"La seule doctrine de Donald Trump c'est l'imprévisibilité" : au micro de Sud Radio, Christopher Weissberg a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
"Personne ne peut savoir combien de temps durera cette guerre ni combien de temps l’Amérique la soutiendra"
Jean-François Achilli : « Le gros de l’offensive est à venir. Nous leur mettons une raclée. Ça va durer quatre semaines. » C’est ce que dit Donald Trump. Jusqu’où ira-t-il selon vous ? Doit-il poursuivre ces opérations ?
Christopher Weissberg : "La seule doctrine de ce président, c’est l’imprévisibilité, qui est devenue une doctrine en soi. Il cherche à brouiller les pistes. Il dit qu’il négocie à Genève et, le jour même, il envahit un pays. Est-ce qu’il a vraiment un cap ? Je ne sais pas. C’est peut-être la première fois qu’il mène une action politique totalement impopulaire auprès de son camp. Ira-t-il jusqu’au bout ? Cela dépendra des résultats et de la mobilisation internationale. Aujourd’hui, personne ne peut savoir combien de temps durera cette guerre ni combien de temps l’Amérique la soutiendra."
Vous vous partagez entre les États-Unis et la France. Vous dites que c’est une guerre impopulaire. Du fait du tandem Trump-Netanyahou ?
"Je vous parle de guerre impopulaire aux États-Unis. À l’étranger, est-ce qu’elle est impopulaire ? Vous savez, la détestation de ce régime est telle que c’est peut-être la première fois qu’une action extérieure des Américains va être plus appréciée à l’extérieur qu’à l’intérieur. Aux États-Unis, ce n’est pas Netanyahou, parce qu’au contraire, les Américains sont plutôt très proches d’Israël. Je parle de l’électorat MAGA, de la base électorale de Donald Trump, qui est totalement anti-interventionniste. Déjà, on voit ses premiers soutiens remettre en cause cette intervention militaire."
🗣️Christopher Weissberg : "La seule doctrine de #Trump, c'est l'imprévisibilité. C'est la première fois qu'il mène une action très impopulaire auprès de son camp. Sa base MAGA est totalement anti-interventionniste" #Iran #GrandMatin
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Vous ne dites donc pas merci à Donald Trump de nous avoir débarrassés de l’ayatollah ?
"Je ne peux pas vous dire ça parce que, personnellement, j’ai beaucoup d’amis iraniens. En France, on a une immigration iranienne depuis très longtemps, depuis la disparition du Shah. On peut se réjouir pour eux de la fin de ce monstre. Mais ce que j’interroge, encore une fois, c’est la popularité de sa décision aux États-Unis. Et je pense qu’il aura du mal à garder son électorat et sa base sur ce choix-là."
Certains ironisent sur sa décision d’intervenir en Iran quelques heures après la déposition de Bill Clinton. Vous y voyez un lien ?
"Je ne sais pas. Beaucoup disent que c’est un moyen de détourner l’attention de ses difficultés internes. Mais quand il a attaqué le Venezuela, les Américains MAGA, les Républicains, étaient très favorables. Ils ont une détestation de Cuba, du régime communiste. Là, en l’occurrence, cela leur rappelle trop les interventions en Irak, qui sont très impopulaires. Détourner quelque chose de négatif aux États-Unis vers l’international, sur quelque chose qui ne plaît pas à son électorat, je ne suis pas sûr que ce soit très efficace."
"Trump a changé sa doctrine vis-à-vis de l’interventionnisme"
Emmanuel Macron a convoqué un nouveau Conseil de défense. La France est prête à participer à la défense des pays du Golfe et de la Jordanie. Entrons-nous en guerre par la petite porte ?
"Ce qui est certain, c’est qu’une intervention en Iran est beaucoup plus impactante qu’une intervention en Amérique du Sud. Cette intervention aura un impact majeur pour le monde entier. Notre doctrine, on la connaît : elle essaie d’être la plus raisonnable possible dans un monde profondément déraisonnable. Nous soutiendrons de façon défensive nos partenaires dans la région. Mais, d’une certaine manière, nous serons amenés à participer à ce conflit, pour des raisons géopolitiques. Nous sommes tous acteurs de ce qui va se dérouler dans la région."
Il y a des accords avec les Émirats arabes unis. S’il y a des missiles iraniens sur Abu Dhabi, cela veut-il dire que la France devra frapper l’Iran ?
