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Pascal Dupraz : "je prend le TFC comme un challenge personnel"

Par Mathilde Régis

Pour un entretien confidence exclusif, Judith Soula recevait ce soir Pascal Dupraz dans Sud Radio Sports, le nouvel entraîneur du Toulouse Football Club.

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Judith Soula : Vous avez été victime d'un malaise la veille de votre premier match il y a une dizaine de jours, comment allez-vous aujourd'hui ?Pascal Dupraz : Je vais très bien, je vous remercie de vous préoccuper de ma santé. On m'a demandé de me ménager, mais ça va être très compliqué, même si on m'a dit que ce n'étais pas cardiaque et que je pouvais continuer à exercer ma profession et ma passion.Vous faites partie des entraîneurs qu'on dit bouillonnants ?Un petit peu oui. Bouillonnant et passionné, quelquefois incontrôlable aussi, c'est ma personne, je suis comme ça. Je voudrais être autrement, mais je ne peux pas. Je n'ai jamais connu le repos, mon grand-père me disait toujours que pour gagner sa vie il faut se lever le matin et travailler, j'applique ces préceptes.

"La maison TFC ne brûlera pas, quoi qu'il arrive"

Aujourd'hui vous arrivez au TFC où vous avez signé un bail de deux ans et demi. Vous avez le sentiment d'être arrivé comme un pompier de service dans ce club ?Je suis arrivé dans une situation compliquée, dans un club qui souffrait, en manque de résultats. Mais pompier de service non, il n'y aura de toutes les manières pas mort d'hommes et la maison TFC ne brûlera pas quoi qu'il arrive. Je suis là pour amener ma manière de penser le football et d'essayer de la mêler à la manière de penser de tous les éducateurs du club.Comment appréhendez-vous ce nouveau défi ? Vous l'avez déjà plus au moins vécu avec votre club de toujours, Evian, mais là c'est différent c'est un environnement que vous ne connaissiez pas...C'est déjà courageux d'être venu seul, j'ai réclamé au président de venir au moins avec un adjoint, il me l'a refusé. Après j'ai pesé le pour et le contre et j'ai accepté. Je viens à poil, nu, donc je prends ça comme un challenge personnel. Comme vous l'avez dit, j'en ai connu des challenges comme entraîneur d'un seul club, celui que j'ai fabriqué et façonné avec d'autres bien sûr. Donc je me fixe personnellement un nouveau challenge : suis-je capable d'entraîner ailleurs que dans mes montagnes ?C'était déjà ça le premier défi ?À partir du moment où des dirigeants que j'ai installés m'ont mis un coup de pied au cul, il fallait que je retrouve du travail. Il était important pour moi de retrouver un banc, une possibilité. J'ai refusé pas mal d'offres pendant ces huit mois d'inactivité parce que les projets n'étaient pas en correspondance avec ce à quoi j'aspirai.

"Nous avons passez un deal avec le président"

Qu'est-ce qui vous a motivé pour le TFC ?Les arguments du président Sadran m'ont convaincu pendant notre rencontre. Nous avons échangé, il m'a donné son point de vue, sa manière de voir les choses et ce qu'il entendait faire de son club à l'avenir. Ce qu'il me disait me correspondait tout à fait, nous avons passé un deal tous les deux, comme on le disait je suis quelqu'un de bouillonnant qui m'exprime et qui fait quelquefois la part belle des médias. Je lui ai expliqué pourquoi dans mon club - je dis encore "mon" même si ce n'est plus le mien- je m'exprimais : j'avais la fâcheuse tendance à penser que certains s'égaraient du projet initial.Olivier Sadran est lui aussi quelqu'un de bouillonnant, ça ne vous a pas fait peur ?Encore une des nombreuses remarques que me faisait mon grand-père : la peur n'évite pas le danger. Donc la peur je la méconnais, sauf celle de mourir.

"Par cet acte, j'ai montré ma détermination"

