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Aux grandes savantes, la Tour Eiffel enfin reconnaissante ?

Cent trente-sept ans après l’inauguration du monument, le projet "Hypatie" propose d'ajouter les noms de 72 savantes aux côtés des figures masculines déjà gravées sur la Tour Eiffel. Portée par l'association "Défis Sorbonne", cette initiative vise à compléter le récit historique de la science en mettant en lumière des figures de femme exemplaire.

Mettre en lumière des femmes exemplaires, astronomes, mathématiciennes ou médecins, éclipsées par l'histoire des sciences et invisibilisées : tel est l'objectif du projet "Hypatie pour la Tour Eiffel". Lors de l'émission La Force de l'engagement sur Sud Radio, Benjamin Rigaud, président de l'association étudiante "Défis Sorbonne", et l'astrophysicienne Sylvie Cabrit ont apporté des témoignages sur cette démarche faite pour "briser un récit construit depuis deux siècles" et rappeler que les femmes "n'ont pas été absentes, elles ont été exclues, puis effacées".

72 noms gravés en 1889... mais aucune femme

Le projet est né d'un déclic sur le terrain. Alors que Benjamin Rigaud travaillait comme guide sur le monument, ce dernier, interpellé par une visiteuse cherchant le nom de Marie Curie, réalise que les 72 noms gravés en 1889 ignorent totalement les femmes. "À travers cette question, c'est l'absence de femmes dans la liste qui m'a interpellé", confie-t-il au micro de Muriel Reus. Son ambition a alors grandi pour proposer l'ajout de 72 noms de savantes. Pour lui, l'enjeu est clair : "La visibilité planétaire de la Tour Eiffel fera changer les mentalités" et permettra de lutter activement contre “l'effet Matilda”. Un processus où le rôle des femmes est "systématiquement soit dénié, soit minimisé, soit attribué à un collègue homme".

Reconnaissance de l'excellence féminine

Sylvie Cabrit, astronome à l’Observatoire de Paris - PSL, souligne que cette invisibilisation est un mécanisme assez structuré qui a pris une ampleur particulière au XIXe siècle. Elle explique qu'à cette époque, on a délibérément "inventé le duo : le génie et sa muse", tout en présentant l'instruction féminine comme un "vrai danger pour la morale" et pour la société. Selon elle, ce récit historique biaisé continue de peser sur le présent : "Les jeunes femmes, malgré tout, s'auto-censurent, même si elles ont de très bons résultats au lycée". Selon Sylvie Cabrit, ce projet est "devenu nécessaire" pour que la reconnaissance de l'excellence féminine "se diffuse vraiment le plus possible dans la société".

Un "Himalaya" de sélection

Le comité Hypatie a donc dû faire des choix complexes, un véritable "Himalaya" selon les mots des intervenants, pour sélectionner 72 figures marquantes respectant les critères de Gustave Eiffel. Parmi elles figurent des pionnières comme Toshiko Yuasa, physicienne japonaise, Rose Dieng, informaticienne sénégalaise, ou encore Sébastienne Guyot, ingénieure et résistante dont le destin rappelle que les femmes ont été au cœur des avancées techniques et des combats de leur siècle.

Loin d’être une simple remise à niveau historique, le projet Hypatie est une célébration du génie scientifique au féminin. En inscrivant ces noms sur ce monument mondial, l’association offre de nouveaux modèles de réussite aux futures générations. 

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