E.Lévy - "une fausse bonne idée" d’interdire les personnes condamnées de se présenter aux élections

Pour lutter contre l’abstention, et moraliser la vie politique, faut-interdire aux personnes condamnées de se présenter ? 

Le maire de Levallois-Perret (et époux) Patrick Balkany avec sa Première-adjointe (et épouse) Isabelle. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Pour lutter contre l’abstention, et moraliser la vie politique, faut-interdire aux personnes condamnées de se présenter ? 

C'est une fausse bonne idée qui ressurgit régulièrement. Ce week-end dans Le Monde, Béatrice Guillemon, directrice d’Anticor, demande qu’on ne puisse se présenter qu’avec un casier judiciaire vierge, sans condamnations pour délits économiques et financiers. 

Ce n’est ni aux juges, ni aux associations d’imposer des critères moraux à l’élection (le juge peut prononcer des peines d’inéligibilité). Le seul souverain, c’est le peuple. Et puis cela suppose que la condamnation fait de vous un paria à vie et qu'il n'y a aucune possibilité de rédemption. Alors que vous pouvez avoir commis des indélicatesses à 30 ans et être parfaitement respectable à 40.

Si on commence comme ça, on ne s’arrêtera pas là. Déjà néo-féministes veulent déjà que tout homme accusé/soupçonné de crimes ou délits sexuels soit interdit d’élection.

Mais alors par quel moyen moraliser la vie publique ? 

Vous partez du principe que c’est ça l’urgence, de moraliser. Pas sûre que la sécession électorale d’une moitié de la France soit une affaire de morale. Madame Guillemont dégaine un sondage CEViPOF: 65 % des personnes interrogées pensent que les élus sont corrompus. Et un quart professent du dégoût pour la politique. Ils ont raison: c’est dégoûtant comme toutes les affaires humaines. On n’arrive pas au sommet et on y reste encore moins sans jamais faire la moindre carabistouille, la plus petite entorse aux règles. 

Ne soyons pas des gogos. La morale est une arme du combat politique. Un moyen de nuire à l’adversaire. Comme la nouvelle accusation de viol contre Damien Abad qui tombe opportunément au lendemain d’un premier tour où il est arrivé en tête. Quel heureux hasard !

Tous les Français vous diront la main sur le cœur qu’ils détestent la corruption, ça ne mange pas de pain. Personne ne vous dira non plus qu’il veut gagner moins d'argent d’où le plébiscite du pouvoir d’achat comme première préoccupation des Français. 

Ce que les électeurs reprochent à leurs élus, c’est de les abandonner. Comment les habitants de la colline du crack croiraient-ils à la politique? Les Balkany ont été plusieurs fois réélus, c’est qu’une ville agréable à vivre vaut sans doutes quelques accommodements. Et que les peuples ne veulent pas être gouvernés par des saints mais par des gens capables d’agir sur le réel.