Dans son décret signé lundi, le locataire de la Maison Blanche continue de propager son discours antivax. Alors que les États-Unis traversent une nouvelle épidémie de rougeole, une première depuis 35 ans, le président américain demande aux parents d’espacer l’administration des vaccins à leurs enfants. D’après lui et son secrétaire d’État à la santé Robert F. Kennedy Jr, il y aurait un lien entre l’autisme et les vaccins.
Un calendrier vaccinal totalement redessiné
Le décret signé lundi par Donald Trump, baptisé « Gold Standard Childhood Vaccine Recommendations », réduit à 11 le nombre de vaccins recommandés pour les jeunes enfants et les répartit en trois catégories : ceux recommandés pour tous les enfants, ceux réservés aux enfants à risque, et ceux relevant d'une « décision clinique partagée » avec le médecin traitant.
Autre mesure phare : le vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole) devrait être administré en trois injections séparées plutôt qu'en une seule. Problème, ces vaccins ne sont aujourd'hui pas commercialisés séparément aux États-Unis. Le secrétaire à la Santé Robert F. Kennedy Jr dispose de 90 jours pour proposer un plan permettant leur mise sur le marché.
Il s'agit de recommandations, et non d'obligations : le décret ne rend aucun vaccin obligatoire, mais redéfinit la doctrine fédérale, avec un poids politique et médical important sur les praticiens et les familles.
« Les gens étaient en meilleure santé »
Face à la presse, Donald Trump a de nouveau justifié sa position par la question de l'autisme. « Il y a des décennies, les enfants ne recevaient qu'une petite fraction des vaccins demandés aujourd'hui. À l'époque, les gens étaient en bien meilleure santé et, bien sûr, le taux élevé d'autisme que nous voyons aujourd'hui n'existait pas », a-t-il affirmé.
Le président a lui-même reconnu la lourdeur de son propre dispositif : « C'est contraignant, ça fait cinq rendez-vous, mais je pense que ça aura un impact énorme sur l'autisme. » Il a par ailleurs concédé, dans le bureau Ovale, ne pas savoir ce qui cause réellement ce trouble neuro-développemental.
Or, des décennies d'études scientifiques portant sur des millions d'enfants n'ont établi aucun lien entre vaccination et autisme.
« Les vaccins ne provoquent pas l'autisme »
La signature de ce décret a provoqué une levée de boucliers, y compris dans le camp républicain. Le sénateur Bill Cassidy, médecin généraliste de formation, a vivement critiqué la décision présidentielle :
« Ce décret est une erreur. Le président ne dispose pas de l'expertise nécessaire pour mettre en œuvre ces changements. Les vaccins sont extrêmement sûrs. Les vaccins sont efficaces. Les vaccins NE PROVOQUENT PAS l'autisme », a-t-il fustigé.
Sur X, il a ajouté : « Les parents devraient écouter le pédiatre de leur enfant au sujet des vaccins plutôt que de se fier à un décret présidentiel erroné. C'est inadmissible. »
L'Académie américaine de pédiatrie a également contesté les affirmations du président, estimant que ce décret risque de « semer la confusion » et d'alimenter le doute sur l'importance de la vaccination.
Une défiance vaccinale de longue date
La défiance de Donald Trump envers les vaccins n'est pas nouvelle. Pendant la pandémie de Covid-19, lors de son premier mandat, le milliardaire s'était déjà montré ambigu, voire critique, envers la campagne de vaccination.
De retour à la Maison Blanche en janvier 2025, il franchit une nouvelle étape avec la nomination de Robert F. Kennedy Jr, figure historique du mouvement antivax, au poste de secrétaire à la Santé. Ensemble, ils avaient déjà tenté de revoir le calendrier vaccinal, une première offensive stoppée par la justice après la mobilisation de plusieurs médecins.
« Les modifications proposées par l'administration Trump au calendrier vaccinal des enfants illustrent les risques liés au fait de laisser les recommandations du gouvernement occuper une place privilégiée dans la prise de décision médicale », a déclaré Jeffrey Singer, de l'institut Cato, dans un communiqué.