Le fait de ne pas connaître l'environnement toulousain, la région, les joueurs, le président, ça a changé beaucoup de choses dans votre appréhension de ce nouveau défi ?Dire que je ne connaissais pas les joueurs c'est mentir parce que pendant ces huit mois j'ai travaillé pour un de vos confrères télévisuels et j'ai regardé dix matchs par semaines : toutes les journées, tous les matchs du Championnat de France le ligue 1. Les joueurs de Toulouse, pour en avoir rencontré la plupart lors des saisons précédentes, cumulées au fait que j'observais les matchs pour Canal cette année, m'ont permis d'avoir une bonne connaissance de l'effectif toulousain. Certes, je ne connaissais pas l'environnement, le président non plus mis à part ses prises de position à l'antenne parce que je m'intéresse au football. Toujours est-il qu'il fallait se lancer, c'est bien d'arriver, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, nu avec mes idées. Ce n'est pas un acte de courage, car il ne faut pas être courageux pour être entraîneur de football, des gens sont davantage dans la peine que nous. Toujours est-il que par cet acte j'ai montré ma détermination.C'est quoi la méthode s'il y en a une ? Comment vous envisagez le challenge de sauver le TFC ?C'est, avant d'avoir confiance en son prochain, avoir d'abord confiance en soi. Avant de respecter son prochain, c'est déjà se respecter. Tout ce que j'ai demandé aux joueurs c'est d'être confiant en leurs possibilités et aussi de se respecter : faire le métier avec beaucoup de respect, ne pas s'inventer des excuses, avoir une attitude d'homme responsable face à une situation sportive qui impactera, si d'aventure on venait à être relégué, leur carrière. C'est d'avoir cette attitude digne de telle sorte que les supporters, les spectateurs, l'environnement du club, à défaut de les voir toujours gagner, aient la certitude de les voir s'employer pendant 95 minutes, et ceci durant les 8 prochains et derniers matchs de cette saison.

"Les joueurs sont jeunes, ils doivent s'amuser"

Quand vous êtes arrivé, vous les avez sentis en manque de confiance ?Je les ai senti responsable, manquant de sourire. Je déteste la mélancolie sur les rectangles verts donc ça a été aussi une de mes missions de leur faire comprendre que pour moi on peut être extrêmement concentré, on en a besoin, lorsqu'on s'entraîne ou lorsque l'on joue, mais qu'on peut aussi afficher un état d'esprit qui sied avec son âge. Ce sont de jeunes gens, ils doivent s'amuser, ils doivent rire. Ça n'empêche pas qu'ils doivent rester concentré, appliqué, déterminé, mais tout ceci dans la bonne humeur.Est-ce que vous avez changé quelques règles de vie ?Un peu, je ne sais pas si j'en ai changé, mais toujours est-il que j'ai imposé mes règles. Parmi celles-ci, le portable est proscrit dans le centre d'entraînement. Quand on vient à 8 heures et demie et qu'on part à 14 heures ou 15 heures, ça se fait sans portables. Par contre, pour faire en sorte que les joueurs soient apaisés, toutes les familles ont le numéro de téléphone de notre intendant. Si d'aventure un jour, ce que je ne souhaite pas, il y avait un problème avec un des membres de la famille d'un de nos joueurs, dans la minute ils seraient prévenus et pourraient quitter l'entraînement.

"Je veux qu'on fasse en sorte que les supporters aient de quoi s'enthousiasmer"

L'entraînement est ouvert au public ?Ça me semble là aussi fondamental pour éviter toutes tensions. Je suis ancien footballeur professionnel, et comme tous les footballeurs je viens du foot amateur. J'ai ensuite entraîné un club amateur qui est devenu professionnel. Donc les valeurs du football amateur me plaisent, les valeurs de partage m’intéressent. Je ne supporte pas de devoir donner des séances d'entraînement à huis clos. Je l'ai dit au président Sadran, il avait bien sûr le droit de refuser puisqu'il est le patron, mais dans ce cas j'aurai respecté, mais je n'aurai pas signé.Pour votre longévité, on vous a parfois comparé à Guy Roux dans votre façon d'entraîner ou de manager. De qui vous vous sentiriez le plus proche aujourd'hui ?J'ai ma manière d'être. J'ai du respect pour Guy Roux, mais j'ai du respect pour beaucoup d'entraîneurs. J'espère être un tout petit peu plus mignon que lui. C'est sur que je ne suis pas Hervé Renard, qui est giron comme tout. Encore une fois, j'ai toujours tiré mon épingle du jeu, y compris avec la gent féminine. Trêve de plaisanteries, j'ai mes idées, mes conceptions du football nourries au gré de mes 46 ans d'expérience. J'ai commencé le foot à 6 ans, j'en ai 53 aujourd'hui, j'ai vu de nombreux entraîneurs, de nombreux éducateurs, j'ai pu m’imprégner de ce qu'ils faisaient de bon et de ce que je croyais bon, et puis j'ai suivi aussi toutes les formations fédérales pour avoir le meilleur diplôme. J'ai des idées sur le foot : c'est vivant, c'est du mouvement, c'est arrêter de se passer le ballon entre défenseurs et arrêter de jouer vers son but, mais aller titiller le gardien adverse. C'est absolument simpliste comme raisonnement, mais ce que je veux c'est qu'on fasse en sorte que les supporters aient de quoi s'enthousiasmer. Vous vous êtes baladé dans la ville rose avant le match de samedi, vous avez besoin de vous imprégner de la culture de la ville, de découvrir ? Logiquement je dois m'installer ici pour plus de deux ans, c'est normal que je me fasse à l'environnement, je ne veux pas vivre en ermite, ni repartir tous les weekends dans mes montagnes, même si elles me manquent et qu'elles me manqueront toujours. Samedi, j'ai passé deux heures et demie à arpenter la ville à 6 heures du matin avec un de mes amis. On était seul au début, il y avait peu de monde, j'étais à la fois surpris, car je trouve que les bureaux de tabac et de journaux ouvrent tard. Tout d'un coup la ville s'est éveillée et j'ai trouvé ça superbe, j'ai vu des places et des bâtiments exceptionnels. J'ai compris pourquoi on parlait de la ville rose à cause de ses briques. Je sais que je vais m'y sentir bien, j'attends ma compagne qui doit me rejoindre au début du mois de juin. J'ai vraiment envie de m'imprégner de cette ville, car je vais y passer une tranche de vie.

