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Programme présidentiel et communication : que vaut la rentrée politique de Marine Le Pen ?

DECRYPTAGE SUD RADIO - Marine Le Pen a choisi hier son fief du Pas-de-Calais pour son grand retour politique. La candidate du Rassemblement national à la présidentielle de 2027 a livré un discours d'environ 45mn centré sur le logement et la « priorité nationale » : mais que penser sur le fond comme sur la forme ?

Thomas SAMSON - AFP

Hier dimanche, Marine Le Pen a fait sa rentrée politique devant environ 2 000 partisans réunis dans la salle municipale d'Hénin-Beaumont, ville historiquement tenue par le RN. Parmi les grandes annonces, la candidate à la Présidentielle propose de faire du logement l'un des axes centraux de sa campagne. Elle a promis d'en faire « un des grands chantiers » de son éventuel quinquennat et a défendu l'idée que les Français doivent être prioritaires dans l'accès au parc social.

Priorité nationale : « Un droit naturel et juste »

Un principe qu’elle le présente comme « un droit naturel et juste », insistant sur le fait que la distinction qu'elle opère ne porte pas sur la couleur de peau ou la religion, mais sur la nationalité. Concrètement, la candidate souhaite réserver l'accès au logement social et les aides personnelles au logement (APL) aux Français, abroger la loi SRU qui impose des quotas de logements sociaux aux communes, et permettre la vente d'une partie des HLM tout en expulsant les familles jugées délinquantes de ces logements

Priorité nationale et pouvoir d'achat

Elle a également annoncé vouloir mettre gratuitement à disposition des terrains publics pour les constructeurs, à condition qu'ils bâtissent des logements à loyer modéré, supprimer le dispositif « zéro artificialisation nette » (ZAN) et alléger les contraintes liées aux diagnostics de performance énergétique (DPE). Son projet prévoit aussi de remplacer MaPrimeRénov' par un prêt à taux zéro baptisé « 100 % rénov », ainsi que des mesures « anti-squat » et une priorité d'accès élargie aux résidences étudiantes.

Pour le politologue Benjamin Morel, interrogé par Sud Radio, Marine Le Pen cherche avant tout à « tirer la problématique extrêmement importante et structurante du pouvoir d’achat. Elle met également en avant la question de la priorité nationale ». Selon lui, la candidate tente également de désamorcer les accusations de racisme en présentant cette distinction comme fondée uniquement sur la nationalité : « Elle dit que c’est une priorité pour les nationaux, quelles que soient leurs couleurs de peau, leurs religions, etc., contre ceux qui ne seraient pas des nationaux. » 

Une com' différente des autres

Une stratégie de communication que l’experte Magali Vicente replace dans le paysage plus large des rentrées politiques, en comparant son approche à celle de ses adversaires : « Mélenchon a joué sur le pouvoir de l’image » tandis que Bruno Retailleau a misé sur « la rupture ». Marine Le Pen, elle, semble ainsi privilégier un discours plus concret et programmatique, autour du logement et du pouvoir d’achat, cohérente avec sa position de favorite dans les sondages, alors que les différents candidats cherchent chacun à imposer leur propre marque dans la perspective de 2027.

Une unité de façade

Derrière l'unité affichée sur la tribune, où Marine Le Pen a ouvert son discours en souhaitant l'anniversaire de Jordan Bardella, fêtant ses 31 ans, des tensions internes couvent. Selon des informations de Libération, le président du RN aurait lâché « c'est elle ou moi » fin août, en réaction à la volonté de Marine Le Pen de donner davantage de place à sa nièce Marion Maréchal dans le dispositif de campagne. Interrogé sur BFMTV, Jordan Bardella a démenti toute discorde, assurant soutenir sa cheffe de file « à 2000% ».

Les deux figures du parti divergent néanmoins sur le fond, en particulier sur les retraites : Jordan Bardella juge le système actuel intenable économiquement, quand Marine Le Pen reste attachée à un retour à la retraite à 62. Le président du RN semble aussi plus réservé sur l'interdiction du port du voile dans l'espace public, un sujet qu'il préfère renvoyer à un référendum plutôt qu'en faire un axe de campagne.

Motus sur l'Ukraine et l'affaire des policiers racistes

À noter que Marine Le Pen a pris soin de ne pas revenir sur les polémiques récentes sur son parti. Elle n'a rien dit de la proposition d'interdiction du voile, ni de la remise en cause du soutien à l'Ukraine portée début septembre par le vice-président du RN Louis Alliot, qui avait suggéré de « couper le robinet » de l'aide militaire.

La candidate a également gardé le silence sur l'affaire des policiers municipaux de Carcassonne, dans laquelle un agent ayant servi bénévolement au sein du service d'ordre du RN et ayant escorté Jordan Bardella lors de plusieurs déplacements tenait des propos racistes, sexistes et complotistes. Il a depuis été exclu du parti, et le parquet de Carcassonne a suspendu les quatre policiers filmés dans la vidéo.

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