single.php

Philippe Juvin (LR) : "Je ne suis pas défavorable aux ordonnances" pour adopter le Budget

Par Aurélie Giraud

INTERVIEW SUD RADIO - Budget, 49-3, grève des médecins : Philippe Juvin, député LR des Hauts-de-Seine, rapporteur général du Budget et chef des Urgences de l'hôpital Pompidou, était “L’invité politique” sur Sud Radio.

philippe juvin
Philippe Juvin, interviewé par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 6 janvier 2026, dans “L’invité politique”.

Impasse budgétaire, outils constitutionnels à la disposition du gouvernement, rôle de la France et de l’Europe sur la scène internationale, crise du système de santé et débat sur la fin de vie. Au micro de Sud Radio, Philippe Juvin a répondu aux questions de Jean-François Achilli.

“Le budget, ce n’est pas une discussion de marchands de tapis"

Jean-François Achilli pour Sud Radio : Il y aura un budget en janvier, selon la porte-parole du gouvernement. Vous confirmez ?
Philippe Juvin : “Je ne sais pas lire dans l’avenir, j’espère qu’il y aura un budget en janvier. En tout cas, le gouvernement a tous les moyens constitutionnels à sa disposition pour qu’il y ait un budget en janvier.”

Quels sont ces moyens ?
"Il y a trois possibilités : soit on lance le débat budgétaire selon la procédure habituelle, la commission puis le débat en hémicycle, soit le 49.3, soit les ordonnances. Donc oui, il y a tous les moyens d’avoir un budget en janvier.”

Le 49.3 semble se profiler. Est-ce ce que vous souhaitez ?
“Depuis le début du mois d’octobre, j’ai dit que c’était dommage que le gouvernement se prive d’emblée d’une des armes que la Constitution met à sa disposition. Je suis favorable à ce qu’on puisse utiliser tout, y compris le 49.3, mais il y a aussi les ordonnances.

Le budget ressemble à une négociation politique permanente.
“Le budget, ce n’est pas une discussion de marchands de tapis. C’est un peu ça depuis le départ et je le regrette quand ça devient ça.”

Pourquoi les ordonnances vous paraissent-elles une option crédible ?
“C’est un outil qui n’a jamais été utilisé pour adopter un budget, mais qui existe. Le gouvernement arrive un matin et dit que le budget est adopté par ordonnances. Le texte du projet de loi initial devient le budget, point final. Tout le monde cherche une solution, ça fait partie des solutions, moi je ne suis pas défavorable.”

"La solution, c’est de baisser les dépenses"

Les responsables de groupes parlementaires sont reçus à Bercy, sauf certains. Est-ce la bonne méthode ?
“Je parle avec tout le monde. Il faut parler avec tout le monde. Maintenant, il est vrai qu’il y a un certain nombre de forces politiques qui expliquent d’emblée qu’elles ne voteront pas le budget.”

Un compromis se dessine autour d’une surtaxe de l’impôt sur les sociétés pour les grandes entreprises. Est-ce la bonne voie ?
“Les entreprises en France, comme les Français d’ailleurs, payent beaucoup d’impôts. La solution, ce n’est pas d’augmenter les impôts, parce que c’est la solution de facilité.”

Quelle est alors la bonne méthode pour redresser les finances publiques ?
“La solution, c’est de baisser les dépenses. On peut baisser la dépense publique.”

Pourquoi est-ce si difficile à mettre en œuvre ?
“Parce que dès que vous dites ‘je vais baisser les dépenses’, vous avez tout le monde qui vient vous voir en disant ‘oui, vous avez raison, mais pas moi’. On est dopé aux impôts. Par paresse intellectuelle, quand on veut baisser le déficit, on pense d’abord à augmenter les impôts.”

"La vie d’un médecin libéral est devenue un enfer"

La grève des médecins libéraux va-t-elle affecter les urgences ?
“Tout dysfonctionnement du système de santé affecte automatiquement les services d’urgence. Les gens qui ne trouvent pas de médecins libéraux vont aux urgences. Donc oui, ça va nous affecter et ça va affecter toutes les urgences de France.”

Comprenez-vous leur colère ?
“Oui et non. Certaines de leurs craintes ne sont plus fondées, mais là où ils ont raison, c’est que la vie d’un médecin libéral est devenue un enfer.”

Qu’est-ce qui pose le plus problème aujourd’hui ?
“Un médecin généraliste installé en ville a 4 à 6 heures par semaine de tâches administratives. Ce sont des tâches de plus en plus chronophages qui se font au détriment de la qualité des soins.”

Parle-t-on d’une médecine à deux vitesses ?
“La médecine à deux vitesses, elle est ailleurs. Vous ne savez pas où vous faire opérer. Moi, je sais où me faire opérer. Et plus grave encore, je sais où ne pas me faire opérer.”

"La priorité est que tout le monde ait accès aux soins palliatifs, pas d’injecter un produit qui donne la mort"

Le système de santé est-il en très mauvais état ?
“Les gens vont à l’hôpital par défaut, même pour la grippe, parce qu’ils n’ont plus de médecins libéraux. Essayez d’avoir un rendez-vous avec un psychiatre pour enfants ou une consultation contre la douleur : c’est de 2 à 9 mois. On est dans un système de santé qui est vraiment en très mauvais état.”

Le pic de grippe est-il passé ?
“À 80% de chances, on est au pic. Les hôpitaux sont pleins de grippe, et pas seulement. Il y a aussi un peu de Covid.”

Le débat sur la fin de vie est relancé par le président de la République. Vous y êtes opposé. Pourquoi ?
“Aujourd’hui, un Français qui a besoin de soins palliatifs n’y a accès qu’une fois sur deux. La priorité, c’est que tout le monde ait accès aux soins palliatifs, pas d’injecter un produit qui donne la mort.”

En tant que médecin, que redoutez-vous ?
“Je ne veux pas que, quand j’entre en blouse blanche dans la chambre d’un malade, le malade se pose la question de la raison de ma venue.”

Que signifie, pour vous, “aider à mourir” ?
“Aider les gens à mourir, ce n’est pas leur injecter un médicament. C’est les accompagner, faire en sorte qu’ils n’aient pas mal, que leur famille soit rassurée. La fraternité, c’est donner la main aux gens, pas s’en débarrasser.”

"L’Europe doit être crainte, et ce n’est pas le cas"

Pendant que la France peine à voter son budget, le monde bouge. Sommes-nous devenus dérisoires ?
“Ce n’est pas la France de Macron, c’est la France et l’Europe.”

Que vous inspire notamment la situation internationale, comme le Venezuela ?
“Les Américains interviennent, on est pour, on est contre, mais ce qui est intéressant, c’est que l’Europe est spectatrice.”

Quel est le problème fondamental selon vous ?
“Nous sommes devenus des spectateurs passifs et on compte les points.”

Que devrait faire l’Europe ?
“L’Europe doit se donner les moyens d’être crainte, et ce n’est pas le cas.”

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

Cliquez ici pour écouter "L’invité politique"

Toutes les fréquences de Sud Radio sont ici !

L'info en continu
17H
16H
15H
14H
Revenir
au direct

À Suivre
/