"En fait, il y a toute une population qui confond le RSA avec le revenu universel." Au micro de Sud Radio, Maël de Calan (DVD), président du département du Finistère, a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
"Il y a effectivement un druide dans le Finistère qui était au RSA. Il y a des exorcistes"
Jean-François Achilli : Vous allez nous dire si votre plan RSA a vocation d’être décliné au plan national, mais faites-vous la chasse aux chômeurs ? Vous êtes visé dans le Finistère, que vous présidez, par une plainte de six allocataires du RSA, ainsi que la CGT, qui dénoncent un harcèlement et des contrôles jugés abusifs. Qu’est-ce que vous leur répondez ce matin ?
Maël de Calan : "Alors déjà, moi j’ai été élu président du département du Finistère en 2021, et il y avait dans ce département, comme dans beaucoup de départements de France, des milliers d’allocataires qui cherchaient à bosser et qui ne trouvaient pas de boulot, et des centaines d’entreprises qui cherchaient à embaucher et qui ne trouvaient pas de salariés. Et au milieu, il y avait le département, le service public de l’insertion et de l’emploi, qui ne faisait pas son travail."
"Et on a décliné un plan RSA qui produit des résultats spectaculaires, et qui a consisté d’abord à se fonder sur la valeur travail, à remettre au boulot des milliers de personnes, avec la valeur travail, et ça fonctionne."
Jean-François Achilli : Donc concrètement, en chiffres, qu’est-ce que ça donne quand vous dites que ça fonctionne ?
Maël de Calan : "Il y avait 18 000 allocataires RSA dans le Finistère, il y en a 13 500 aujourd’hui, c’est 4 500 de moins, 4 500 paires de bras qui sont disponibles pour l’économie finistérienne, et puis aussi, je crois, 4 500 familles qui sont sorties de la pauvreté."
Jean-François Achilli : Et vous dites quoi ? Vous les sortez du système ou vous remettez les personnes au travail ?
Maël de Calan : "Il y a deux piliers. Il y a un premier pilier qui est le retour au travail. On a embauché des dizaines de coachs, on autorise le cumul entre salaire et RSA dans les métiers en tension, on organise des job dating, et donc il y a des milliers de personnes qui retrouvent un travail parce qu’on est simplement plus efficace, ça c’est le premier pilier."
"Mais il y a un deuxième pilier, et on en est fiers, on l’assume complètement, qui est le respect des règles. On a engagé des contrôles, et on dit que la fraude est minoritaire, mais elle existe, elle doit être évaluée, elle doit être sanctionnée."
Jean-François Achilli : Mais qui fraude ? Quels sont les profils des fraudeurs ?
Maël de Calan : "Pour toucher le RSA, il faut habiter dans le Finistère, avoir des conditions de ressources qui justifient qu’on a cette solidarité nationale, et puis il y a des troisièmes conditions qui tiennent à la composition des foyers."
"Et donc qui fraude ? Ce sont des gens qui n’habitent plus le Finistère, parfois depuis des dizaines d’années. Il y a une dame, elle n’a pas été gênée, elle a été condamnée, elle nous a fait un recours, alors qu’elle habitait en Uruguay, en Amérique du Sud, depuis des années. On l’a contrôlée, on s’est rendu compte qu’elle n’habitait plus le Finistère depuis cinq ou six ans. Et puis au-delà de la fraude à proprement parler, il y a aussi des centaines de personnes qui ne mentent pas ni sur leurs conditions de résidence ni sur leurs conditions de ressources, mais qui devraient être au travail, qui pourraient travailler."
Jean-François Achilli : Parce que vous avez décrit des profils assez surprenants, j’ai vu que vous évoquiez, je ne sais pas, des druides…
Maël de Calan : "En fait, il y a toute une population qui confond le RSA avec le revenu universel. Le RSA, c’est tendre la main à des gens qui sont en précarité, et c’est très bien. Moi je considère comme un progrès que le RSA existe. En revanche, il y a des gens qui pourraient travailler, qui devraient travailler, et qui touchent le RSA depuis des années alors qu’ils n’ont aucune difficulté à travailler. Il y a effectivement un druide dans le Finistère qui était au RSA. Il y a des exorcistes. Mais le problème, c’est qu’ils ne vivent pas de leur activité."
