Maurice Berger : "On est entré dans une flagellation collective"

Maurice Berger, pédopsychiatre, auteur de "Sur la violence gratuite en France" (édition du Toucan) était l’invité d’André Bercoff vendredi 12 juin sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Alors que les manifestations en soutien à George Floyd ou Adama Traoré se multiplient en France, Maurice Berger y voit une explication psychiatrique. C'est à travers sa position et son expérience construite autour d'une équipe "constituée de 80% d'éducateurs issus de l'immigration", que le pédopsychiatre nous confie son point de vue "particulier". 

Une société de flagellation

Parmi l'un des premiers aspects du problème, Maurice Berger rappelle qu'Andy Warhol disait que "tout le monde doit avoir son quart d'heure de célébrité". "Maintenant, tout le monde, blanc, doit avoir son quart d'heure de honte", s'indigne le pédopsychiatre. "On est entré dans une flagellation collective", observe-t-il. "Mais c'est encore plus compliqué que ça", nous confie l'auteur.

Pour le pédopsychiatre, deux mondes cohabitent plus ou moins bien aujourd'hui. "On a les sociétés de la honte et les civilisations de la culpabilité". Pour les premiers, ce sont des sociétés "où la honte est une valeur dominante, comme reconnaître qu'on a fait une faute, se déshonorer, déshonorer son groupe, sa culture", explique-t-il, à l'inverse, des sociétés "judéo-chrétiennes". "Toutes les personnes des minorités ne fonctionnent pas comme ça, de même de que toutes les personnes de la civilisation de la culpabilité ne se sens pas prêt à se sentir coupable", précise l'auteur.

Un geste de soumission ?

"On a une imbrication entre des personnes qui vont forcément se présenter comme victimes, quoi qu'elles aient fait d'illégal et en face des membres de la civilisation de la culpabilité qui vont forcément se sentir coupable", observe Maurice Berger. Et l'engrenage se fait automatiquement. "Plus ces personnes se reconnaissent coupables, plus ceux qui ont tendance à se sentir victimes vont en abuser", estime-t-il. C'est dans ce cas de figure qu'on serait aujourd'hui.

Et symbole de cette situation, la mode de la génuflexion. "J'y suis opposé", déclare le pédopsychiatre. "Que les américains fassent cela pour ce qu'il s'est produit dans leur pays, j'en ai que faire", précise-t-il. "Ce n'est même pas un symbole, c'est quelque chose de littéral : on s'humilie alors qu'on n'a pas de quoi s'humilier", prévient Maurice Berger. "C'est un geste de soumission, c'est quelque chose qui inverse tout. Je ne vois pas de quoi nous devrions avoir honte, nous en France", affirme l'auteur.

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