"Je n’ai pas l’impression que la stratégie soit de frapper l’Iran tout de suite. Il s’agit surtout de défendre les pays où nous avons des intérêts économiques et des ressortissants. Ils sont environ 400 000 concernés. C’est une population importante, très active dans l’économie mondiale. On ne peut pas ne pas participer d’une manière ou d’une autre, mais ce sera toujours de façon défensive."
🗣️Christopher Weissberg (député EPR) : "Cette intervention en #Iran va avoir un impact majeur pour le monde entier. La France sera amenée à participer à ce conflit, de manière défensive" #GrandMatin
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La France ni prévenue ni impliquée, les mots du président. C’est un aveu de faiblesse ? Nous sommes désormais hors jeu ?
"Non. Je vous ai déjà dit, le président Trump a une doctrine : l’imprévisibilité. Les membres du Congrès américain ne sont pas prévenus. Il ne va pas prévenir les pays partenaires, c’est tout le problème. C’est tout ce qu’on lui reproche. C’est tout ce que je lui reproche. À part Benjamin Netanyahou, qui a été prévenu de cette attaque ? Je pense absolument personne. Vous savez que les pays du Golfe étaient contre cette intervention. Est-ce qu’il les a prévenus ? J’en doute."
Est-ce qu’il n’y a pas un changement d’attitude d’Emmanuel Macron après la frilosité de départ ? Il était question au départ de graves conséquences pour la paix et la sécurité internationale, une position très prudente, très en retrait de la France. Et aujourd’hui, la question de projeter notamment le Charles-de-Gaulle, eu égard à ce que nous avons évoqué à l’instant. Est-ce un changement d’attitude, un revirement ?
"Je ne sais pas si vous vous rendez compte du changement de doctrine du leader, du « shérif » du monde entier depuis les 80 dernières années. Trump a tellement changé sa doctrine vis-à-vis de l’interventionnisme, là encore de façon totalement imprévisible. Est-ce qu’on pouvait imaginer que cette administration allait rentrer dans un conflit majeur au Moyen-Orient alors que son discours était qu’elle éviterait à tout prix ce type d’engagement ? Vous me parlez d’Emmanuel Macron. Mais vous pensez bien que le leader de la cinquième puissance du monde ne va pas ne pas évoluer sur sa doctrine alors que notre principal allié a totalement reviré sur la sienne. Donc oui, Dieu merci, la France compte dans le jeu international. Je ne suis pas du tout d’accord avec cette vision selon laquelle on aurait été complètement effacés. Il faut au contraire qu’on se renforce. Mais il n’y a pas de déclin de la France. La France, c’est un pays majeur en Europe. Et s’il y a quelque chose à reprocher, c’est que l’Europe ne prend pas assez son destin en main. Mais la France fait partie des leaders de l’Europe qui font tout pour que l’Europe soit à la hauteur du moment."
"Ca devient indispensable qu’on réactualise notre doctrine nucléaire"
Trump n’est pas notre ami, à vos yeux ?
"Non. Je pense qu’on peut, de façon très réaliste — je ne suis pas membre du gouvernement, donc je ne vais pas essayer d’avoir une parole diplomatique fade — je vois la réalité. La réalité, c’est que Donald Trump n’est concrètement plus notre allié. Est-ce que derrière ça, il y a les États-Unis ? Il y a beaucoup de gens, même dans le Parti républicain, qui considèrent que l’Europe est toujours l’allié historique. Et on fera tout ce qu’il faut pour rétablir et garder des relations saines avec ce pays qui est notre allié historique. Mais est-ce qu’aujourd’hui Donald Trump est notre allié ? Quand on voit la manière dont il agit sur l’Ukraine, qui est aux confins de l’Europe, on ne peut plus parler d’allié."
Est-ce que vous validez ce qu’a dit Jean-Luc Mélenchon ? Je parle des réactions en France. « La mort d’Ali Khamenei, bourreau du peuple iranien, ne justifie pas les moyens qui l’ont provoquée. » Jean-Luc Mélenchon parle du respect du droit international.
