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Pierre Jouvet (PS) : "Jean-Luc Mélenchon met une chape de plomb sur la gauche"

Par La rédaction

ENTRETIEN SUD RADIO - Résultats municipales 2026 : Pierre Jouvet, député européen et secrétaire général du PS, était “L’invité politique” sur Sud Radio.

Pierre Jouvet
Pierre Jouvet, interviewé par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 23 mars 2026, dans “L’invité politique”.

Résultats des municipales, stratégie du Parti socialiste (PS), alliances avec La France Insoumise (LFI), avenir de la gauche et présidentielle 2027. Au micro de Sud Radio, Pierre Jouvet a répondu aux questions de Jean-François Achilli.

"La gauche non-mélenchoniste sera la seule alternative à l’extrême droite"

Jean-François Achilli pour Sud Radio : Quel regard portez-vous ce matin sur les résultats des élections municipales et sur la place du PS dans ce paysage politique ?
Pierre Jouvet : “Ce que je dis très clairement ce matin, c’est qu’il y a 1.000 villes en France dirigées par des maires socialistes, que 6 des 10 plus grandes villes du pays sont entre les mains de maires socialistes, et que le Parti socialiste est la seule formation politique capable d’être présente à la fois dans les villages et dans la capitale, à Paris. Cela montre un ancrage territorial solide et durable. Et surtout, cela traduit une confiance renouvelée des électeurs.”

Peut-on parler d’une dynamique retrouvée pour le PS à l’échelle nationale après ces résultats ?
“Oui, c’est une belle victoire pour les socialistes dans le pays. Ce qui est intéressant, c’est que lorsque nous avons fait des alliances avec les écologistes et d’autres forces de gauche dès le premier tour, cela nous a permis d’arriver en tête, et donc de gagner au second tour. Cela montre que la stratégie d’union fonctionne lorsqu’elle est claire et cohérente.”

Qu’en est-il des alliances avec LFI, qui ont beaucoup fait débat durant cette campagne ?
“La France Insoumise, dont on a énormément parlé pendant cette séquence électorale, a en réalité très peu gagné de villes. Et surtout, là où elle était en position de leadership au second tour, comme à Toulouse ou à Limoges, elle a perdu. Cela doit les interroger profondément sur la stratégie qu’ils ont adoptée.”

Faut-il en conclure qu’une autre gauche doit émerger pour peser politiquement ?
“Oui, je le crois. Il y a aujourd’hui un besoin dans ce pays d’une gauche sociale et écologiste qui ne soit pas alignée sur Jean-Luc Mélenchon. Cette gauche non-mélenchoniste pourra être la seule alternative crédible face à l’extrême droite, qui continue malgré tout de progresser.”

"Jean-Luc Mélenchon met une chape de plomb sur la gauche"

Les résultats dans certaines villes montrent que les alliances avec LFI ont échoué. Comment l’expliquez-vous ?
“D’abord, il faut rappeler une règle politique simple : quand vous n’êtes pas en tête au premier tour, il est très difficile de gagner au second. Mais au-delà de cela, il y a un problème plus profond, lié à la stratégie politique de La France Insoumise.”

Quel est précisément ce problème selon vous ?
“La stratégie d’outrance et de conflictualisation portée par Jean-Luc Mélenchon crée aujourd’hui un plafond de verre pour toute la gauche. Elle empêche d’élargir et de rassembler au-delà d’un socle militant.”

Vous allez jusqu’à parler de “chape de plomb” sur la gauche. Que voulez-vous dire par là ?
“Oui, Jean-Luc Mélenchon met une chape de plomb sur la gauche dans ce pays. On ne parle plus que de lui, de ses outrances, de ses prises de position. Cela empêche l’émergence d’autres voix et d’autres propositions. Et au final, cela affaiblit toute la gauche.”