"On a aussi des agriculteurs, ou plutôt des faux agriculteurs, qui ont un demi-hectare de poireaux, une poule et deux canards, et le RSA, parce qu’ils ont décidé de s’engager dans une nouvelle forme d’exploitation agricole, mais qui n’est pas viable économiquement. Et ça, ce n’est pas normal."
"La grande majorité des gens ne souhaitent pas vivre au RSA"
Jean-François Achilli : Il y a ces témoignages tout de même, je les cite : cette agricultrice de 44 ans, mère divorcée, qui a dû justifier auprès du département un cadeau de Noël versé à son fils par son grand-père, des allocataires qui doivent retracer le moindre mouvement sur les comptes bancaires. Certains disent, c’est le cas de Mathieu, je cite également ces témoignages, Libération les a publiés, il faut dire les choses, pour chaque virement, trois ans en arrière pour produire des justificatifs. Il y a, on va dire, l’expression d’une forme de souffrance face à un zèle administratif excessif quand même.
Maël de Calan : "Il y a un gigantesque inversement des valeurs. Parce que moi, je fais respecter les règles, je fais respecter la loi, et la loi dit que les ressources doivent être contrôlées, que la condition de résidence doit être contrôlée, et c’est celui qui fait respecter les règles qui est mis en cause. Donc d’abord, il y a une inversion des valeurs. Ensuite, celles et ceux qui mettent en cause le département racontent leur part de vérité. Et nous, puisqu’il y a un procès qui va se tenir, on racontera la vérité."
Jean-François Achilli : Vous ne pensez pas qu’il y a un zèle administratif qui s’applique sur des cas difficiles ? Personne n’a envie de vivre au RSA en réalité ?
Maël de Calan : "Personne. La grande majorité des gens ne souhaitent pas vivre au RSA, mais certaines personnes ont décidé de compléter une activité qui n’est économiquement pas viable par le RSA. Et les cas que vous mentionnez, naturellement, ne correspondent pas à ce que les gens évoquent."
"Si jamais on revient des années en arrière ou si on demande des justificatifs, c’est que des personnes qui ont indiqué qu’elles n’avaient aucune ressource, quand on contrôle leur compte en banque, on se rend compte qu’il y a plusieurs milliers d’euros de ressources non déclarées."
Jean-François Achilli : Parce que vous, vous êtes un élu par exemple. Enfin moi, c’est la même chose. Je ne suis pas élu. Mais est-ce que vous seriez capable, trois ans en arrière, de justifier la moindre dépense ?
Maël de Calan : "Mais on ne demande pas de justifier trois ans en arrière et la moindre dépense. C’est faux. C’est faux et on le prouvera. On demande, quand on contrôle, quatre mois de revenus. La loi prévoit qu’on puisse revenir deux ans en arrière. On demande quatre mois. Et en revanche, quand, en regardant sur quatre mois, on se rend compte qu’il y a des centaines, parfois des milliers, parfois des dizaines de milliers d’euros de ressources non déclarées, là on va creuser."
"Et je le redis, la fraude est minoritaire. La grande majorité des allocataires ne souhaite pas être au RSA. Et nous, on est d’abord là pour les aider à retrouver du travail. En revanche, la fraude, elle existe. Et je pense que les Finistériens, mais les Français au-delà, nous demandent de leur garantir que ceux qui touchent le RSA ou les allocations de solidarité…"
Jean-François Achilli : C’est 646 euros par mois pour les personnes seules, le RSA.
Maël de Calan : "C’est un peu plus de 600, c’est environ 600 euros par personne. Mais c’est en plus d’autres allocations. Encore une fois, moi, je ne dis pas que le RSA est inutile. Je crois dans la nécessité du RSA pour celles et ceux qui en ont besoin, c’est-à-dire les gens précaires et pas ceux qui trichent avec le système."
Jean-François Achilli : C’est une méthode musclée, vous le reconnaissez ?
Maël de Calan : "Non, c’est une méthode qui consiste à faire respecter la loi. Et le cœur du sujet, d’ailleurs, ce ne sont pas les contrôles. Le cœur du sujet, c’est tout ce qu’on fait pour ramener des milliers d’allocataires au travail."