"De toute façon, tout ce qui vient de Jean-Luc Mélenchon, généralement je n’y souscris pas, parce qu’il a une vision du monde biaisée, d’un autre temps. Je crois que ce qui est quand même assez dangereux dans l’attitude des États-Unis, c’est cette imprévisibilité qui consiste à assassiner des leaders sans aucun mandat, ce qui crée une instabilité permanente. Repensons à ce qui s’est passé en Irak. On a pu beaucoup critiquer George Bush au moment de l’invasion de l’Irak. Mais il avait au moins essayé d’avoir un mandat onusien. Il avait au moins essayé de convaincre la communauté internationale de s’engager dans un conflit. Là, ça n’est plus le cas."
En même temps, l’ONU n’a pas réagi d’une façon ou d’une autre au massacre des Iraniens du mois de janvier.
"L’ONU, vous savez, c’est quoi l’ONU ? L’ONU, c’est un forum où se parlent l’ensemble des pays. Est-ce que c’est un acteur important des conflits internationaux ? Ça ne l’est pas."
🗣️Christopher Weissberg (député EPR) : "Bush avait au moins essayé de convaincre la communauté internationale avant d'intervenir en Irak !" #Trump #Iran #GrandMatin
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Je reviens à ce que disait La France insoumise. Mathilde Panot réclame un débat à l’Assemblée nationale. Vous y êtes favorable ?
"J’y serais très favorable. Mais vous savez qu’on est en pleine trêve parce qu’il y a des élections municipales dans deux semaines. Donc Mathilde Panot, comme souvent, elle parle de choses sans mesurer les conséquences de ce qu’elle dit. On est en campagne électorale et je pense que les gens, même dans son parti, n’ont pas envie qu’on revienne à l’Assemblée nationale mais ont envie de faire campagne dans leur commune."
Rima Hassan qui change sa photo de profil et expose un drapeau américain en flammes, députée européenne de La France insoumise. Une réaction ce matin ?
"C’est un scandale. Cette personne n’a rien à faire au Parlement européen. Je ne veux même pas commenter. Ça fait trois ans que j’entends cette personne vociférer et dire des horreurs. Je ne comprends toujours pas pourquoi La France insoumise a choisi d’investir cette personne."
Que dites-vous, Christopher Weissberg, ce matin, de l’évolution de la dissuasion nucléaire, de la vision qu’en a Emmanuel Macron, de ce qu’il a dit hier en rade de Brest ? Qu’est-ce qui change ? Évolution de la doctrine française. Nous gardons quand même la main, le doigt sur le bouton, si je puis dire, à la fin. Vous êtes, j’imagine, favorable à cette pseudo-extension du parapluie nucléaire sur le reste de l’Europe ?
"C’est totalement dans l’air du temps. Déjà, premièrement, pendant la guerre froide, la dissuasion nucléaire, grâce au général de Gaulle — qu’on peut remercier, visionnaire — nous a permis d’avoir une indépendance stratégique par rapport à tous les autres pays, notamment par rapport aux États-Unis. Pendant la guerre froide, notre défense fonctionnait sur la dissuasion nucléaire. Depuis la fin de la guerre froide, il est vrai qu’on était plutôt dans une période où on signait des traités pour se désarmer nucléairement. Et là, ce qu’on voit depuis quelques années, c’est un retour de l’Histoire, un retour des conflits. Et on peut malheureusement le craindre : dans les 50 prochaines années, beaucoup de pays vont essayer de s’armer de l’arme nucléaire. Donc ça devient indispensable qu’on réactualise notre doctrine nucléaire. C’est ce qu’a fait le président de la République. Et pas de polémique : c’est évident qu’aujourd’hui, si quelqu’un attaque la Pologne ou l’Allemagne, la France ne va pas rester béante. Il est donc logique qu’elle utilise sa dissuasion nucléaire au profit de la sécurité européenne."
Vous avez apprécié l’image très Top Gun du Falcon avec les quatre Rafale au-dessus du Mont-Saint-Michel. Est-ce qu’il fallait vraiment cette image-là, vu le contexte du Moyen-Orient ?
"Vous m’auriez dit ça il y a deux ans, je vous aurais dit que c’était peut-être un peu excessif. Mais aujourd’hui, dans un monde où il faut être craint, je trouve que finalement c’est à l’image de ce que représente ce moment. C’est-à-dire un moment où la France se réarme, se redonne les moyens d’être crainte. Vous savez, c’est la phrase qu’on utilise : pour être respecté, il faut être craint. Je pense que c’était l’objectif de cette démonstration."
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