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Espagne : près de 50 000 migrants à Ceuta en 24 heures, l'Italie menace de suspendre Schengen

Par Hugo Paillart

Gros Plan Sud Radio – Entre 40 000 et 50 000 migrants ont franchi la frontière entre le Maroc et l'enclave espagnole de Ceuta en l'espace de 24 heures, selon le ministère espagnol de l'Intérieur. Cet afflux, le plus important depuis la crise de mai 2021, provoque une crise diplomatique entre Madrid et Rome.

Francois LO PRESTI - AFP


Dans la nuit du jeudi au vendredi, environ 50 000 migrants ont traversé la frontière entre l’Espagne et le Maroc. Ces derniers sont arrivés dans la ville de la Ceuta. En Espagne et en Europe, cet « incident » fait réagir. La présidente du Conseil italien Giorgia Meloni a appelé à exclure la péninsule ibérique de l’accord de Schengen.

Près de 50 000 personnes ont franchi la frontière

Dans la nuit de jeudi à vendredi, des milliers de migrants, en majorité de jeunes hommes et adolescents venus du Maroc, ont rejoint Ceuta par voie maritime et terrestre, aux cris de « Viva España ». Le ministère espagnol de l'Intérieur évalue entre 40 000 et 50 000 le nombre de passages en 24 heures. Au moins 18 personnes sont mortes noyées en tentant la traversée.

Il s'agit du plus important afflux de migrants vers Ceuta depuis mai 2021, lorsque plus de 10 000 personnes avaient franchi en deux jours la frontière séparant le Maroc de Melilla, l'autre enclave espagnole en Afrique du Nord.

Le ministre espagnol de la Politique territoriale, Angel Victor Torres, a évoqué plusieurs facteurs à l'origine de cet afflux, notamment une récente décision de la Cour suprême espagnole, qui a jugé que les migrants interceptés en mer près de Ceuta et Melilla ne pouvaient plus être renvoyés immédiatement en vertu du régime spécial applicable à ces enclaves.

Les réactions en Espagne

L'arrivée massive de migrants a suscité de vives réactions politiques. Juan Jesús Vivas, président de la ville autonome de Ceuta (Parti Populaire), a fait état de centres d'accueil totalement saturés et a réclamé la déclaration de l'état d'urgence, ainsi que l'envoi de renforts policiers et militaires.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez doit se rendre sur place vendredi, accompagné du ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska, pour évaluer la situation avec les autorités locales. À Madrid, le président du Parti Populaire, Alberto Núñez Feijóo, a exigé du gouvernement qu'il reprenne le contrôle de la situation, tandis que le parti Vox a dénoncé une « invasion ».

Rome menace de suspendre Schengen avec l'Espagne

La crise a rapidement pris une dimension européenne. La présidente du Conseil italien Giorgia Meloni a annoncé que son gouvernement se tenait prêt à des « mesures exceptionnelles », y compris la suspension de l'accord de Schengen avec l'Espagne.

Son vice-Premier ministre et chef de la diplomatie, Antonio Tajani, est allé plus loin en estimant que la décision de Madrid d'avoir régularisé plus de 500 000 immigrés en situation irrégulière encourageait le trafic d'êtres humains. Matteo Salvini, également vice-Premier ministre, a de son côté appelé sur X à suspendre Schengen pour défendre les frontières de l'Europe.

L'Espagne a répliqué en dénonçant la « démagogie » italienne : le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a convoqué l'ambassadeur d'Italie, jugeant les propos de Rome inappropriés de la part d'un pays partenaire, et a appelé à la solidarité européenne.

Rabat et Madrid cherchent une solution

Les autorités marocaines ont déployé des canons à eau et renforcé la sécurité aux points de passage pour repousser les candidats au départ. Des heurts ont éclaté près de la frontière, laissant des véhicules calcinés.

Certains observateurs, côté marocain, estiment que Rabat aurait délibérément laissé la situation se dégrader pour faire pression sur Madrid, notamment sur le dossier du Sahara occidental. Les deux pays affirment néanmoins travailler en coordination pour accélérer le rapatriement des personnes entrées illégalement à Ceuta ces derniers jours.

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