single.php

Maud Koffler : "Avec Ceuta, l'Europe a failli et l'Espagne s'est laissée faire"

OPINION - Alors que la situation migratoire à Ceuta ravive les tensions en Espagne, les critiques contre le gouvernement de Pedro Sanchez se multiplient.

migrants

Maud Koffler, vous voudriez attirer l'attention sur ce qui se passe à Ceuta, et plus largement en Espagne. 

"Oui, parce que je constate qu'on a tendance à survoler le sujet alors que ça se passe à nos portes, et que ce qui n'était considéré que comme un débordement migratoire il y a quelques semaines, il y a un mois précisément, s'est mué en une très grosse crise politique. D’abord parce que l'Europe s'est aperçue une fois de plus que ses frontières étaient des passoires, bravo à elle. 

En même temps quand tu vois plus de 70 000 migrants débarquer sur ton sol en deux jours, ça devient difficile de jouer les aveugles. Et puis parce que les Espagnols ont bien compris que leur premier ministre Pedro Sanchez jouait contre eux.  Alors depuis plusieurs jours les manifestations se multiplient, la petite enclave de Ceuta est devenue en quelque sorte la capitale éphémère d'un peuple qui refuse de se laisser envahir."

L'Espagne dénonce "la traîtrise et l'abandon de son gouvernement"

Alors on a vu effectivement des images impressionnantes dans plusieurs villes d'Espagne, à Madrid, à Malaga, à Barcelone, des images qui en rappellent d'autres. 

"Comme un goût amer de déjà vu, vous avez raison, parce qu'en avril dernier les Espagnols étaient déjà descendus dans la rue pour manifester contre la régularisation massive des étrangers. Pedro Sanchez avait annoncé la régularisation de 600 000 personnes pour plus d'un million de demandes, 67% des Espagnols s'y étaient opposés, c'est pas rien. Donc autant vous dire que l'épisode de Ceuta a rajouté une citerne d'huile sur le feu. Les habitants qui ont vu leur population doubler en deux jours réclament juste une protection de l'Europe, et dénoncent assez durement la traîtrise et l'abandon de leur gouvernement qu'ils jugent complice de cette invasion. 

À noter aussi que les autorités présentes sur place, policiers, gardiens civils et pompiers ont rejoint pour la plupart ces mouvements contestataires. On voit pas mal de vidéos passer sur les réseaux sociaux qui illustrent cette communion et cette rage aussi, on a notamment vu des Espagnols chasser des Marocains d'une plage, brûler leurs abris de fortune pour tenter de les faire fuir. Mais ce qui nourrit cette tension c'est aussi le témoignage d'une magistrate à Ceuta qui a affirmé dans la presse espagnole que le nombre de crimes et délits avait explosé depuis cet afflux de migrants. Elle évoque presque un cas d'agression sexuelle par jour, c'est énorme, surtout sur un si petit territoire qui ne fait même pas 19 kilomètres carrés."

L'Europe victime d'une machination marocaine ?

Est-ce que l'Europe a répondu ? 

Oui, Ursula von der Leyen a immédiatement réagi début août en demandant une réponse commune pour renforcer les frontières, ce qui n'a pas convaincu tous les états membres puisque l'Italie et le Danemark ont carrément appelé à suspendre l'Espagne de l'espace Schengen, ce qui est évidemment impossible en l’état. Reste à savoir en revanche si l'Europe a été victime d'une machination marocaine puisqu'un rapport commandé par la justice espagnole aurait révélé l'implication directe de la gendarmerie marocaine dans ses arrivées massives de migrants, ce qui viendrait contredire les affirmations du premier ministre espagnol Pedro Sanchez qui a exonéré immédiatement le Maroc de toute responsabilité. 

En tout cas, ce n'est pas ce que disent les vidéos là aussi tournées à ce qui sert de frontière, elles sont authentiques, on y voit des soldats marocains jeter des pierres sur ceux qui tentent de revenir. Donc quelque part, est-ce qu'on a vraiment besoin de ce rapport pour connaître le taux d'implication du Maroc dans cette opération ? Je ne pense pas. 

"L'Europe a failli, l'Espagne s'est laissée faire"

Donc la crise n'est pas prête de s'éteindre, Maud ? 

"Non, et vous savez quoi ? Tant mieux. J'ai été très surprise de voir les Espagnols se lever, se défendre, appeler l'Europe à l'aide, parce qu'on ne parle pas de manifestation eurosceptique, c'est là que le symbole est encore plus fort, on parle d'un peuple qui se sent abandonné par les grandes instances européennes. L'Europe a failli, l'Espagne s'est laissée faire, c'est toute la réglementation de l'espace Schengen qui est remise en cause, la liberté des peuples et des nations à disposer d'elles-mêmes. 

En plus, Ceuta a un statut particulier, c'est une ville autonome espagnole située en Afrique du Nord, entourée par le Maroc, qui en revendique d'ailleurs la souveraineté. C’est vous dire l'ambiance. Mais moi je pense que cette invasion est un tournant, parce que la politique migratoire européenne n'aura plus aucune valeur tant que les états membres n'auront plus aucune frontière, parce que la question des migrations dépasse aussi les politiques individuelles. Le phénomène est trop gros.

Quand Pedro Sanchez nous dit qu'il faut régulariser 600 000 étrangers pour faire tourner le pays, alors que le taux de chômage chez les moins de 25 ans s'élève à 23%, vous savez, moi je suis très cartésienne, j'ai juste envie d'aller leur botter le cul. L'immigration ne peut pas être le remède à la paresse de l'Occident, c'est pas possible. Mais bon, le sujet va bouger, en attendant l'Espagne nous montre qu'elle veut préserver sa stabilité économique, elle revient de loin, elle veut protéger sa démographie, sa culture, sa souveraineté, c'est un exemple. Alors pourvu que leur voix porte jusqu'au plus haut sommet de Bruxelles."

L'info en continu
07H
06H
04H
22H
18H
17H
16H
Revenir
au direct

À Suivre
/