Avec le gazole et l’essence propulsés au delà des 2 euros le litre depuis le blocage du détroit d’Ormuz, les Français changent de stratégie. En moins de 70 jours, les ventes et intentions d’achat de véhicules électriques d’occasion ont littéralement explosé selon CapCar. Avec +89 % de ventes, ce bond inédit révèle un basculement massif et pragmatique vers les motorisations électrifiées.
Le choc pétrolier déclenché par le blocage du détroit d’Ormuz, le 28 février 2026, a provoqué un basculement brutal du marché automobile français. En quelques semaines, la flambée des prix du carburant — le gazole dépassant les 2 euros le litre — a accéléré une transition déjà amorcée : les Français se tournent massivement vers les véhicules électriques et hybrides rechargeables d’occasion. Selon les données exclusives de CapCar, premier réseau d’agents mandataires automobiles en France, les ventes et intentions d’achat de modèles électrifiés ont doublé en moins de 70 jours.
Un choc géopolitique aux effets immédiats
Le déclenchement du conflit en Iran a entraîné la fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % de la production mondiale de pétrole. En deux mois, le baril de Brent est passé de 70 à plus de 126 dollars, entraînant une flambée instantanée des prix à la pompe. Ce renchérissement soudain a modifié les comportements d’achat plus vite que n’importe quelle mesure réglementaire.
Bien plus qu'une simple accélération
CapCar a analysé l’ensemble de ses ventes et réservations entre le 1er décembre 2025 et le 5 mai 2026, comparant les 89 jours précédant le conflit aux 67 jours suivants. Les résultats montrent une inflexion franche, datée, et non une simple accélération d’une tendance existante.
Les chiffres clés
- +89 % : hausse du rythme de ventes de véhicules électriques d’occasion
- +111 % : progression des leads acheteurs sur l’électrique
- +220 % : envolée des leads sur les hybrides rechargeables (PHEV)
- 6,8 % : part de marché de l’électrique après le 28 février (contre 4,4 % avant)
- 9,1 % : part des véhicules rechargeables dans les intentions d’achat (contre 5 % avant)
Si les motorisations thermiques progressent en volume — effet saisonnier du printemps — leur part de marché recule. Seuls l’électrique et le PHEV gagnent structurellement du terrain.
Un marché qui bascule vers le pragmatisme
La part des véhicules électrifiés dans les intentions d’achat est passée de 5 % à plus de 9 % en moins de trois mois. Un doublement qui ne s’explique ni par la météo, ni par les cycles habituels du marché. Cette dynamique s’inscrit dans une tendance nationale : selon l’Avere-France et Mobilians, le marché de l’électrique d’occasion a atteint un record en mars 2026 avec 20 140 immatriculations, soit +43,2 % sur un an. Renault a, de son côté, confirmé un doublement de ses commandes d’électriques d’occasion sur le seul mois de mars.
Fait notable : cette accélération intervient alors même que l’Assemblée nationale a voté, le 14 avril, la suppression des Zones à Faibles Émissions (ZFE). La contrainte réglementaire n’est donc plus le moteur principal de la transition.
Le coût du plein, premier déclencheur de la bascule
Pour Louis-Gabriel de Causans, fondateur de CapCar, le message est clair : « Le coût du plein est désormais le premier argument de bascule vers l’électrique, devant la réglementation, devant l’image, devant les aides. Des projets d’achat qui mûrissaient lentement s’accélèrent. Ce n’est plus un marché de convaincus, c’est un marché de pragmatiques. Reste une limite majeure : le réseau de recharge n’est pas encore dimensionné pour absorber une adoption de masse. »
L’électrique d’occasion devient ainsi une réponse immédiate à la volatilité du pétrole, plus qu’un choix idéologique ou écologique.
Un marché en transition accélérée
Le choc Ormuz agit comme un révélateur : face à la hausse durable du coût des carburants, les automobilistes arbitrent désormais en fonction du budget, et non des injonctions publiques. L’électrique d’occasion, plus accessible que le neuf, s’impose comme une solution de court terme pour contenir les dépenses liées à la mobilité.
Reste à savoir si cette dynamique se maintiendra lorsque les prix du pétrole se stabiliseront — ou si elle marque le début d’un basculement durable du marché automobile français.