Groenland, crise agricole et loi d’urgence annoncée par Sébastien Lecornu, débat sur le Mercosur et inquiétudes sur les droits de douane américains visant notamment le rosé, tensions internationales autour de l’Iran. Au micro de Sud Radio, Renaud Muselier a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
“Trump est un partenaire vorace”
Jean-François Achilli pour Sud Radio : Vous dites que la priorité absolue, c’est de garder le Groenland dans le giron européen : concrètement, que proposez-vous ?
Renaud Muselier : “Il faut faire attention à cet équilibre, ou ce déséquilibre majeur. Quand on voit les Américains qui disent qu’ils veulent prendre le Groenland, qu’ils sont allés 'taper' le président au Venezuela, c’est la porte ouverte à beaucoup de choses. Alors les Russes vont taper les Ukrainiens, pourquoi nous on n’irait pas prendre Andorre ou la principauté de Monaco ? Ou alors on part en guerre, ça c’est encore autre chose.”
Vous avez publié un message en rappelant Saint-Pierre-et-Miquelon et votre grand-père, l’amiral Muselier : quel parallèle faites-vous ?
“Noël 1941, deuxième guerre mondiale, les forces de l’Axe, les Allemands, avec la France occupée, tenaient Saint-Pierre et Miquelon. Et mon grand-père, l’amiral Muselier, celui qui a donné la croix de Lorraine à la France libre, est allé libérer Saint-Pierre et Miquelon pour empêcher les Américains et les Canadiens de prendre ce territoire.”
Et aujourd’hui, votre “doctrine Muselier” sur le Groenland, c’est quoi exactement ?
“Je ne suis pas prudent, je suis très déterminé. Je pense qu’on pourrait faire exactement la même chose là-bas. À la demande des Danois, nous pourrions envoyer une coalition européenne au Groenland, se poser au Groenland, et faire voter le Groenland et les habitants du Groenland pour savoir ce qu’ils veulent sur leur détermination, s’ils veulent être américains, européens ou danois. Ça, c’est la doctrine Muselier.”
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Vous décrivez Donald Trump comme “vorace” et “prédateur” sur l’antenne de Sud Radio : pourquoi ces mots ?
“Trump est vorace. Les Américains c’était des alliés, c’est aujourd’hui un partenaire vorace. Trump est un prédateur qui a besoin de développer son pays pour gagner les élections de mi-mandat et montrer qu’il est capable d’évoluer. La seule chose qui compte, regardez ce qu’il fait au Venezuela, ce n’est pas pour rétablir la démocratie, c’est pour prendre le pétrole. Le Groenland, ça l’intéresse parce qu’il y a des matières rares qu’il ne peut pas avoir dans son propre pays.”
“Les Iraniens au pouvoir sont des assassins. On ne peut pas rester inactifs. Il faut saisir le Conseil de sécurité de l’ONU”
Vous jugez la réaction française “dans le dialogue” face à ce qui se passe en Iran : est-ce suffisant, selon vous ?
“Nous on est dans le dialogue, c’est-à-dire dans le débat, la discussion avec les ambassadeurs pour faire pression diplomatique, pendant que vous avez les Américains qui disent on va intervenir. Ce n’est pas le même niveau d’intervention. Mais ce sont des assassins, les Iraniens au pouvoir, c’est des assassins. On est dans une confrontation mondiale où la loi du plus fort apparaît de façon incroyable, notamment chez les dictatures ou dans certains empires.”
Vous décrivez un régime qui “écrase son peuple” et vous liez l’Iran à des organisations armées : que voulez-vous dire précisément ?
“Les Iraniens ont fait progresser le terrorisme international par l’intermédiaire d’un certain nombre de mouvements, comme le Hezbollah au Liban. On se retrouve aujourd’hui dans une situation où ils écrasent leur peuple. Ce peuple ne peut plus manger, les femmes ne peuvent plus exister, ne peuvent plus vivre. Et en l’occurrence ils l’écrasent et c’est des milliers de morts. On ne peut pas rester les bras croisés.”
Que faut-il faire, concrètement : sanctions, frappes, initiative diplomatique ?
“Il faut à mon avis saisir tout de suite le Conseil de sécurité de l’ONU pour voir ce que peut faire le multilatéralisme. Le multilatéral prend un peu plus de temps, mais il faut le faire. On a vu ce que ça a donné quand les Américains sont allés intervenir de façon unilatérale, ça a bouleversé la totalité du monde.”
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Sébastien Lecornu explique la prudence par la protection d’ex-otages : vous contestez cet argument ?
“On pourrait trouver des arguments un peu plus forts, parce que, de toute façon, les ex-otages sont dans l’ambassade de France. Dans l’ambassade de France, les Iraniens ne peuvent pas l’envahir, donc ils sont quand même protégés. Ils ne peuvent pas sortir du pays, mais ils sont protégés.”
“Le Mercosur n’est ni une catastrophe ni une chance. C’est plutôt Trump le problème pour le rosé du Sud”
Sébastien Lecornu annonce une loi d’urgence agricole. Vous dites que la fin de crise dépendra des agriculteurs : pourquoi ?
“Ça, c’est les agriculteurs qui décideront. En tout cas il y a deux volets dans la crise agricole aujourd’hui. Il y a la discussion sur le Mercosur, est-ce que c’est bien, est-ce que c’est mal, on voit bien la difficulté. Et parallèlement à ça, il y a des dysfonctionnements franco-français. Là, on parle de dysfonctionnements franco-français et pas internationaux.”
Sur le Mercosur, vous rappelez une opposition dès 2017 : quel était votre raisonnement à l’époque ?
