Les trois débats télévisés de la primaire de la gauche sociale-démocrate ont laissé l'impression d'un processus plus proche d'un congrès du Parti socialiste que d'un départage en vue de 2027, où personne n'a véritablement conforté sa stature présidentielle.
A quelques jours du premier tour, prévu les 9 et 10 octobre, une spectatrice du panel désigné dimanche soir pour interroger les cinq candidats, lors du dernier débat sur BFMTV, a lancé un pavé dans la mare, en se disant "découragée" et "triste" des confrontations qui ont émaillé les échanges, jugeant même difficile de croire qu'un des candidats puisse gagner la présidentielle.
Car au cours des trois débats, c'est avant tout les fortes divergences sur la question stratégique d'une éventuelle alliance avec La France insoumise qui ont accaparé l'attention, éclipsant les sujets de fond et les propositions des cinq candidats.
"On n'a pas été au niveau", a reconnu le leader de Place publique Raphaël Glucksmann dimanche.
Mais pour l'eurodéputé, qui revendique de faire de cette primaire le début d'une refondation de la gauche, il fallait "clarifier": hostile à toute alliance avec la formation de Jean-Luc Mélenchon --lors de législatives qui suivraient la présidentielle--, et aidé par le député socialiste Jérôme Guedj, il a accusé le patron du PS Olivier Faure de vouloir se rapprocher du patriarche insoumis, comme ce dernier l'a déjà fait à deux reprises au moment de la Nupes (2022) et du Nouveau Front populaire (2024).
M. Glucksmann l'a notamment accusé d'avoir "l'esprit de défaite" et d'être "obscène" en exigeant de lui qu'il qualifie de "génocide" les actions meurtrières de l'armée israélienne à Gaza.
En face, Olivier Faure, partisan d'un rassemblement de la gauche à l'Assemblée, lui a reproché de toujours faire de Jean-Luc Mélenchon le "vainqueur par contumace" et a ravivé le procès en "macronisme" qui colle à la peau de l'eurodéputé, qui s'est entouré "de gens qui ont participé à la politique macroniste".
Au final, les deux principaux rivaux n'ont pas réussi à plier le match.
- pas de leadership-
M. Glucksmann considéré comme le favori selon les intentions de vote pour la présidentielle, n'a pas réussi à prendre le leadership dans les débats, notamment face à Ségolène Royal, qui l'a ciblé à plusieurs reprises, notamment sur sa volonté de "faire un hold-up" sur le PS, ou après qu'il l'ait accusée dans une vidéo d'avoir fait "la danse du ventre à Macron". "Une agression à connotation sexuelle", a-t-elle dénoncé, obtenant de lui qu'il s'excuse.
Olivier Faure, cantonné entre 3 et 5% dans les intentions de vote, n'a pas non plus réussi à casser son image d'homme d'appareil et de tacticien que lui prêtent ses adversaires, ni à émerger auprès du grand public, alors qu'il est depuis 8 ans à la tête du PS.
Les deux hommes ont encore renforcé cette impression de "congrès" par leur manière de faire campagne, dans cette primaire fermée qui nécessite de payer 15 euros pour voter.
Car si chaque débat a permis d'attirer de nouveaux électeurs (à Place Publique, au PS, ou sur une plateforme dédiée baptisée Choisir2027.fr), le profil de ces électeurs reste difficile à établir.
Raphaël Glucksmann et Olivier Faure ont donc concentré leur effort sur les militants socialistes.
L'eurodéputé a fait plusieurs déplacements dans les fédérations proches de ses soutiens socialistes, comme en Occitanie, dans l'Hérault ou la Seine-Maritime, histoire de tenter de s'assurer une base confortable, en plus des militants de Place publique qui lui sont acquis.
Olivier Faure, qui n'est plus majoritaire dans les instances du PS depuis que son ancien allié Boris Vallaud l'a lâché et a rejoint son rival, fait lui un travail de fourmi, comptant sur "l'esprit de drapeau" au sein de son parti.
"Pour énormément de responsables de fédération, ça leur déchire le cœur d'appeler à voter pour quelqu'un qui n'est pas socialiste", souligne un de ses soutiens. "Olivier passe son temps à appeler le réseau, les fédérations, les élus. On gère comme pour un congrès".
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Par Cécile AZZARO / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP
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