Chiffres de la Fondation Nicolas Hulot sur les pesticides : "c’est totalement politique, cette affaire"

La fondation Nicolas Hulot a publié un rapport sur la hausse de l’utilisation des pesticides ces dernières années. Vrai ou faux ? Emmanuelle Ducros, journaliste à L’Opinion, spécialiste des questions agricoles et technologiques, était interviewée dans "le coup de fil du matin" sur Sud Radio le 11 février. "Le coup de fil du matin" est diffusé tous les jours à 7h12 dans la matinale animée par Cécile de Ménibus et Patrick Roger.

L'usage des pesticides n'a pas été interdit en France, mais a en réalité fortement baissé en dix ans. (Philippe Huguen / AFP)

"De 2009 à 2019, une baisse de 46% en volume"

Si des médias ont pris cette information pour argent comptant, quelques-uns ont fouillé et vu que ce n’était pas les bons chiffres. "D’abord, l’étude de la fondation ne portait pas sur l’usage de pesticides mais sur l’accompagnement des agriculteurs pour trouver des alternatives, explique Emmanuelle Ducros, journaliste à L’Opinion, spécialiste des questions agricoles et technologiques. Mais il y avait une accroche un peu donnée clés en main sur une hausse de 25% de l’usage de pesticides sur dix ans."

Alors, l’usage des pesticides a-t-il progressé ou reculé en dix ans ? "Ce chiffre m’a heurtée car je sais qu'il est inexact, précise la journaliste spécialisée. J’ai voulu vérifier. D’abord, la fondation Nicolas Hulot prenait pour référence l’année 2018, année de vente exceptionnelle, et pas 2019 alors que les chiffres étaient disponibles. Surtout, ils n’utilisaient pas l’indicateur le plus évident en termes d’usage des pesticides, les ventes en volume. Ce n’est pas comme les ventes de bonbons, tout est tracé. Nous avons des chiffres extrêmement précis : sur dix ans, de 2009 à 2019, on a une baisse de 46% en volume."

"Ne pas parler uniquement des risques de pesticides"

Comment expliquer une telle baisse ? "Déjà, les usages du glyphosate ont beaucoup baissé et l’on a retiré énormément de molécules de la pharmacopée agricole, plus de 400 ces derniers années, détaille Emmanuelle Ducros. La fondation Nicolas Hulot est allée chercher un autre indicateur, pas du tout de volume, avec une hausse de 25% qui ne veut absolument rien dire.' Sur un plan politique, est-ce une volonté d’être alarmiste, faute d’avoir obtenu l’interdiction des pesticides ? "Oui, c’est totalement politique cette affaire, estime la journaliste de l’Opinion. Ils se sont un peu empêtrés les pieds dans l’explication de ce chiffre. On ne règle pas un problème de société sur des bases factuelles fausses."

"On ne peut pas parler uniquement des risques de pesticides, rappelle-t-elle. La France est l’un des pays les plus vertueux de la planète. Il faut aussi savoir que si 2015 a été l’année de famine la plus basse dans le monde, c’est aussi parce que l’on utilise des pesticides. Si l’on veut en sortir, il faut tirer le raisonnement jusqu’au bout et voir quelles sont les alternatives. Certaines, politiquement, sont totalement rejetées par la fondation Nicolas Hulot, les OGM et les nouvelles technologies de sélection variétale permettant, dans beaucoup de cas, de se passer de pesticides. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre."

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