"Je pense que de plus en plus de Français sont de droite"
Jean-François Achilli : Est-ce que vous avez vocation à demander à ce que ce plan soit décliné au niveau national ? Est-ce qu’il peut être porté par le candidat Édouard Philippe que vous soutenez ?
Maël de Calan : "Je pense que c’est ce qu’attendent des millions de Français. Voyez-vous, dans le Finistère, où le vote pour l’extrême droite doublait quasiment à chaque élection, on a réussi récemment aux municipales quasiment à le faire disparaître. Et je pense que si on a réussi à le faire disparaître, c’est qu’on a été au rendez-vous de nos convictions, de nos valeurs sur des sujets comme la sécurité, comme la valeur travail."
"Et oui, ce qu’on fait dans le Finistère peut avoir une portée nationale. Ce qu’on cherche à démontrer, si vous voulez, dans le fond, c’est que la grande difficulté de la réforme au plan national, le fait que depuis 40 ou 50 ans nos électeurs disent : on vote mais rien ne change, on vote et ça ne sert à rien, on crie et personne ne nous écoute. Eh bien moi, dans le Finistère, et j’espère demain au plan national, on a cherché à écouter ce que disaient les électeurs. Et les électeurs, dans le champ de la solidarité, ils ont dit : nous, on est des gens généreux, on est prêts à payer le RSA, on pense qu’il faut tendre la main à ceux qui sont tombés, mais pas à n’importe quelles conditions. Et la valeur travail, le respect des règles, je crois que c’est ce qu’attendent des millions de Français."
Jean-François Achilli : Vous voulez dire quoi ? Ces propositions-là, ce seraient des armes anti-RN, anti-LFI à vos yeux ?
Maël de Calan : "Je pense que ce sont d’abord des armes du bon sens. Et encore une fois, les Français, dans l’immense majorité, ils sont généreux, mais en même temps ils sont exigeants. Et ils ne veulent plus que le RSA bénéficie à des gens qui trichent avec les règles, à des gens qui n’en ont pas besoin, à des gens qui font des choix de vie, y compris au plan d’une activité professionnelle. Il y a des centaines de personnes qui ne devraient pas être au RSA parce qu’elles peuvent travailler dans des métiers en tension, elles peuvent travailler avec des bons salaires, qu’elles décident de faire différemment, et ça, ça n’est pas normal."
Jean-François Achilli : Question au président du conseil départemental du Finistère. La hausse des prix des carburants, Maël de Calan, des mesures pour les grands rouleurs en réflexion, pas de nouveau chèque, a dit Sébastien Lecornu. Que faut-il faire ?
Maël de Calan : "Je crois qu’il faut aider très rapidement un nombre très limité de professions qui consomment beaucoup de gasoil, qui n’ont pas d’alternative et qui ont en commun de bosser et de rendre des services très utiles. Dans le Finistère, je pense aux pêcheurs, les bateaux qui vont chercher le poisson au large de l’Irlande consomment beaucoup de gasoil, il n’y a pas d’alternative de décarbonation de la flotte. Je pense aux pêcheurs, je pense aux infirmières."
"En fait, déployer des mesures générales de soutien au prix du gasoil, ce n’est pas possible. La France n’en a pas les moyens. C’est assez inefficace et ça coûte très cher. En revanche, aider un nombre limité de professions, ça permet d’aider ceux qui en ont vraiment besoin, ceux qui bossent, et en même temps le coût pour les finances publiques serait beaucoup plus modéré."
Jean-François Achilli : Vous ne trouvez pas que ces décisions tardent aujourd’hui ?
Maël de Calan : "Si, je trouve que ces décisions tardent. Ça fait déjà maintenant quelques semaines que les pêcheurs dans le Finistère crient à l’aide. J’ai cherché à relayer leur cri auprès de la ministre des Pêches au plan national. Il faut agir très rapidement. Demain, au Guilvinec, les bateaux peuvent rester à quai. Une activité qui crée des milliers d’emplois dans le Finistère Sud. Les bateaux vont rester à quai s’ils ne sont pas rapidement soutenus."
"S’il y a plus d’un candidat de cette famille qui est celle de l’ancienne UMP et de la droite avec le centre, nous serons éliminés au 1er tour de la Présidentielle"
Jean-François Achilli : Maël de Calan, vous êtes de droite. Vous n’êtes plus LR depuis 2017. Vous étiez candidat à la présidence du parti, candidat battu, malheureux. C’est compliqué d’être de droite en ce moment ?
