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Écrans et développement de l’enfant : la science met en garde

ÉCLAIRAGE SUD RADIO - Les écrans occupent une place croissante dans le quotidien des enfants, dès le plus jeune âge. Plusieurs études récentes établissent un lien entre une exposition excessive et des retards dans l’apprentissage du langage, tandis que les pouvoirs publics envisagent de nouvelles mesures pour encadrer l’accès des mineurs aux contenus numériques et aux réseaux sociaux.

Écrans et développement de l’enfant : la science met en garde

Une série de travaux scientifiques et d’initiatives législatives récentes mettent en lumière les conséquences de l’usage intensif des écrans et des réseaux sociaux sur les enfants et les adolescents, et suscitent des débats publics importants en Europe et au-delà.

Regarder plus d'écrans, c'est aussi avoir un vocabulaire plus restreint

Au Royaume-Uni, une vaste étude menée sur plusieurs milliers de jeunes enfants montre que l’exposition prolongée aux écrans est associée à des retards dans l’apprentissage du langage. "Les contenus sont addictifs et sont faits exprès pour qu'ils y restent collés. Les parents eux-mêmes se retrouvent scotchés", alerte Sylvie Dieu Osika, pédiatre, membre du collectif Surexposition aux écrans à l'hôpital Verdier de L'AP-HP de Bondy, au micro de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

Dans la population étudiée, la quasi-totalité des enfants de deux ans a été exposée à des écrans numériques chaque jour, avec une moyenne quotidienne près de deux heures et demie, bien supérieure aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé pour cette tranche d’âge. Les résultats montrent qu’au-delà d’environ 1 h 26 min d’écran par jour, les performances au test de vocabulaire diminuent : les enfants les plus exposés identifient moins de mots qu’un groupe moins confronté aux écrans. Par ailleurs, les enfants avec des temps d’exposition plus élevés présentent des signes plus fréquents de difficultés comportementales ou émotionnelles, et cette surexposition est plus marquée dans les milieux socio-économiquement défavorisés.

Quasiment tous les tout-petits utilisent quotidiennement des écrans, et ceux qui y passent beaucoup de temps semblent avoir un vocabulaire plus limité que leurs pairs moins exposés. Les chercheurs notent toutefois que la relation observée est corrélationnelle, sans lien de causalité strictement établi, mais que ces constats plaident pour une réflexion plus large sur les pratiques familiales et éducatives.

Et, d'une manière générale, l'apprentissage que permettent les applications numériques n'est pas le même que celui "à l'ancienne". "Le temps que vous allez passer à apprendre quelque chose sur l'écran va être beaucoup plus important que si vous l'apprenez avec quelqu'un à côté de vous. Les parents sont impressionnés par ce que l'enfant peut faire sur un écran. Mais en fait, la troisième dimension est beaucoup plus compliquée pour un enfant. Comprendre que les cubes, ça se met les uns sur les autres, qu'une balle, ça roule etc., c'est très différent. Et puis, avec un écran, c'est une activité sédentaire, vous ne bougez pas du tout. Alors que quand vous marchez dans la rue, vous pouvez vous arrêter, regarder un arbre, c'est tel arbre et tel fruit… Vous voyez, c'est très différent en termes d'impact sur le cerveau", explique Sylvie Dieu Osika.

"Les contenus sont addictifs et sont faits exprès pour que les enfants ne lâchent pas"

Au micro de Sud Radio, Sylvie Dieu Osika rappelle aussi que les contenus ont beaucoup changé. "Pour les grands-parents qui nous écoutent, il faut savoir que les contenus qui sont proposés ne sont pas du tout les mêmes qu'il y a quelques décennies. Enfant, le mercredi, je passais du temps devant la télé : il y avait un début, un milieu et une fin. Maintenant, ce n'est plus la même chose. Aujourd'hui, les contenus sont addictifs et sont faits exprès pour que les enfants ne lâchent pas. Et puis, la permanence : c'est 24 heures sur 24, 7 jours sur 7."

"Et puis, ces applications sont intelligentes, pour que le bébé soit un "bon client" : elles vous proposent des contenus soi-disant pédagogiques, soi-disant éducatifs. Il faut bien que les parents comprennent qu'elles n'ont rien de pédagogique, rien d'éducatif - avant 6 ans, avec un écran on n'apprend rien. Cela scotche l'enfant avec tout un tas d'informations à grande vitesse, cela le rend calme, mais il ne faut pas croire qu'il va apprendre quelque chose", poursuit Sylvie Dieu Osika au micro de Sud Radio.

Face à l'addiction aux écrans, les pouvoirs publics prennent des mesures

Sur ce fond scientifique, des propositions politiques visant à encadrer l’accès des jeunes aux réseaux sociaux en France ont été déposées et débattues. Une proposition de loi adressée au parlement entend répondre aux effets potentiellement délétères de l’exposition précoce aux écrans et aux contenus numériques. Ce texte comprend notamment des mesures pour sensibiliser davantage les professionnels de la petite enfance et de l’éducation aux risques des écrans, et pour instaurer des campagnes d’information sur les appareils connectés. Il prévoit également de réglementer l’usage des écrans dans les établissements scolaires et de promouvoir des stratégies de prévention à un âge précoce.

Dans la même logique, une autre initiative législative vise à fixer un âge minimal d’accès aux réseaux sociaux, souvent proposé autour de 15 ans, afin de protéger les mineurs des contenus inappropriés, de la sollicitation addictive des plateformes et des effets sur le sommeil et le bien-être psychologique. Ce débat s’inscrit dans un contexte plus large de préoccupations sociétales sur l’impact du numérique sur la santé mentale et le développement des jeunes générations.

Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

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