“On s’était opposé en 2017, donc on est plutôt contre. Et en même temps, il faut dire les choses : les agriculteurs sont beaucoup aidés par l’Europe, puisque la PAC, la Politique agricole commune, représente une part majeure des moyens financiers. La France capte à peu près la moitié de la PAC. Donc il faut aussi regarder ce qui ne marche pas chez nous, dans les procédures, dans l’organisation.”
Sur la réponse gouvernementale, vous estimez que les ministres ont “trouvé des solutions”. Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?
“Je pense qu’ils sont à l’écoute et qu’ils trouvent des solutions. Si les agriculteurs lèvent le camp qu’ils ont posé devant l’Assemblée nationale, c’est qu’ils ont trouvé une écoute et des solutions dans ce texte de loi. Après, sur les blocages, moi je le dis clairement : oui aux grèves, non au blocage. Il faut laisser la circulation, quand on bloque les autoroutes partout, on met le pays à l’arrêt.”
Dans la Région Sud, vous parlez beaucoup de viticulture et de rosé : votre inquiétude principale, ce n’est pas le Mercosur ?
“Dans la région, il y a le rosé, mais aussi les melons, les fraises, l’arboriculture, les poires, les pommes, les pêches. On a les premiers rosés au monde. Et nous, on travaille beaucoup avec la FNSEA, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, et les Jeunes Agriculteurs. Le Mercosur, ce n’est ni une catastrophe ni une chance. Ce n’est pas une très bonne nouvelle, mais pour autant, c’est plus la crise avec les Américains pour le rosé que le Mercosur le problème. Donc nous, c’est plutôt Trump notre problème avec le rosé que le Mercosur.”
Vous évoquez les droits de douane américains : pour vous, c’est le point le plus sensible ?
“Oui, parce qu’on vend beaucoup de rosé aux États-Unis. Et là, c’est une mauvaise nouvelle avec les droits de douane. Ça nous a déjà considérablement impactés. Là-dessus, oui, c’est une très mauvaise nouvelle.”
Vous confirmez votre présence au Salon de l’agriculture : quel message voulez-vous envoyer sur Sud Radio ?
“Bien sûr j’irai. Il faut y aller. On y va tous les ans, on a un très gros stand, on a fédéré tous les départements et toutes les filières, avec une position sur les produits 100% Sud. On fait une démarche sur les proximités, on a maintenu les moyens financiers et on travaille beaucoup avec eux.”
“Je ne crois pas une seconde que Marseille passe à l’extrême droite. Le RN a toujours été battu”
Sur les municipales à Marseille, vous dites que la ville ne basculera pas au RN. Malgré les sondages, vous maintenez ?
“Je n’y crois pas une seconde. On a eu trois sondages, et on voit qu’il y a trois forces politiques. Moi je soutiens Martine Vassal, je soutiens ce que j’ai fait à la région, c’est-à-dire l’alliance des verts raisonnables avec la gauche, avec la droite. Muselier a sauvé la région Provence-Alpes-Côte d’Azur en faisant une majorité de gens, et la région fonctionne plutôt bien. Il n’y a pas de honte à avoir une stratégie d’addition de gens qui ont une vision de développement de leur territoire en respectant les différences.”
Vous revenez aussi sur la polémique d’un “accord RN” évoqué par Martine Vassal : vous la dédouanez ?
“Vous avez été très habile, vous l’avez poussée dans les cordes. La façon dont c’est dit, la phrase qui a été reprise, c’est juste ça dans la conclusion. Elle a sous la pression des journalistes dit quelque chose qu’elle ne pense pas. Mais moi, ça a toujours été mon combat le RN.”
Marine Le Pen vient en meeting à Marseille : vous y voyez la preuve que la ville est un objectif majeur du RN ?
“Ça a toujours été un objectif pour le RN de Marseille et la région, et ils ont toujours perdu. Jean-Marie Le Pen s’était présenté à Marseille, il a été battu. Ils ont toujours été battus chez nous. Et aujourd’hui, monsieur Alizio, le patron non élu de Marseille, il a quitté Marseille, quitté le conseil municipal, quitté la circonscription. Et maintenant il dit il faut qu’on se retire. Je ne sais pas où est le débat démocratique quand on dit venez on débat dans une campagne électorale et qu’on répond non.”
Procès Marine Le Pen : “ils ont triché, ils le savent très bien, ils le font systématiquement ! Mais il ne faut pas priver “
Dans l’affaire des assistants parlementaires européens, vous commencez par une accusation très frontale : pourquoi ?
“Ils ont triché, ils le savaient très bien, ils le font systématiquement. C’est caractérisé. Ils ont fait une faute, ils doivent payer.”
Mais vous refusez l’idée d’une inéligibilité : où placez-vous la limite ?
“L’inéligibilité, ce n’est pas normal. Ça permet aussi de faire un débat politique en disant, vous qui disiez toute la journée vous avez la tête haute et les mains propres, ben non. Vous pouvez avoir la tête haute, mais vous n’avez pas les mains propres. Mais ce n’est pas un débat dans lequel la justice vient s’immiscer dans le débat politique face à une démocratie que je veux laisser vivre.”
Vous citez le cas d’Hubert Falco : qu’est-ce que cet exemple démontre selon vous ?
“Regardez mon ami Hubert Falco dans le Sud, à Toulon. Il a été condamné, il a eu une inéligibilité immédiate, ils l’ont sorti tout de suite de son mandat. Et qu’est-ce qui s’est passé en appel. En appel, il a été condamné, mais ils ont dit que l’exécution provisoire, l’inéligibilité immédiate, était excessive et n’aurait pas dû avoir lieu. Donc du coup, vous l’avez fait perdre tous ses mandats.”
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