Maël de Calan : "Non, je pense que de plus en plus de Français sont de droite. Moi, j’ai toujours appartenu à cette droite modérée, à cette droite de gouvernement. Mais je sens beaucoup, beaucoup de Français qui ont pu voter à gauche et qui ont aujourd’hui des exigences de bon sens, des gens qui n’ont pas renoncé à des convictions qu’ils ont eues parfois depuis de nombreuses années, des convictions humanistes, mais qui, sur des sujets comme la valeur travail, la sécurité, comme le soutien à la France qui travaille, attendent des mesures très fortes."
Jean-François Achilli : Donc Édouard Philippe est votre candidat ?
Maël de Calan : "Il le sera, oui."
Jean-François Achilli : Comment est-ce que l’on fait chez LR pour désigner un champion ? Vous avez vu le mode de désignation voulu par Bruno Retailleau. Vous faites table rase de tout ça ?
Maël de Calan : "D’abord, on convient ensemble que s’il y a plus d’un candidat de cette famille, qui est celle de l’ancienne UMP, de la droite avec le centre, eh bien nous serons éliminés au premier tour."
Jean-François Achilli : Qui décide ? C’est le sondage ?
Maël de Calan : "Un seul candidat. La primaire, soit organisée par un parti, soit un peu plus large, n’est plus possible puisque personne ne veut y participer. Donc oui, je crois qu’il faudra qu’à la rentrée 2026, à l’automne 2026, les sondages, en quelque sorte, départagent ces différents candidats, qu’ils fassent preuve de responsabilité et que nous nous alignions tous derrière un seul. Pour ma part, j’espère que ce sera Édouard Philippe, qui a des convictions très fortes et, je crois, l’étoffe d’un homme d’État."
Jean-François Achilli : Donc vous, c’est la notoriété et le sondage à la rentrée ?
Maël de Calan : "Je crois qu’il n’y a plus aujourd’hui de solution alternative pour départager les candidats."
Jean-François Achilli : Vous parlez à Sarah Knafo ? Est-ce que vous parlez à Jordan Bardella, qui, lui, a ses sondages ?
Maël de Calan : "Sarah Knafo et Jordan Bardella appartiennent à une autre famille politique, qui est celle de l’extrême droite. Moi, je parle de la droite alliée avec le centre. Donc non, sans Sarah Knafo et sans Jordan Bardella, qu’il va nous falloir battre dans les urnes, battre au premier et battre au deuxième tour, pour expliquer à des millions d’électeurs qui sont en colère, et qui ont parfois raison d’être en colère, que la droite alliée avec le centre a les solutions pour répondre à leurs problèmes."
Jean-François Achilli : Pour finir, vous êtes comme Mazarine Pingeot, qui annule sa venue à La Flèche au prétexte que la ville est passée au Rassemblement national ? Vous dites non à tout ça ?
Maël de Calan : "Je pense que c’est ridicule."
Jean-François Achilli : Elle a raison ?
Maël de Calan : "Non, je pense qu’elle a tort. Je pense qu’on peut lutter, comme je le fais moi depuis des années, contre le Rassemblement national, contre ses idées, en montrant simplement qu’ils n’ont pas les solutions. Ils se contentent d’hystériser les problèmes, de parler des problèmes. Ils n’ont aucune solution, que ce soit pour répondre à la hausse des prix du gasoil, ou à l’augmentation de l’insécurité, ou à la valeur travail qui est battue en brèche. Donc je crois qu’on bat les extrêmes, le Rassemblement national et la France insoumise, non pas avec des symboles ou en hystérisant le débat, mais en agissant, comme j’essaye de le faire moi depuis cinq ans dans le Finistère."
Jean-François Achilli : Et j’imagine, pour conclure, que vous avez appelé Édouard Philippe pour lui dire : “j’ai un truc pour toi, le RSA, c’est formidable”, et il est d’accord ?
Maël de Calan : "Je lui en parlerai et il vous répondra, mais oui, je crois que dans l’équipe qui va l’entourer, il aura besoin d’élus locaux qui ont des résultats et qui, sur des sujets qui sont très attendus ont des choses à dire, ont fait des choses sur le terrain, ont fait la démonstration que ça pouvait fonctionner."
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