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Louis Aliot (RN) : « Quand Marine Le Pen sera élue, on rétablira l'ordre »

INTERVIEW SUD RADIO – Mobilisation lycéenne, police, affaire Bardella : Louis Aliot, maire de Perpignan et vice-président du Rassemblement national, était l’invité de Jacques Cardoze. Il a notamment balayé les accusations visant Jordan Bardella dans l'affaire Mediapart, qu’il considère comme « une grossière manipulation de Mediapart.

Louis Aliot
Louis Aliot

Jacques Cardoze : Commençons par les manifestations partout en France aujourd'hui. Est-ce qu'à Perpignan, il y a eu des dégâts et des violences ?

Louis Aliot : « Il y a eu quelques débordements avec une voiture brûlée la semaine dernière, mais on ne peut pas dire qu'il y a eu beaucoup de dégâts pour l'instant. Évidemment, on est tous appelés au calme, mais on voit très bien que c'est l'apanage d'une minorité et que l'ensemble des lycéens ne veulent pas le chaos ni casser quoi que ce soit. »

Une nouvelle vidéo fait polémique et met en cause un policier national à Perpignan. On le voit dire à une jeune fille qui se plaint d'avoir reçu du gaz lacrymogène : « Demain, tu vas te faire agresser par trois racailles, trois blédards qui veulent te violer, est-ce que tu vas dire pareil ? ». Vous cautionnez ce genre de propos ?

« Non, et c'est à la police nationale de faire le ménage dans ses rangs. Vous savez, si ça c'était arrivé avec la police municipale, j'aurais fait moi-même le ménage. Je ne sais pas ce que donnera l'enquête sur cette affaire-là. »

"Je suis plutôt du côté de la police que des gens qui agressent"

On est étonné d'ailleurs que le policier ne porte même pas d'insigne, pourtant obligatoire. Ça vous a frappé vous aussi ?

« Oui, ça c'est choquant. Et ce qui m'a frappé aussi, c'est que le média en question ne mentionne pas de quelle police il s'agissait, très certainement pour nuire à la mairie et à sa police municipale. Ce sont des suppôts de Mediapart, ça ne m'étonne pas. »

Hier, un adolescent a eu une main arrachée après un tir avec une grenade de désencerclement. Faut-il interdire ces grenades ?

« Écoutez, je ne sais pas, je ne suis pas un spécialiste de la question. La seule chose que je vois, c'est que quand il y a des manifestations violentes, les policiers maintiennent l'ordre de façon proportionnée. C'est la règle. S'il n'y a pas eu de proportionnalité, à ce moment-là, il faudra mettre en responsabilité les chefs. 

Mais jusqu'à présent, quand on se rend compte des manifestations qu'il y a eu dans notre pays depuis une dizaine d'années — les Black Blocs, puis la fin des Gilets jaunes où ça a dégénéré —, la police est en première ligne face à toutes ces violences. Moi, je suis plutôt du côté de la police que des gens qui agressent, même si au milieu, il peut y avoir des choses qui ne sont ni conventionnelles ni adaptées. »

"Les choses restent dans le cadre de ce qui est admissible"

Pendant les Gilets jaunes, vous déploriez une réponse disproportionnée. Cette fois-ci, convient-elle ?

« Tout dépend : si vous mettez le feu au lycée de Nantes, c'est quoi la réponse proportionnée ou disproportionnée ? Je suppose quand même qu'on a une expérience du maintien de l'ordre et que les policiers agissent avec professionnalisme. Quand il y a du désordre, de la casse et des violences, la police rétablit l'ordre avec les moyens qu'elle a, y compris avec ces moyens-là. 

Dans certains endroits où on a pu voir des agressions de policiers, d'élèves ou de médias, je trouve que pour l'instant, au regard du nombre de jeunes dans la rue, les choses restent dans le cadre de ce qui est admissible. »

Lycéens : "Leurs parents sont responsables pas le RN"

Comprenez-vous la colère des lycéens aujourd'hui ?

« C'est certains lycéens. Ce que je comprends, c'est le mal-être des lycéens pour leur avenir. J'ai discuté avec certains : dans la région parisienne, j'en ai vu quelques-uns, des petits bourgeois qui vivent dans les beaux quartiers de Paris et veulent faire la révolution avec le keffieh palestinien autour du cou, mais ce sont leurs parents qui sont responsables de ça, ce n'est pas le Rassemblement national. 

Ils sont idiots. Quand ils brûlent un portrait de Marine Le Pen comme hier, Marine Le Pen n'y est pour rien là-dedans. C'est la génération de leurs parents et de la gauche qui a mené les affaires du pays pendant tant d'années. Qu'ils s'en prennent aux véritables responsables et qu'ils arrêtent de fantasmer un responsable qui n'existe pas. En revanche, moi je sais qu'après le désordre viendra le temps de l'ordre, et qu'au mois de mai, lorsque Marine Le Pen sera élue présidente de la République, on remettra de l'ordre dans le pays. »

"On fera appliquer la loi et on rétablira l'ordre"

Comment gérerez-vous ce genre de mouvement si vous êtes aux manettes ?

