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L'opinion de Françoise Degois : « Retailleau, Glucksmann, Mélenchon... à quoi servent encore les meetings ? »

OPINION - À l'approche de la présidentielle, les meetings reviennent au cœur de la stratégie des candidats. Mais entre la bataille du premier rang, les jeux d'alliances et les rapports de force révélés par les sondages, Françoise Degois rappelle une évidence : les meetings nourrissent la ferveur militante, sans pour autant faire les présidents.

Bruno Retailleau et Laurent Wauqiez. (Photo by OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP)

Dans Drôle d'époque, Françoise Degois, s'intéresse à la question des meetings dans la course à l'Élysée. Sont-ils utiles ?

Être ou ne pas être, au meeting, telle est la question ! La grande question qui occupe tous les états-majors, tous les militants. En l'occurrence, celui de Bruno Retailleau le 20 juin prochain au Parc Floral. Et le président des Républicains, candidat à la présidentielle, se fait du mouron.

Retailleau "devra certainement se retirer"

Il a bien raison, car le premier rang risque d'être assez dégarni. Le fameux premier rang, celui que vous et moi, nous avons toujours reluqué en tant que journaliste politique, pour compter ceux qui en sont, ceux qui n'en sont pas, comme on compte les moutons. Bruno Retailleau voit rouge, car le patron du groupe LR de l'Assemblée Nationale, Laurent Wauquiez, son grand ami, a fait savoir qu'il n'y serait pas, humiliation n°1. Et c'est même amusé, le même Laurent Wauquiez, hier, à être au meeting d'Edouard Philippe, à Bourg-en-Bresse, avec force de sourire, signe de complicité, l'ami de 30 ans, au premier rang.

Et le regard tendu de Wauquiez, on le voit très bien, vers les photographes, pour être sûr qu'ils immortalisent cette amitié entre eux, double humiliation. On comprend Bruno Retailleau, et on comprend surtout qu'à ce rythme-là, l'ancien ministre de l'Intérieur devra certainement se retirer, pour une raison simple, la force va à la force, et les champions des sondages, en l'occurrence, c'est Edouard Philippe. Donc, tout le monde arrive pour être sur la photo, c'est humain.

"On ne désigne pas en politique celui qui perdra le moins mal"

Mais que Retailleau se rassure, un autre candidat potentiel se torture, en ce moment. Raphaël Glucksmann, en meeting le 13 juin, remplir la salle, c'est pas forcément un problème. Mais, là encore, qui va être au premier rang ? Depuis des jours, le député européen fait le siège des socialistes, pour qu'ils viennent, notamment Olivier Faure.

Et oui, car sans le Parti Socialiste, sa machine, ses relais politiques et ses finances, Glucksmann ne peut pas grand-chose. Et si la stratégie du coucou a parfaitement fonctionné pour les européennes, puisqu'il est devenu la tête de liste du PS, on sent bien cette fois que les socialistes n'ont pas du tout envie de déléguer la mère des batailles à un candidat qui ne décolle pas vraiment dans les sondages. Même s'il parvient à 10% en moyenne, je rappelle qu'on ne désigne pas en politique celui qui perdra le moins mal.

Théodora en soutien de Mélenchon ?

Il y en a un, surtout, qui n'a pas ce genre d'état, c'est Jean-Luc Mélenchon. Sans être grand clair, on sait déjà que le meeting de Saint-Denis, le 7 juin, frappera un grand coup.

On connaît les qualités de tribun, bien sûr, et de discours de Mélenchon. On connaît l'engouement pour le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, inutile de se torturer sur le premier rang, puisque Mélenchon s'en moque parfaitement. Peut-être qu'on aura des surprises, vous savez que l'équipe de campagne cherche à faire signer, à faire apparaître, la pépite de la chanson française, Théodora.

"Les meetings sont essentiels pour la ferveur des militants"

La politique est faite de grands messes. On se souvient du stade Charléty de Ségolène Royale en 2007. On a rarement fait une telle performance, plusieurs dizaines de milliers de personnes, des artistes. Mais a-t-elle gagné face à Nicolas Sarkozy ? Non. Les meetings sont essentiels pour la ferveur des militants et pour planter son drapeau sur une idée. François Hollande, en 2012, lance « Mon adversaire, c'est la finance » à un meeting.

Oui, bien sûr, en cela, ils sont essentiels. Mais c'est moins le cadre, le décorum que le discours. Et si on devait élire les présidents à l'aune des meetings, voyez-vous, Jean-Pierre Chevènement et Éric Zemmour seraient déjà présidents de la République depuis longtemps.

À l'inverse, je vous le dis, on fait un peu d'histoire et d'archéologie politique, les slogans les plus célèbres ne sont pas nés forcément dans un meeting. Comme le fameux « Yes, we can » de Barack Obama, la campagne victorieuse de 2009. Et bien non, ce slogan vient d'un simple clip enregistré dans un studio feutré quand Obama a été candidat pour devenir sénateur de l'Illinois.

Tout va vraiment commencer à se cristalliser à partir de novembre. La vraie question est donc, être ou ne pas être en situation, au bon moment et pas dans le bon meeting.

Retrouvez Drôle d'époque avec Françoise Degois dans le Grand Matin Sud Radio au micro de Patrick Roger

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