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Irritabilité, fatigue, sommeil perturbé : les effets de la canicule sur la santé mentale

Par La rédaction

ENTRETIEN SUD RADIO - Est-ce normal d’être plus irritable et d'avoir l'humeur variable pendant la canicule que la France traverse en ce moment ? Une experte décrypte les mécanismes internes qui expliquent cet état de faits et ce sentiment de surchage mentale.

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Après avoir connu hier une nouvelle journée record de plus chaude jamais enregistrée en France, avec un indicateur thermique de 30 °C de moyenne, la canicule devrait toucher progressivement à sa fin ce week-end. Et soulager les organismes comme les esprits, car cette semaine d'extrêmes chaleurs nous a tous fatigués et rendus irritables en raison des efforts du corps pour réguler sa température et de la dégradation du sommeil.

Mais pourquoi ? Eléments de réponses avec la docteure Sarah Smadja, psychiatre et cheffe du Service hospitalo-universitaire.

Existe-t-il un lien réel entre la canicule et ces changements d’humeur ?

« Oui, il existe un lien direct avec la canicule. En réalité, il y a deux phénomènes qui se cumulent. D’une part, la chaleur nous fait dépenser beaucoup d’énergie. Une partie importante de cette énergie est mobilisée pour permettre à notre organisme de réguler sa température, car nous sommes actuellement exposés à des chaleurs très importantes.

« Nous sommes plus irritables, moins patients et moins capables de gérer certaines situations du quotidien »

Le sommeil joue-t-il également un rôle ?

D’autre part, il y a une altération du sommeil. Les températures nocturnes baissent trop peu, ce qui perturbe fortement le repos. Nous pouvons tous constater qu’après plusieurs nuits de mauvaise qualité, la fatigue s’accumule. Le fait de dépenser davantage d’énergie pour réguler sa température et de mal dormir augmente l’inconfort physique. Cela rend également plus difficile la régulation de nos émotions : nous sommes plus irritables, moins patients et moins capables de gérer certaines situations du quotidien. »

« Les fortes chaleurs peuvent accentuer les troubles anxieux comme les troubles dépressifs »

Sur le terrain, observez-vous davantage de dépressions, d’idées suicidaires ou de souffrance psychique pendant les périodes de forte chaleur ?

« Ce que nous constatons actuellement sur le terrain, c’est un certain nombre d’hospitalisations. Il est toutefois difficile d’affirmer qu’il existe un lien direct avec la chaleur. Nos patients présentent déjà plusieurs facteurs de vulnérabilité. Beaucoup suivent des traitements, et nous savons que les fortes chaleurs peuvent rendre leur tolérance plus complexe. Concernant les idées suicidaires, plusieurs études ont effectivement mis en évidence un lien entre l’augmentation des températures et une hausse du risque de passage à l’acte suicidaire. Cependant, ces résultats concernent des études menées à grande échelle sur des populations importantes. Dans notre pratique quotidienne, sur ces trois ou quatre derniers jours, nous n’observons pas forcément une augmentation marquée des hospitalisations pour ce motif précis. Les fortes chaleurs peuvent accentuer les troubles anxieux comme les troubles dépressifs. Plus largement, elles peuvent déstabiliser des troubles déjà existants. Nous recevons davantage d’appels de patients qui se sentent plus en difficulté chez eux, davantage éprouvés par la chaleur. »

« Certains traitements peuvent être fortement perturbés par la chaleur »

On évoque également l’impact de la chaleur sur certains traitements. Est-ce un sujet de vigilance particulier ?

« Oui, c’est un point extrêmement important. Certains traitements peuvent être fortement perturbés par les fortes chaleurs. Je pense notamment au lithium. La chaleur augmente le risque de déshydratation, ce qui peut entraîner une augmentation du taux de lithium dans l’organisme. Cela peut provoquer des états confusionnels et une moins bonne tolérance du traitement. Cela ne signifie absolument pas qu’il faut arrêter son traitement lorsqu’il fait chaud. En revanche, il faut être particulièrement vigilant. Il ne faut pas hésiter à contacter son médecin pour savoir s’il est nécessaire de réaliser une prise de sang afin de vérifier les taux de médicament dans le sang. De manière générale, lorsqu’on suit un traitement et que les températures sont très élevées, il faut être plus attentif aux signes de mauvaise tolérance. »

« Il faut aussi accepter de ralentir son rythme »

Quels conseils donneriez-vous pour mieux vivre psychologiquement une période de canicule ?

« La première chose est de prendre la canicule au sérieux. Il faut bien comprendre qu’il s’agit d’un facteur de risque pour la santé. Il faut aussi accepter de ralentir un peu son rythme. Lorsque les températures sont très élevées, nous sommes plus fatigués, moins patients et moins performants. Il est donc important d’adapter ses exigences et son activité à cette réalité. Il faut également rester attentif à certains symptômes qui peuvent être évocateurs d’un problème, notamment de surdosage médicamenteux ou de déshydratation : un état confusionnel, une grande fatigue ou encore une insomnie majeure. Tous ces signes doivent inciter à consulter rapidement un professionnel de santé. »

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