« On fera appliquer la loi. On rétablira l'ordre, mais on donnera aussi un certain nombre d'orientations pour le pays qui permettront de voir l'avenir avec confiance. Quand l'emploi, la sécurité et la jeunesse sont systématiquement percutés, une partie se rebelle : soit de manière objective avec des manifestations acceptables, soit de manière orientée, politisée et organisée par La France insoumise, Monsieur Bagayoko et Monsieur Mélenchon. »

Si LFI organise un 3e tour social dans la rue, quelles seront vos directives aux policiers ?

« La démocratie, c'est le suffrage universel et le pluralisme des opinions. Lorsque les urnes ont parlé, les élus mettent en place le programme sur lequel ils ont été élus. Si certains veulent se mettre hors la loi, ils seront traduits devant les tribunaux et condamnés pour avoir entravé le processus démocratique. 

Je comprends, moi, le fait que pour ne pas avoir de bavure les responsables disent attention. En 1981, tout le monde pensait que l'arrivée de Mitterrand et des communistes allait être la soviétisation de la vie politique. Or la plaisanterie Mitterrand-communistes a duré trois ans, il y a eu le virage de la rigueur en 1984 et puis terminé. Une fois que les urnes ont parlé, les contestataires s'agiteront peut-être dix jours dans la rue, et force restera au peuple souverain. »

"Je crains la manipulation de l'extrême gauche depuis le départ"

Craignez-vous un embrasement du pays ?

« Moi, je crains la manipulation de l'extrême gauche depuis le départ. Ce sont ces gens-là qui mettent le feu. Quand j'entends Monsieur Mélenchon parler de sauvagerie policière et dire que la police attaque nos enfants, il y a une inversion de la charge de la preuve. Il cible les policiers mais pas les voyous et les racailles. Les lycéens ne sont pas les racailles qui cassent et brûlent, or les racailles et ceux qui brûlent sont chauffés à blanc par les propos de Monsieur Mélenchon et de ses amis. »

Est-ce un Mai 68 bis selon vous ?

« Non, je ne crois pas. Mai 68 a débouché sur, on le sait, beaucoup de choses. Si aujourd'hui il y avait ce genre de blocage pendant des semaines, la France, qui est déjà dans un état catastrophique, finirait de sombrer. »

Faut-il interdire La France insoumise comme le suggère Bruno Retailleau ?

« C'est totalement utopique d'interdire un mouvement politique aussi puissant dans les enquêtes d'opinion. En revanche, si ces gens-là passent au-delà de la loi, il faut les poursuivre. Les interdire ne servirait à rien et amplifierait la contestation. »

Affaire Bardella : "Une grossière manipulation de Mediapart"

L'affaire Bardella vient-elle entacher le déroulé de la campagne de Marine Le Pen ?

« Très honnêtement non. Je me suis baladé dans ma ville à Perpignan : la grande majorité des citoyens considèrent que c'est une grossière manipulation de Mediapart qui ne sert que les intérêts de Monsieur Mélenchon et de ses sbires. Hier soir, il y a eu une troisième preuve, mais contre Mediapart : le monsieur qui leur a parlé a révélé la manière dont ça s'était fait. Un mail attribué à Bardella est tronqué. On ira au bout de l'enquête et on verra à qui appartient ce fameux compte attribué à Jordan, mais qui à mon avis ne l'est pas. »

A-t-il pu tenir ce genre de propos ?

« Non. Ça fait 30 ans que je suis au RN, j'en ai vu des vertes et des pas mûres, et je sais très bien que les manipulations en la matière sont légion. Mediapart s'est servi d'individus douteux pour mettre un sale coup à Jordan. Notamment des anciens qu'on a virés quand j'étais secrétaire général, et si on les a virés, c'était pour des questions importantes. 

Il y a un parti politique, ça n'échappe pas au travers de l’humain. On n'échappe pas à une certaine normalité à la matière. Si vous regardez ce qui se passe au Parti Socialiste, à LR ou ailleurs, vous voyez bien que, malheureusement, la peau de banane est le moyen le mieux utilisé pour sortir un adversaire.. »

Bardella coupable ? "Je ne l'imagine même pas"

Si la justice devait attester de la véracité des propos, devrait-il se mettre en retrait ?

« C'est de la science-fiction et je ne l'imagine même pas. Entre Bardella et Mediapart, mon choix est largement fait sans même poser la question. »

Vous présentez un contre-budget avec 125 milliards d'économies sur 5 ans. Est-ce l'austérité ?

« Avec 3 500 milliards de dettes, un déficit budgétaire permanent et une balance commerciale négative, vous n'avez pas d'autre choix que de faire des économies. Et ces économies, il faudra les faire sur des sujets que le gouvernement n'a jamais osé faire : l'immigration pour une grande part, la fraude et tous les moyens pour aller la chercher. Mais encore faut-il avoir le courage de le faire.  Jean-Philippe Tanguy et les spécialistes du budget sont allés dégoter un certain nombre d'économies plutôt faciles à faire. »

"Les Français ont plutôt intérêt à nous faire confiance"

Certains doutent que ces 125 milliards d'économies soient réellement atteignables sans hausse d'impôts.