"Parmi les meilleurs joueurs français, des repus ternissent l'image de notre sport"

La veille vous étiez au stade toulousain pour voir jouer le rugby, c'est une curiosité ou une passion ? C'est une passion, avec le ski et le football. Quand j'étais gamin, je pense que j'aurai pu faire un très bon demi de mêlée. Pas un demi d'ouverture, car ils sont tous tankés, et je suis trop petit. Avant que je perde beaucoup de poids, j'aurai aussi peut être pu être talonneur. Ce que j'aime dans le rugby c'est le défi physique, le collectif qui s'exerce et l'esprit du sport. J'aime aussi l'esprit du foot. Souvent les deux sports sont comparés et même opposés. Je suis un ardent défenseur du football et il y a de belles valeurs dans le football, il y a juste quelques cons, pardonnez-moi l'expression, et souvent parmi les meilleurs joueurs français, qui se comportent comme des repus et qui ternissent l'image de notre sport. On va revenir sur ce dernier match face à Bordeaux samedi dernier, c'était votre première sur le banc toulousain, les joueurs du TFC ont affiché un visage méconnaissable sur le terrain par rapport aux semaines précédentes, les joueurs marquent et viennent vous embrasser, le public a scandé votre nom, c'est quoi votre secret, y a il une méthode Dupraz ? Non c'est encore trop tôt pour le dire. J'ai voulu remettre les têtes à l'endroit, c'était le principal pour moi. Comme je vous l'ai dit tout à l'heure, il faut avoir confiance et nous avons un défi, j'ai essayé d'imaginer un scénario, j'ai demandé aux joueurs d'y adhérer. C'est un scénario avec une issue favorable vous l'aurez compris. Il ne s'agit pas de surjouer, mais de s'approcher chaque week-end de cette vérité que j'ai imaginé avec eux. J'étais surpris, mais touché par les encouragements du public et cette standing ovation a laquelle je ne m'attendais pas. Je la dois surtout aux joueurs, de toute façon on doit toujours tout aux joueurs. Lorsqu'on est entraîneur, ce sont eux qui écrivent les belles pages des clubs. Ce sont eux qui accomplissent des performances. Vous entant qu'entraîneur, vous n'êtes responsables que des défaites, donc j'espère avoir peu de responsabilités cette saison.

"On doit notre longévité aux performances des joueurs"

