Vingt-quatre heures après le spectaculaire retournement du bob à 4 français lors des JO à Cortina, le pilote Romain Heinrich dit à l'AFP ressentir encore des douleurs et surtout de la "frustration", mais veut toujours croire à un projet ambitieux en vue des JO-2030 à domicile.
Q: Comment allez-vous?
R: "On est deux à être partis à l'hôpital. Moi j'avais une suspicion de fracture de vertèbre finalement invalidée. Nils Blairon a commencé à avoir des symptômes de trauma (de commotion, NDLR). Mais, aujourd'hui, on va bien. Le reste de l'équipe aussi. C'est plus des raideurs musculaires".
Q: Que s'est-il passé?
R: "C'est une petite erreur de pilotage dans le virage 7. C'est un virage piégeux mais je me suis dit qu'avec la manière dont on se présente, je n'allais pas faire une grosse correction, parce que je voulais chercher un maximum de glisse. Donc, je n'ai pas suffisamment corrigé et cette petite décision a eu des grosses conséquences".
Q: Vous avez ensuite longuement glissé...
R: "On a fait au moins 800 mètres à l'envers. Parce qu'il faut imaginer 600 kilos entre le bob et les athlètes lancés à plus de 100 km/h, sur une surface glissante. L'inertie est énorme. Ca dure longtemps et c'est assez effrayant. J'ai rapidement tapé très fort la tête et j'ai senti un choc au niveau de mes trapèzes et de mes vertèbres. Le but, c'est de rester un maximum dans la carrosserie du bob pour être protégé par l'enveloppe. Après, ça fait partie de notre sport".
Q: Trois bobs se sont retournés, y avait-il un problème de piste?
R: "Aucun rapport avec la météo, ni avec la piste. On a chuté sur un des virages à risque. L'Autrichien chute au virage 9 (le pilote Jakob Mandlbauer, hospitalisé, NDLR), un autre à risque. Et le fait de ne pas avoir assuré une ligne, c'est parce qu'on est en compétition. Je voulais faire un maximum de vitesse dans ce virage-là. En bob à 4, c'est la première fois que je chute en compétition".
Q: Est-ce que ça assombrit le bilan?
"En bob à 2, on a fait un très bon résultat. Rentrer dans le top 10 (10e), c'est déjà du très solide. Là où j'ai une frustration, c'est que sur les entraînements à 4, on a tout de suite compris qu'on pouvait viser mieux que le top-10. Et je sais que si on avait pu démontrer ça en vue de 2030, ça aurait été grandement apprécié à tous les étages".
Q: Vous êtes sorti de votre retraite sportive en vue des Jeux en France. Est-ce remis en cause?
R: "Dès que je me lève, je pense à la chute, j'ai mal au corps. Mais, honnêtement, nous, sportifs, on passe très vite à autre chose. Pour notre capacité à trouver des partenaires, je ne sais pas. J'espère que ce ne sera pas un prétexte pour dire qu'on n'y va pas à fond (...). Moi, je répondrai présent sous trois conditions. Que ma famille me le permette, que je sois en bonne santé et selon notre capacité à réunir suffisamment d'éléments, financiers ou organisationnels, pour pouvoir parler de performance. Parce que les Jeux en France (la piste olympique est à La Plagne, NDLR), c'est évident que ce n'est pas pour viser une 10e place. Je ne verrais pas le sens".
Propos recueillis par Guillaume KLEIN
AFP / Cortina d'Ampezzo (Italie) (AFP) / © 2026 AFP