L’Union européenne hausse le ton face au Brésil. La Commission européenne a annoncé la suspension, à partir de jeudi, des importations de viande bovine, de volaille, d'œufs et de miel en provenance du Brésil. En cause : l'incapacité, selon l'exécutif européen, du géant sud-américain à prouver que ses filières d'élevage respectent la réglementation communautaire sur les antimicrobiens.
Le droit européen interdit de recourir à ces substances pour doper la croissance des bêtes ou gonfler les rendements, et proscrit également l'usage, chez les animaux, de traitements réservés aux infections humaines. Ces règles s'inscrivent dans la lutte contre l'antibiorésistance, un phénomène que l'Organisation mondiale de la Santé tient pour responsable, de plusieurs millions de morts chaque année dans le monde.
Une suspension à géométrie variable
Toutes les filières ne seront pas traitées de la même façon. Un audit portant sur la volaille et le miel doit s'achever vendredi ; s'il se révèle positif et reçoit l'aval des États membres, les exportations concernées pourraient reprendre assez rapidement. Le dossier du bœuf s'annonce en revanche plus long à régler, les cycles de production étant plus étendus dans le temps.
Bruxelles se veut malgré tout conciliante et affirme maintenir un dialogue constructif avec les autorités brésiliennes, précisant que les échanges pourront reprendre dès que la conformité sera démontrée. Aucun calendrier global n'a toutefois été fixé pour une levée complète des restrictions.
L'enjeu financier est loin d'être négligeable pour le Brésil, qui s'est imposé en 2025 comme le deuxième exportateur de viande bovine vers l'UE, avec plus de 92 000 tonnes écoulées pour une valeur dépassant 713 millions d'euros. Le pays a même dépassé le Royaume-Uni au premier trimestre 2026 pour devenir le premier fournisseur de bœuf extra-communautaire de l’Union européenne.
Un impact limité dans les assiettes françaises
Pour les consommateurs Français, le choc devrait avoir peur d’impact car la France s'approvisionne très majoritairement auprès de ses partenaires européens. La volaille, viande la plus consommée dans l’Hexagone, provient d'abord de Pologne, qui fournit plus d'un poulet sur deux importé. Sur les 700 000 tonnes de poulet importées en 2025, seules 6 000 tonnes venaient d'Amérique du Sud, Brésil compris. Même constat pour le bœuf : sur 260 000 tonnes importées, à peine 1 500 tonnes avaient une origine brésilienne, l'essentiel provenant des Pays-Bas, d'Irlande, de Belgique et d'Allemagne.
La situation est en revanche nettement différentes chez nos voisins européens. Aux Pays-Bas, près d'un tiers du bœuf importé vient de pays extra-européens, une proportion qui grimpe à environ la moitié pour le poulet. À l'échelle de l’Europe, le Brésil pèse lourd : au premier trimestre 2026, il a fourni près de la moitié des 270 000 tonnes de poulet importées par l’UE.