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Manifestations en Iran : un tsunami de révolte et de répression

DECRYPTAGE SUD RADIO - Parti d’une mobilisation de commerçants à Téhéran le 28 décembre, le mouvement de protestation iranien s’est étendu à l’ensemble du pays et ne cesse de prendre de l'ampleur. Hyperinflation, corruption, répression, ingérence : retour sur cette séquence en cours qui a vu la rue défier le pouvoir comme jamais et dont même Donald Trumps s'en est mêlé.

Iran
Les ressortissants Français abandonnés en Iran ? (Getty Images - Canva Pro)

Tout commence le 28 décembre à Téhéran, par un rassemblement de vendeurs de téléphones portables. Ces commerçants protestent contre l’hyperinflation et la dévaluation brutale du rial, la monnaie iranienne, qui ont rendu toute activité commerciale quasi impossible. Grèves, fermetures de boutiques et rassemblements se multiplient rapidement, en intégrant les étudiants du pays puis le reste de la population. La contestation gagne ensuite le Grand Bazar de Téhéran, un bastion historiquement loyal au régime.

Prix inaccessible et effondrement du niveau de vie

Il faut dire que l’Iran traverse l’une des pires crises économiques de son histoire récente. L’inflation, déjà à deux chiffres depuis plusieurs années, a dépassé les 50 % en décembre. Les prix des produits de première nécessité ont explosé. Par exemple, le fromage a augmenté de 140 % en neuf mois, le pain de 250 %, le lait de 50 % en deux mois et la viande est devenue inaccessible pour une grande partie de la population.

Faute de moyens, certains Iraniens achètent même leur nourriture et produits de première nécessité à crédit sur des plateformes en ligne. Dans le même temps, le rial s’est effondré à un niveau historique, atteignant jusqu’à 1,4 million de rials pour un dollar, contre environ 770 000 un an plus tôt. À cela s’ajoutent de nombreuses coupures d’eau et d’électricité.

Corruption et privilèges des élites en ligne de mire

Cette crise économique est avant tout due aux sanctions internationales liées au programme nucléaire, rétablies fin septembre. Mais la population pointe aussi la corruption systémique du régime. Les critiques visent en particulier les Gardiens de la Révolution, qui contrôlent une large part des entreprises exportatrices. Ces sociétés bénéficient d’exemptions fiscales et de subventions publiques, et semblent profiter de l’inflation.

Pour tenter d’apaiser la colère du peuple, le gouvernement a annoncé une allocation de 10 millions de rials par personne pendant quatre mois, soit environ... six euros mensuels. Une somme jugée dérisoire, alors que le salaire minimum est d’environ 85 euros et que le salaire moyen dépasse à peine le double.

« Mort au dictateur »

Ces revendications économiques ont donc rapidement laissé place à une contestation politique avec le slogan « Mort au dictateur ». Ainsi, le peuple réclame la fin du régime et le départ du guide suprême Ali Khamenei à la fois les grandes métropoles et des villes moyennes ou petites.

À noter également les appels de l’exilé Reza Pahlavi, fils du dernier chah d’Iran. Ce dernier tente de jouer un rôle fédérateur depuis l’étranger avec des appels à manifester relayés sur les réseaux sociaux. Pour certains manifestants, il incarne une alternative possible au régime actuel. Pour d’autres, ce soutien reflète surtout le désespoir face à l’absence d’opposition organisée à l’intérieur du pays.

Potentiellement des milliers de morts en Iran

Mais face à cette contestation inédite, le régime a opté pour une répression sanglante. Selon l’ONG Iran Human Rights, au moins 648 manifestants ont été tués depuis le début du mouvement et environ 10 000 personnes auraient été arrêtées, mais des rapports non confirmés laissent penser que ces chiffres pourraient être largement sous-estimés. Ils évoquent un massacre qui s'établirait jusqu’à plusieurs milliers de morts, certains évoquant 6 000 victimes. 

Les autorités, elles, ne communiquent aucun bilan officiel et affirment que des dizaines de membres des forces de sécurité ont également été tués. L’absence d’informations fiables est notamment due à la coupure quasi totale d’internet depuis le 8 janvier, officiellement justifiée par des « opérations terroristes pilotées de l’étranger ».

La menace de Trump et des États-Unis

Sur la scène internationale, les États-Unis affichent leur soutien aux manifestants. Donald Trump a menacé de « frapper très fort là où ça fait mal » si la répression se poursuivait, affirmant que Washington se tenait prêt à venir en aide au peuple iranien.

Le président américain a également annoncé que tout pays commerçant avec Téhéran serait frappé de droits de douane de 25%. Une mesure « définitive » et à « effet immédiat » qui pourrait notamment toucher la Chine, principal partenaire commercial de l’Iran. De son côté, l’Iran, via son ministre des Affaires étrangères, a d’ores et déjà annoncé être « prêt à la guerre », mais également « à des négociations », certainement conscient de la fragilité de sa situation actuellement toujours en cours.

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