Marche blanche à Fleurance après le meurtre de Lyhanna, responsabilité de la justice, violences sexuelles sur enfants, moyens accordés aux tribunaux, démission du garde des Sceaux, présidentielle 2027, stratégie des écologistes et relations avec La France insoumise. Au micro de Sud Radio, Sandrine Rousseau a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
Violences sexuelles sur enfants : "Il faut une révolution de la justice, c’est un scandale national"
Jean-François Achilli pour Sud Radio : Après la marche blanche à Fleurance, comment un suspect déjà identifié a-t-il pu passer entre les mailles de la justice ? Qui est responsable selon vous ?
Sandrine Rousseau : “J’ai envie de répondre : toute une société. Dans l’affaire de Lyhanna, il n’y a pas eu de signalement à la hauteur de la dangerosité de cet homme, ni d’instruction des plaintes à la hauteur de cette dangerosité. Il y a probablement aussi des faits qui n’ont pas fait l’objet de plaintes parce qu’on a estimé que ce n’était pas nécessaire. La justice n’a pas compris la dangerosité de cet agresseur supposé, mais c’est toute la société qui minimise la gravité des violences sexuelles, particulièrement lorsqu’elles concernent des enfants.”
🙏Affaire #Lyhanna
🗣️ Sandrine Rousseau : " La justice va être débordée de plaintes. Il faut une révolution de la justice ! La parole des enfants n'est pas entendue ! C'est un scandale national"
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Vous parlez donc d’une responsabilité collective face aux violences sexuelles sur enfants ?
“Absolument, parce qu’à chaque fois, nous sommes dans la même situation. Pour des faits de viol ou de violences sexuelles sur enfant, il n’y a qu’un cas sur dix dans lequel une plainte est déposée. Quand une plainte est déposée, près de sept plaintes sur dix sont classées sans suite, parfois sans même qu’il y ait instruction. Quand on arrive à une condamnation, c’est presque miraculeux, et c’est cela qui dysfonctionne profondément dans notre société.”
Que faudrait-il ouvrir comme débat après ce drame ?
“Il faut ouvrir véritablement ce débat pour voir comment on rend justice aux enfants qui ont été violés ou agressés. Il faut aussi regarder comment on protège la société des personnes dangereuses. Aujourd’hui, les violences sexuelles sur enfants ne sont pas traitées avec la gravité nécessaire. C’est un problème de justice, mais aussi un problème de société.”
"Il faut regarder dans chaque foyer, village, collectivité"
Gérald Darmanin a présenté ses excuses et réunit les procureurs généraux pour accélérer le traitement des plaintes concernant les enfants. Est-ce la bonne réaction ?
“C’est une réaction classique de Gérald Darmanin, qui fait des annonces. Derrière, il n’y a pas d’augmentation du budget de la justice, alors que la France dispose de moyens très inférieurs à ceux d’autres pays européens. On ne peut pas faire mieux avec des moyens aussi faibles. Il y a eu des évolutions, notamment après l’affaire Le Scouarnec, mais elles ne sont pas du tout à la mesure de l’ampleur du problème.”
Qu’est-ce qui dysfonctionne le plus dans ces affaires de violences sexuelles sur enfants ?
“Ce qui dysfonctionne, c’est que ces violences n’étaient pas considérées comme graves, prioritaires ou comme des troubles à l’ordre public. Elles n’étaient pas vues comme des atteintes à la stabilité même de la société. Si on ouvre ce sujet, la justice sera débordée de plaintes, et elle l’est déjà en partie. Nous sommes à l’aboutissement du mouvement MeToo, et il faut en tirer toutes les conséquences.”
Emmanuel Macron estime que ce n’est pas un problème de moyens. A-t-il tort selon vous ?
“Oui, il a absolument tort : c’est un problème de moyens. On ne peut pas dire à tous les enfants victimes, à tous les adultes victimes et particulièrement aux femmes d’aller déposer plainte sans organiser une révolution dans la justice. Il faut une révolution des moyens, des instructions et de la prise en compte de la parole des enfants. Aujourd’hui, la plupart des enfants ne sont pas crus, leur parole n’est pas suffisamment entendue et cela explique beaucoup de classements sans suite.”
Vous réclamez la démission du garde des Sceaux ?
“Oui, je réclame la démission du garde des Sceaux, qui n’a pas été à la hauteur sur cet enjeu comme sur bien d’autres. Mais ce serait trop facile de se contenter de cela, comme si une tête suffisait à régler le problème. Le vrai sujet est de savoir si la société française est capable de regarder avec sérénité et objectivité la récurrence des violences sexuelles. Il faut regarder dans chaque foyer, chaque rue, chaque village, chaque collectif de travail, et cela ira chercher les fondements mêmes de notre société.”
🗣️ Sandrine Rousseau : "Je réclame la démission de @GDarmanin. Mais ce serait trop facile qu'on se contente de ça. Il faut regarder dans chaque foyer, village, collectivités et c'est extrêmement difficile"
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"Je voudrais qu’il y ait des condamnations beaucoup plus systématiques et fortes"
Faut-il sanctionner des juges lorsqu’il y a eu des dysfonctionnements dans ce type d’affaires ?
“Il faut des sanctions lorsqu’il y a manifestement des dysfonctionnements particuliers. Mais ce serait trop facile de se voiler la face en disant simplement que l’on va sanctionner des juges. Ce qui m’effare dans l’affaire Le Scouarnec, c’est qu’après 300 victimes, il n’y ait pas de remise en cause en profondeur. Il n’y a même pas de procédures établies pour éviter que cela puisse se reproduire.”