Cette stratégie peut-elle même devenir contre-productive électoralement ?
“Oui, clairement. On l’a vu dans plusieurs villes : lorsqu’ils sont en tête, ils deviennent un repoussoir pour une partie des électeurs. Leur stratégie de brutalisation de la vie politique empêche de rassembler largement et fait perdre des élections.”

Faut-il alors exclure toute alliance avec LFI à l’avenir ?
“Nous devons être très clairs : il n’y a pas d’alliance nationale avec La France Insoumise. Ensuite, dans certaines communes, des accords locaux peuvent exister en fonction des réalités politiques. Mais la stratégie nationale doit reposer sur une autre base.”

"Les socialistes devraient dire merci à la stratégie d’Olivier Faure"

Olivier Faure a été critiqué pour un manque de clarté sur ces alliances. Que lui répondez-vous ?
“Je pense au contraire que la ligne est claire. Il n’y a pas d’accord national avec LFI. Ensuite, dans un pays qui compte plus de 35.000 communes, il peut y avoir quelques situations locales particulières, mais cela ne remet pas en cause la stratégie globale.”

Peut-il rester à la tête du Parti socialiste malgré ces critiques internes ?
“Les socialistes devraient dire merci à la stratégie d’Olivier Faure. Depuis plusieurs années, il a permis de remettre le Parti socialiste au cœur de la gauche, alors que nous sortions d’une période très difficile où nous étions marginalisés.”

Quels résultats concrets attribuez-vous à cette stratégie ?
“La stratégie d’alliance avec les écologistes et les communistes a permis de recréer une dynamique politique. C’est cette dynamique qui explique aujourd’hui le nombre important de maires socialistes élus ou réélus dans tout le pays.”

Que répondez-vous aux attaques de La France Insoumise contre le PS ?
“Je pense que cela relève surtout de la posture. La réalité, c’est que La France insoumise a perdu ces élections municipales. Elle n’a pas réussi à s’imposer et, dans certains cas, elle a même affaibli d’autres forces de gauche.”

Peut-on dire que le PS est redevenu la force centrale à gauche ?
“Les résultats montrent en tout cas que les électeurs font confiance à cette ligne politique. Cela confirme que le PS a retrouvé une place centrale dans le paysage politique de gauche.”

"Je ne sais pas s’il y aura une primaire à gauche, mais nous devons tous nous parler"

La présidentielle de 2027 se profile déjà. Quelle est votre stratégie pour éviter un nouvel échec de la gauche ?
“Notre objectif est clair : construire une alternative politique à gauche, écologiste, sans Jean-Luc Mélenchon. C’est la seule manière d’espérer accéder au second tour et de pouvoir ensuite gagner l’élection présidentielle.”

Qui pourrait incarner cette alternative selon vous ?
“Toutes celles et ceux qui partagent cette ligne doivent se rassembler. Je pense à des responsables politiques venant d’horizons différents à gauche, qui refusent la stratégie actuelle de La France insoumise.”

Faut-il impérativement une candidature commune pour y parvenir ?
“Oui, autour d’un projet clair et lisible. Ce n’est pas une question d’appareil ou de combinaison politique, mais de cohérence et de crédibilité face aux électeurs.”

Cette désignation passera-t-elle par une primaire ?
“Je ne sais pas s’il y aura une primaire à gauche, mais ce que je sais, c’est que nous devons tous nous parler. Il faut trouver le meilleur moyen de désigner un candidat capable de rassembler et de gagner.”

Si Jean-Luc Mélenchon se qualifiait malgré tout pour le second tour, quelle serait votre position ?
“Je ne voterai jamais pour l’extrême droite, et je ferai toujours barrage. Mais je le dis très clairement : cette situation ne doit pas arriver. C’est précisément pour éviter cela que nous devons construire une alternative.”

Quel message adressez-vous aujourd’hui aux électeurs de gauche qui doutent ?
“Je veux leur dire qu’une alternative est possible. La gauche ne se résume pas à LFI. Nous devons la reconstruire, la rassembler et proposer un projet capable d’éviter l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir.”

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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