Vous avez modifié certaines choses, vous avez rappelé les anciens, Étienne Didot est de retour dans le groupe, vous avez changé également de capitaine, ce sont des choix forts ? Quand on est nouvel entraîneur, il faut profiter de cette embellie qui ne dure pas pour fixer son cadre, ses règles et imposer ses idées. Je pense que le TFC dispose de deux attaquants top niveaux. Ma manière de les responsabiliser c'est de dire à Wissam Ben Yedder que je suis convaincu qu'il va battre le record d'Albert Marcico, c'est de lui dire que mon objectif c'est de le sortir lorsqu'il aura marqué un triplé à une seconde de la fin du match ici au stadium pour qu'il soit applaudit. Que s'il a le comportement en adéquation avec ce que j'espère tout se passera bien. Puis de l'autre côté c'est dire à Martin Braithwaite que oui certainement, tout comme beaucoup de joueurs il partira en fin de saison, mais qu'avant de partir il a une responsabilité, celle de partir propre, digne. Je lui ai confié le brassard du capitaine parce que je voulais lui faire comprendre combien il me semble important au groupe. Sans négliger les autres bien sûr, en expliquant aux autres et à Jean-Daniel Akpa-Akpro, le capitaine qui a perdu son titre. Je pense que J-D sera plus efficace sans brassard parce que depuis quelque temps il souffre dans la défaite et il porte le poids des responsabilités du capitaine. De lui, enlever le brassard c'est le décharger de ces responsabilités-là. Alors 4-0 face à Bordeaux, Toulouse reprend confiance. La route est encore longue, il reste 8 matchs, une des conséquences de ce match a été le limogeage hier de Willy Sagnol, en tant qu'entraîneur ça ne vous laisse pas indifférent ? Non, mais malheureusement je m'y attendais, non pas en ce qui concerne Willy. Mais ça fait 5 ans que j'entraîne en ligue 1 et chaque année, au moins un entraîneur s'est fait limoger après une de nos confrontations, donc c'est récurrent. Je me disais en signant ici, il reste 10 matchs, je ne crois pas que cet adage va se vérifier à nouveau. Malheureusement pour Willy, ça s'est avéré une nouvelle fois exact. Il pourra se ressourcer, ce sont des choix, je ne vais pas les commenter. Dans notre métier, on tient toujours à un fil, et on doit notre longévité aux performances des joueurs.

"Je ne peux pas parler le Ligue 2"

Il reste 8 matchs, est ce qu'aujourd'hui vous diriez que votre maintien relève de l'exploit ? Non, si nous devons nous maintenir, nous maintiendrons parce qu'il aura été logique qu'on le fasse. Nous avons un match à Lille, il est capital. Notre objectif est de bien nous comporter et de montrer un visage positif, d'essayer de tout donner sur le rectangle vert pour empocher la victoire et marquer au moins un point. Mais on n’ira pas dans l'objectif de défendre ce point-là, mais dans l'objectif d'en emporter la mise, quelque soit l'adversaire et quelques soit son niveau, fut-il supérieur ou mieux classé que le TFC. C'est l'attitude que les joueurs doivent développer pour prétendre engranger des victoires et réduire l'écart qui nous sépare du salut. On vous dit superstitieux, c'est vrai ? Oui, depuis mon plus jeune âge. J'ai toujours un jeton de casino dans mes poches pendant les matchs, ce sont deux pièces uniques, ma compagne en a un et j'en ai un. La deuxième c'est une pince à billet que ma mère m'avait offerte il y a quinze ans. Depuis je l'ai tout le temps sur moi et j'ai l'impression qu'elle me porte bonheur. Il y aura une part de chance pour ce maintien du TFC ? Dans la logique, la part de chance est présente. Il faut attirer la chance aussi, la provoquer, ne pas subir. On passe déjà tellement peu de temps sur terre, si on y réfléchit, on passe encore moins de temps sur les terrains de football. La carrière d'un footballeur est courte. Encore une fois, je crois beaucoup à la mise en scène donc il faut être dans la mise en scène permanente, dans l'imaginaire positif. Simplement imaginer qu'on rattrape trois points tous les deux matchs, comme on le fait depuis que je suis là sur nos adversaires directs. En face à Lille également un coach au caractère fort, Frédéric Antonetti, est ce que vous vous trouvez des points communs ? C'est une personne que j'ai appris à apprécier. Je le comprends quand il pique ses colères parce que je me vois piquer mes colères. Je pense que Fred, il ne me l'avouera peut-être pas, mais le fait qu'il m'ait vu à l'antenne ayant perdu du poid l'a incité à faire attention. Parce que je le trouve amaigri également, pas encore comme moi, mais ça va venir. Voilà un des personnages hauts en couleur avec une verve superbe et aussi, comme je le suis, un homme très attaché à son pays. Il est attaché à sa Corse natale, je suis attaché à ma Savoie.Si vous ne réussissez pas à maintenir Toulouse en Ligue 1 quelle sera votre mission, remonter le plus vite possible ? Vous ne l'avez pas encore établi ? Non, même le président Sadran a voulu m'en parler. En fait, et c'est ce qui l'a peut être touché, je ne peux pas parler de ligue 2, car dans mon esprit, je veux tenter notre chance pour maintenir le club en Ligue 1. Dieu sait si c'est important si on réussissait ce pari-là, ce serait les efforts de tous, y compris de mes prédécesseurs, je le rappelle. Avant moi, il y a des points qui ont été marqués et des victoires engrangées, alors certes, peu nombreuses. Mais elles ont existé malgré tout. Je ne parle pas de ligue 2, je sais que je suis ici pour un peu plus de deux ans, si je devais faire plus et signer davantage ça voudrait dire que le mariage est réussi.

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