Vous contestez aussi l’usage du mot “prédateur”. Pourquoi ?
“Quand on parle de prédateurs, cela renvoie à des lions dans la savane qui mangent des gazelles. Le lion a besoin de manger la gazelle pour vivre, alors qu’un agresseur sexuel n’a pas besoin de cela. Employer ce terme minimise encore la violence de l’acte. Il faut nommer les choses avec précision pour ne pas atténuer la gravité des violences sexuelles sur enfants.”
Quelle serait la première décision à prendre si vous étiez aux responsabilités ?
“La première décision serait de doubler le budget de la justice. On ne peut pas demander à l’institution judiciaire de mieux protéger les enfants, de mieux entendre les victimes et de mieux instruire les plaintes sans moyens supplémentaires. La justice doit être capable de répondre à l’ampleur du problème. Sans cela, les rappels à l’ordre ne suffiront pas et nous irons dans le mur.”
Au-delà des moyens, quelle autre disposition faudrait-il prendre ?
“Je voudrais qu’il y ait des condamnations beaucoup plus systématiques et fortes de personnes qui ont su et qui n’ont pas dénoncé. La société doit sortir de la minimisation des violences sexuelles. Il faut que la parole des enfants soit davantage entendue et prise au sérieux. C’est indispensable pour rendre justice aux victimes et protéger la société.”
"Le meeting de Jean-Luc Mélenchon révèle qu’il y a un besoin d’une rupture avec le modèle économique et social actuel"
Sur la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a rempli son meeting à Saint-Denis. A-t-il plié le match à gauche ?
“Ce n’est pas en ces termes qu’il faut poser la question. Ce que révèle l’incroyable succès du meeting de Jean-Luc Mélenchon, c’est qu’il y a un besoin d’une rupture avec le modèle économique et social actuel. Il y a besoin de quelque chose de radicalement différent, d’un arrêt du libéralisme qui fait du mal à tout le monde. Cela concerne la ruralité, les villes, les services publics, les liens sociaux et le tissu associatif.”
Vous sentez-vous proche du programme de La France insoumise ?
“Je suis sur une gauche radicale et sur une écologie qui prend vraiment la mesure de l’impact d’une croissance libérale sur notre planète et sur notre capacité à y vivre. Philosophiquement, je me trouve plus proche des idées de La France insoumise que de celles de Raphaël Glucksmann. Cela étant dit, je voudrais que ce soit une discussion que nous ayons à l’intérieur du parti Les Écologistes. Nous devons enfin débattre de notre stratégie pour 2027.”
Pourquoi demandez-vous un débat interne chez Les Écologistes sur la présidentielle de 2027 ?
“L’extrême droite est aux portes du pouvoir et nous ne pouvons pas traverser toute cette séquence sans nous questionner. Nous n’avons jamais vraiment débattu de nos échecs électoraux successifs, ni de la stratégie à adopter pour 2027. Je pense que la direction actuelle nous enferme dans une impasse totale dont il n’y a pas de sortie véritable pour le mouvement écologiste. Je suis extrêmement inquiète pour notre avenir.”
"Les tensions qui se sont révélées ce week-end sont de nature à pouvoir même faire exploser le parti"
Au Conseil fédéral des écologistes, une motion demandait un débat sur la candidature de Marine Tondelier. Pourquoi l’avoir retirée ?
“Cette motion n’était pas faite pour demander un renoncement, mais pour avoir un débat. Elle a été retirée parce que les conditions sereines de discussion n’étaient pas réunies. Il y a eu des manœuvres de la direction, notamment autour d’amendements déposés puis retirés. C’est dommage, parce que la question stratégique doit être posée clairement.”
Vous ne souhaitez donc pas une candidature écologiste autonome de Marine Tondelier au premier tour ?
“Je pense qu’il y a une question d’union de la gauche qui doit être posée. On ne peut pas supposer que s’il n’y a pas de primaire, il y aura automatiquement une candidature écologiste autonome. Ce débat ne peut pas être évité. Pour moi, il ne faut pas que Marine Tondelier se présente seule pour Les Écologistes au premier tour.”
La primaire à gauche vous paraît-elle encore possible ?
“La primaire me semble aujourd’hui extrêmement menacée. On la fait vivre sous respirateur artificiel pour maintenir une forme de suspense qui, à mon avis, n’existe déjà plus vraiment. D’un côté, Jean-Luc Mélenchon est en ordre de bataille. De l’autre, nous parlons de première primaire, de deuxième primaire, de troisième primaire. À un moment, il faudra décider.”
Faut-il rejoindre Jean-Luc Mélenchon plus directement ?
“Je pense qu’il faut ouvrir des discussions avec La France insoumise, je ne dis pas qu’il faut rejoindre. L’erreur de 2022 a été de reproduire des divisions qui empêchent la gauche d’être au second tour. Soit nous reproduisons automatiquement toutes les erreurs du passé, soit nous sommes plus intelligents cette fois-ci. Face à l’extrême droite aux portes du pouvoir, nous avons une responsabilité historique.”
Vous souhaitez donc que Les Écologistes parlent aussi avec La France insoumise, et pas seulement avec le Parti socialiste ?
“Je voudrais que le parti Les Écologistes, qui pour l’instant ne discute qu’avec le Parti socialiste, puisse aussi ouvrir la voie des discussions avec La France insoumise. Sinon, il y a un risque d’explosion. C’est un parti qui me tient à cœur et je pense que l’écologie mérite mieux que cet enfermement dans une impasse. Les tensions révélées ce week-end sont de nature à pouvoir même faire exploser le parti, et je ne souhaite pas cela.”
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