Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a annoncé jeudi le soutien financier de l'Etat pour la construction d'un poste de police à Pissevin, quartier prioritaire de Nîmes gangréné par le trafic de stupéfiants, où le commissariat avait été incendié la veille de son inauguration en août 2024.
Selon l'entourage du ministre, ce nouveau bureau de police, qui sera installé dans un bâtiment actuellement en construction, bénéficiera d'un financement par l'Etat à hauteur de 620.000 euros prévu dans le budget 2026.
Le ministre a également annoncé l'arrivée de 16 policiers au 1er septembre au commissariat de la ville.
Après avoir rencontré des représentants de la police et de la gendarmerie, ainsi que la procureure de Nîmes, Cécile Gensac, Laurent Nuñez s'est rendu dans le quartier de Pissevin, qui fait l'objet d'un programme de rénovation urbaine.
C'est dans cette cité, où éclatent régulièrement des fusillades sur fond de rivalités liées au narcobanditisme, qu'un garçon de 10 ans, Fayed, avait été tué par une balle perdue en août 2023.
L'année suivante, le bureau de police avait été détruit par un incendie la veille de son inauguration.
Accompagné par le maire communiste de Nîmes Vincent Bouget, élu en mars, et par le préfet du Gard Jérôme Bonet, Laurent Nuñez s'est rendu devant la bâtisse sur laquelle les traces de l'incendie sont encore visibles.
Ils se sont ensuite arrêtés sur la place Roger-Bastide pour évoquer le programme de rénovation urbaine. A droite, une immense barre défraichie, à gauche, au pied d'immeubles pointant vers le ciel, la galerie Wagner, une rangée de commerces aux rideaux métalliques baissés et cabossés, à côté d'une salle de boxe. Ici et là des broussailles et des gravats.
"C'est la troisième visite (d'un ministre de l'Intérieur), (Gérald) Darmanin, (Bruno) Retailleau, (Laurent) Nuñez. On a en une tous les ans", soupire Virginie*, éducatrice de 47 ans.
Sur la place, très peu de badauds; l'accès aux véhicules ayant été limité, les habitants ont compris qu'il y avait un déplacement ministériel et ne sortent pas, souligne un policier nîmois.
Selon l'entourage du ministre, la stratégie de harcèlement des points de deal couplée à des investigations pour démanteler les réseaux porte ses fruits. A Pissevin, 47 operations ont été menées depuis le début de l'année.
"On est sur un pansement sécuritaire" alors qu'il y a des "problème sociaux, de la précarité", poursuit Virginie, qui dénonce "un abandon" des pouvoirs publics.
Pour Sybille*, enseignante de 58 ans dans le quartier, "certes, il y a des trafics, c'est indéniable, il y en a dans toutes les villes" mais "on sent une souffrance" chez les élèves et leurs familles.
"On a un rôle à jouer" en tant qu'enseignants, "mais on ne peut pas être les seuls acteurs", a-t-elle ajouté.
La lutte contre le narcotrafic est une priorité du gouvernement. Le Premier ministre Sébastien Lecornu présentera vendredi à la prison de haute sécurité de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) un "plan" marquant une "nouvelle phase" et un "changement d'échelle" de l'action de l'Etat face à la menace que représente la criminalité organisée.
(*: les prénoms ont été modifiés)
AFP / Nîmes (AFP) / © 2026 AFP