien.
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