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Autisme : la psychanalyse n'est plus recommandée par la Haute Autorité de santé

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - Le 12 février 2026, la Haute Autorité de santé (HAS) a profondément révisé ses recommandations concernant la prise en charge des troubles du spectre de l’autisme (TSA) chez les nourrissons, enfants et adolescents.

Autisme : la psychanalyse n'est plus recommandée par la Haute Autorité de santé

L’un des points les plus marquants de ces nouvelles recommandations est la non-recommandation de la psychanalyse dans ce contexte, une position qui rompt avec une tradition française parfois considérée comme singulièrement attachée à cette approche.

Autisme : la Haute Autorité de santé recommande des interventions développementales et comportementales précoces

Jusqu’à présent, la psychanalyse – une discipline fondée sur la théorie freudienne et ses déclinaisons – avait une place importante dans certains cercles cliniques français. Mais en l’absence de preuves scientifiques solides démontrant son efficacité dans l’accompagnement des enfants autistes, la HAS a décidé de l’inscrire désormais dans la liste des approches non recommandées. Cette décision s’appuie sur les dernières données scientifiques disponibles : la psychanalyse ne dispose que d’un "niveau de preuve insuffisant" et ne répond pas aux critères d’efficacité attendus pour être conseillée dans la prise en charge des TSA.

Le changement est historique, car il traduit une clarification nette des standards qui doivent guider les professionnels de santé et les familles. En pratique, la HAS recommande désormais des interventions développementales et comportementales, précoces et adaptées aux besoins de l’enfant, ainsi qu’un rôle central pour les parents et une coordination avec les équipes éducatives.

Prise en charge de l'autisme : éradiquer les pratiques non recommandées

Cette évolution n’a pas seulement une dimension technique : elle touche aussi à un débat culturel plus large sur la manière d’appréhender l’autisme. En France, la psychanalyse avait parfois été soutenue comme une approche légitime, tandis que dans de nombreux autres pays elle avait déjà été reléguée au second plan au profit d’approches basées sur des preuves scientifiques robustes.

"Je continuerai à le dire : qu'on vienne m'apporter une quelconque preuve d'efficacité de ces pratiques ! Et auquel cas, évidemment, on reposera le sujet", martèle au micro de Sud Radio Étienne Pot, délégué interministériel à la stratégie nationale pour les troubles du neuro-développement. Pour lui, cette évolution est essentielle et s’inscrit dans un mouvement nécessaire de modernisation : "Je pense quand même que ces pratiques ont diminué avec le temps. Et bien heureusement ! Et notamment avec le soutien des associations. Mais ce que je veux dire aussi, ce qui est très singulier dans le champ de l'autisme, c'est que vous avez des associations de familles, de personnes concernées qui sont unanimes pour dire que ces pratiques, ça n'est plus possible. On ne peut pas avoir un tel fossé qui se creuse entre certains professionnels qui ne veulent pas revenir sur ces pratiques qui sont anciennes, complètement dépassées, et des associations de familles et de personnes concernées qui disent 'Stop, on ne veut plus en entendre parler'". "Je vois bien tous les propos que je peux entendre, y compris à mon égard, qui sont extrêmement violents. Je peux vous dire vraiment que je ne vais pas m'écarter de ce chemin-là. Je quitterai ces fonctions en martelant que ça n'est plus possible", a-t-il poursuivi à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

"On ne peut pas avoir dans des établissements financés par de l'argent public des pratiques non recommandées"

Toujours au micro de Sud Radio, Étienne Pot insiste sur la nécessité d’un virage profond : "Je pense qu'il va falloir encore un peu de temps. Je pense cependant que là, la France, au travers de cette recommandation de la Haute autorité de santé, est en train d'entamer un virage historique sur le sujet. Et je n'ai pas honte de plaider pour de la fermeté sur le sujet. Je le redis : on ne peut pas avoir dans des établissements financés par de l'argent public des pratiques non recommandées. Et donc, de fait, je continuerai à agir. Je sens bien qu'il y aura encore des résistances. Mais le message que je veux passer, c'est que vraiment, l'immense majorité des professionnels qui sont plus essentiellement des jeunes professionnels dans le champ de l'autisme, ils ont envie de s'inscrire dans ces nouvelles pratiques. Le message que je leur envoie ici, c'est : 'Tenez bon, parce que vous, ne inquiétez pas, on va aller vers cette modernité et vers cette approche qui a fait ses preuves'".

Ces prises de position publiques témoignent d’un tournant politique et sanitaire majeur, qui ne se contente plus de "tolérer" des approches traditionnelles, mais exige une adhésion aux standards scientifiquement établis.

La psychanalyse, une passion française

Pour Danièle Langlois, présidente de l’association Autisme France, ce changement est aussi une libération d’une longue pression culturelle : "C'est une culture historique en France, qui est essentiellement due à Lacan plus qu'à Freud, qui avait perdu de sa superbe assez rapidement. Mais en France, il a été relayé par Lacan, et c'est lui qui a fait de gros dégâts dans les formations. Ils sont tout-puissants parce qu'ils ont noyauté les formations de psychologues, les formations de travail social à 90-95% dans le travail social, au moins 80% dans la psychologie. C'est ça qui leur donne ce pouvoir et cette arrogance. C'est vraiment une spécificité française. Il n'y a aucun pays au monde où on se conduit de cette façon-là", a-t-elle déclaré au micro de Sud Radio.

Danièle Langlois rappelle le poids émotionnel de ce débat pour les familles : "Il me fait très mal parce que moi, mon fils a 41 ans. Et j'ai été traitée de cette manière. Moi, on m'a dit que j'avais accouché sous péridurale, donc j'avais raté le premier contact avec mon bébé. Donc, c'était normal qu'il soit autiste. Voilà ce qu'on m'a jeté à la figure. Ça me fait mal de penser que 30 ans plus tard, 35 ans plus tard, 40 ans plus tard, on entend toujours ce genre de discours. C'est le plus dur pour moi, parce que je pensais que c'était le Moyen Âge du temps où mon fils était tout petit. Et je m'aperçois que le Moyen Âge continue, malheureusement".

Dans le champ de la santé, la HAS entend désormais mettre en avant les interventions fondées sur des évidences scientifiques, incluant des approches éducatives, comportementales et développementales, ainsi que le rôle actif des familles et des équipes éducatives. L’objectif est d’améliorer les trajectoires de vie des enfants autistes, tout en évitant des pratiques qui n’apportent pas de bénéfices démontrés.

Ce changement marque sans doute un tournant historique pour la France, qui s’aligne davantage sur les recommandations internationales et oriente ses pratiques vers des méthodes évaluées et efficaces, au service de l’enfant et de sa famille.

Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

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