« Le monde politique actuel est responsable de l'endettement et de la situation dans laquelle on est. Qu'on vienne essayer cette nouvelle équipe qui n'a jamais exercé les rênes du pouvoir, et ils verront bien. Je comprends que les gens puissent douter. Moi, je sais que ça fonctionnera. Quand on voit les soi-disant spécialistes de l'économie et l'état de la France dont ils sont les principaux responsables, les Français ont plutôt intérêt à nous faire confiance plutôt que de remettre les mêmes à la tête de l'État. »

"Quand la gauche a été au pouvoir, ça a été catastrophique"

Marine Le Pen et Jean-Philippe Tanguy rencontrent les grands dirigeants économiques. Cherchez-vous à rassurer le système ?

« L'économie est un système : il y a les entreprises, les syndicats patronaux et d'employés. Il faut parler à tout le monde et rassurer tout le monde. On nous a longtemps reproché d'être légers sur la question économique, mais au regard de la situation détériorée, les acteurs économiques regardent nos spécialistes et viennent discuter avec nous. Soit pour regarder comment on peut améliorer les choses, soit pour nous convaincre de changer ou de proposer autre chose. Mais ça c'est normal. C’est ça la démocratie.

Il n'en demeure pas moins que ce système doit être rassuré aussi, par des mesures que personne n'a voulu appliquer, sur les économies, sur les budgets que nous donnons à l'Union Européenne et sur un certain nombre d'autres dépenses que personne n'ait jamais allé chercher. On oublie de dire qu'à force d'accepter des milliers d'immigrés clandestins, on plombe les comptes de la Sécurité sociale, le logement et les prestations sociales. 

Ça ne fait pas plaisir à la gauche, mais on se moque de ce que pense la gauche, parce que quand elle a été au pouvoir, ça a été catastrophique. On est en démocratie, si on ne peut rien faire, eh bien il faut être spectateur du chaos dans lequel nous allons tout droit. L'enjeu est d'éviter des affrontements entre Français dans nos villes face à une situation économique qui se détériore, et nous sommes les mieux placés pour rassurer. »

Ukraine : "Va-t-on continuer à nourrir la guerre ou devenir leader de paix ?"

Auditeur : Est-ce que vous regrettez d'avoir dit il y a un mois qu'il fallait couper les robinets pour l'Ukraine ? Et pourquoi avez-vous dit cela ?

« La formule répondait à une autre formule du journaliste qui m'interrogeait. Elle était peut-être un peu brutale, mais l'idée était de dire qu'au moment où précisément la France ne pouvait plus vivre et notamment faire vivre les plus modestes d'entre nous, il fallait peut-être aussi éviter un certain nombre de dépenses sur des choses qui sont très éloignées de la capitale française et de nos intérêts directs. 

Sur l'Ukraine, je rappelle que je suis allé chercher plus de 300 réfugiés à la frontière polonaise pour les rapatrier à Perpignan. D'ailleurs, ils vivent toujours à Perpignan, les enfants sont scolarisés à Perpignan, ils ont été logés et relogés par la mairie et nous avons pris notre part à cet exode parce que c'étaient des femmes, des enfants, des vieillards, des malades, et c'est tout à fait normal. Nous avons toujours condamné l'agression russe. Maintenant, est-ce qu'on va continuer à nourrir la guerre ou est-ce qu'on va être leader de paix ? »

"Nous parlons déjà avec Poutine"

Jacques Cardoze : Mais justement, quelle sera la position de Marine Le Pen si vous arrivez au pouvoir au mois de mai prochain ? Il faudra parler avec Poutine.

« Mais il faut parler avec tout le monde. Nous parlons déjà avec Poutine. À la dernière réunion qu'il y a eue avec les émissaires de Monsieur Trump et les émissaires chinois, je crois qu'il y avait les émissaires de l'Union européenne et les émissaires français, parce qu'on vous dit qu'on ne parle pas, mais on parle, et c'est pire que ça : on achète encore du gaz aux Russes ! Donc il faut arrêter de raconter n'importe quoi. 

On discute encore avec les Russes, mais il faut tenter de convaincre les uns et les autres d'abord d'être à la même table des négociations pour faire la paix. Parce que si nous n'avons pas la paix, il y aura cette crise de l'énergie qui plombe les comptes et les portefeuilles de chaque Français, et notamment l'intégration de l'Ukraine dans l'Union européenne et de son agriculture sera un coût mortel pour nos propres agriculteurs. Alors, on veut faire quoi ? »

Pour qu'on comprenne bien, est-ce qu'il y aura un changement de politique ? Est-ce que Marine Le Pen au pouvoir entamera des discussions directement avec Vladimir Poutine pour mettre fin à cette guerre ?

« Je pense qu'elle entamera des discussions avec le président Trump, les présidents turcs et tous ceux qui ont de l'influence sur la Russie pour tenter d'obtenir la paix. Ce qui ne veut pas dire qu'on arrête un certain nombre d'aides que nous apportons en matière humanitaire et de défense militaire. Mais sur le militaire offensif, il faut savoir raison garder et ne pas avoir le statut de cobelligérant. »

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