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Assassinat de Dominique Bernard: vers un procès "important" avec un assaillant qui "s'exprime"

Le dossier sur l'assassinat du professeur Dominique Bernard est "extrêmement important" dans l'appréhension du jihadisme par sa "singularité", estime auprès de l'AFP Richard Malka, essayiste et avocat de la famille de l'enseignant, car l'assaillant y livre une autoréflexion sur son "chemin de fanatisation".

FRANCOIS LO PRESTI - AFP/Archives

Le dossier sur l'assassinat du professeur Dominique Bernard est "extrêmement important" dans l'appréhension du jihadisme par sa "singularité", estime auprès de l'AFP Richard Malka, essayiste et avocat de la famille de l'enseignant, car l'assaillant y livre une autoréflexion sur son "chemin de fanatisation".

Le 13 octobre 2023, à la sortie de la cité scolaire Gambetta-Carnot à Arras, Mohammed Mogouchkov a tué son ancien professeur et fait trois blessés.

Le parquet national antiterroriste a requis mardi un procès contre lui, son cadet et son cousin. La juge d'instruction doit trancher, des réflexions juridiques subsistant sur les charges imputables à ses proches.

Peu de doutes toutefois sur le renvoi de Mohammed Mogouchkov: il avait prêté allégeance à l'organisation Etat islamique et n'a eu de cesse, au cours de l'enquête, de revendiquer un acte planifié seul.

"Qu'un auteur de faits terroristes de cette gravité-là soit vivant, c'est rare. Qu'il soit vivant et qu'il parle, c'est encore plus rare. Qu'il ait un discours à ce point structuré, je n'ai jamais vu ça", affirme à l'AFP Me Malka, qui s'est signalé dans plusieurs plaidoiries d'affaires liées à la liberté d'expression, dont celle de l'attaque terroriste ayant visé l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo.

Le conseil espère que Mohammed Mogouchkov "se livrera à une véritable autocritique" pendant son procès, qu'il manifestera "des remords".

- "Le kif de l'école" -

Car derrière un "discours jihadiste habituel, mêlant une espèce de charabia religieux et un Coran mal étudié", Mohammed Mogouchkov détonne par une "espèce de réflexion" sur le "chemin de fanatisation", considère Me Malka.

D'après des interrogatoires dont l'AFP a eu connaissance, le suspect a affirmé, fin 2023 devant la juge, s'en être pris à son ex-professeur pour les valeurs républicaines qu'il incarnait comme professeur de français. "C'est l'une des matières où on transmet la passion, l'amour, l'attachement du système en général de la République, de la démocratie, des droits de l'Homme", énumère l'assaillant.

L'avocat Richard Malka, le 27 mai 2025 à Nanterre

L'avocat Richard Malka, le 27 mai 2025 à Nanterre

Hugo MATHY - AFP/Archives

En janvier 2026, il a aussi déclaré avoir agi à Arras, de taille moyenne, pour que "n'importe quelle ville" se sente "menacée" dans le pays.

Pourtant, le jeune homme, originaire de la république russe à majorité musulmane d'Ingouchie, se souvient avoir "eu le kif de l'école, d'être intégré" en France après son arrivée en 2008. Il parle d'une "insertion par la langue" à l'école, "le plaisir de pouvoir lever la main et savoir la réponse".

Au collège, il aime "la fiction Marvel, les copains, la mixité"... "mais quand j'y repense maintenant, je le vois différemment", dit-il. En grandissant, il a envie "de cracher sa haine" contre une République et "des lois qui empêchent notre culte" musulman.

Il raconte avoir été marqué par l'expulsion de son père, fiché S, en 2018. Puis par l'interpellation de son frère soupçonné d'être impliqué, en 2019, dans un projet d'attentat aux abords de l'Elysée - son aîné sera condamné.

- "Haine" -

Dès lors, "le terrorisme, le judiciaire, le GIGN" deviennent un "thème normal pour ma famille", dit-il. "Ça m'a intéressé, ça m'a radicalisé".

Au sujet du Coran, il loue un "pouvoir" de "répétition" qui finirait par mettre les récalcitrants "d'accord" sur ce qui est "vrai". "Les mauvaises langues diraient que c'est de la propagande ou du bourrage de crâne", lâche-t-il.

Pour Me Malka, la société "a failli à donner à Mohammed Mogouchkov un sens qui soit autre chose qu'une lecture fanatisée du Coran", même si "Dominique Bernard a tenté de le faire".

Des fleurs déposées devant le lycée Gambetta d'Arras en hommage au professeur de français Dominique Bernard, tué lors d'une attaque au couteau, le 13 octobre 2023 dans le Pas-de-Calais

Des fleurs déposées devant le lycée Gambetta d'Arras en hommage au professeur de français Dominique Bernard, tué lors d'une attaque au couteau, le 13 octobre 2023 dans le Pas-de-Calais

Denis Charlet - AFP/Archives

Aujourd'hui, sa surprenante "analyse de la fanatisation" est "écrasée par une haine de la civilisation occidentale et par une culture patriarcale massive", pense Me Malka.

Ce dossier représente "une sorte d'épure de confrontation de systèmes de valeurs" entre l'école et "l'obscurité", avance l'avocat. "On espère que Mohammed Mogouchkov continuera de parler au procès, parce qu'il pourrait se fermer".

"Mon client a choisi de s'exprimer sur les faits depuis le début et entend continuer à le faire dans le cadre du procès", a réagi auprès de l'AFP son avocat, Verlaine Etame Sone. Face au regard porté par Me Malka, la défense veut "rappeler qu'une lecture partielle du dossier ne permet pas, à elle seule, d'apprécier la personnalité complète d'une personne mise en cause".

Par Clara WRIGHT / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP

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