"On voit bien l’Iran, le Venezuela, les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Ukraine, le Soudan, le Yémen, le Groenland. Il se passe des choses aux quatre coins du monde qui ne sont pas très rassurantes." Au micro de Sud Radio, Marine Tondelier a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
"Il faut montrer clairement à Donald Trump que s’il met un pied au Groenland, l’Europe réagira"
Jean-François Achilli : Emmanuel Macron réunit un conseil de défense sur la menace d’annexion par Donald Trump du Groenland, mais aussi sur la répression sanglante en Iran. Vous approuvez cette réunion d’urgence du chef de l’État ?
Marine Tondelier : "Évidemment, c’est bien que le conseil de défense se réunisse, mais ce n’est pas le principe même d’une réunion qui nous sauvera, c’est ce qui pourrait en sortir. En France et en Europe, tout le monde est sur le qui-vive en ce début d’année assez anxiogène. On voit bien l’Iran, le Venezuela, les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Ukraine, le Soudan, le Yémen, le Groenland. Il se passe des choses aux quatre coins du monde qui ne sont pas très rassurantes."
"Hier, j’étais avec un général de l’armée qui me disait : « J’en viens à regretter la guerre froide, parce que la guerre froide, c’était stressant mais c’était froid. » Aujourd’hui, il se passe des choses partout, tout le temps, à un rythme très inquiétant. La manière dont la défense s’organise en France est pensée pour gérer une crise à la fois. Là, c’est sur tous les fronts, ce qui est anxiogène pour la population."
Jean-François Achilli : C’est une réalité...
Marine Tondelier : "Oui, et tout cela est aussi lié au changement climatique. Pourquoi le Groenland devient un enjeu maintenant ? Parce que la banquise fond. Il devient accessible, des voies navigables s’ouvrent, le sous-sol devient exploitable, notamment les terres rares, qui sont un enjeu majeur de la transition écologique. Cette compétition est aussi visible en Ukraine : quand Trump parle de paix, on voit bien que le premier sujet, ce sont les terres rares."
Jean-François Achilli : L’envoi de troupes, vous êtes pour ?
Marine Tondelier : "Au Groenland ? Des exercices sont organisés de manière interalliée avec la France, la Suède a envoyé des troupes, et je trouve ça bien. Trump teste les limites. Il faut montrer clairement que s’il met un pied au Groenland, l’Europe réagira. Il ne s’agit probablement pas d’une invasion terrestre, mais plutôt d’une remilitarisation de la base américaine et d’une stratégie d’achat massif de terrains. L’Europe doit se montrer ferme et ne pas se laisser faire."
Jean-François Achilli : Donald Trump est-il encore un allié ?
Marine Tondelier : "Il est assez imprévisible, c’est ce qu’il cherche et c’est ce qu’il est. Il a l’air d’en être très fier d’ailleurs. C’est l’outrance, la démesure, la provocation. Et dans un monde aussi instable, c’est dangereux. Je ne dirais pas qu’il n’est plus notre allié, parce qu’il joue là-dessus."
"Quand on parle aujourd’hui des garanties de sécurité en Ukraine, c’est-à-dire si un jour un cessez-le-feu est signé, comment on garantit qu’il soit appliqué ? Emmanuel Macron nous explique que les États-Unis acceptent de s’engager dans ce processus et feront le monitoring, c’est-à-dire la surveillance, pour vérifier que le cessez-le-feu n’est pas violé, notamment par la Russie."
"Évidemment, il y a des chefs de parti, dont les écologistes, qui disent : « Est-ce qu’on est sûrs qu’on peut leur faire confiance ? » Ils ont quand même un rapport assez alternatif à la vérité. Est-ce que les preuves qu’ils nous donneront seront les bonnes ? Et Emmanuel Macron est obligé de reconnaître que nous ne pouvons avoir aucune confiance dans cet allié."
"Mais le fait que les États-Unis, à ce stade disent « OK, on s’engage avec vous », fait que d’autres pays s’engagent et que le processus avance. Trente-cinq pays aujourd’hui sont engagés pour les garanties de sécurité en Ukraine si elles devaient être mises en œuvre. Et si les États-Unis se désengagent, ce qui arrivera probablement, en réalité nous aurons avancé sous un commandement franco-britannique installé au Mont-Valérien, ce qui est historique, avec trente-cinq pays. Donc quelque part, on est en train de se rendre autonomes."
Jean-François Achilli : Un discours de responsabilité chez les écologistes. Est-ce qu’il faut un débat au Parlement sur le Groenland ?
Marine Tondelier : "Sur le Groenland, mais aussi sur les garanties de sécurité en Ukraine. La situation internationale va très vite et oui, il faut que le Parlement soit tenu très étroitement au courant de ce qu’il se passe, parce qu’il faut se préparer à peut-être devoir répondre durement et rapidement."
"Je pense qu’un bombardement américain sur l’Iran ne serait pas de nature à apaiser la situation"
Jean-François Achilli : Marine Tondelier, sur l’Iran, silence ou massacre ? Faut-il une intervention militaire américaine ?
Marine Tondelier :" J’arrive pas à suivre toutes les annonces de Trump, c’est plusieurs par jour, donc on a du mal à y voir clair. Mais j’ai lu qu’il expliquait qu’il avait des sources très fiables qui lui disaient qu’il n’y avait aucune représaille sur les manifestants et qu’aucun n’était mort. Bon, les ONG sur place parlent de 3 500 morts depuis le début des manifestations. Et le blackout provoqué par le gouvernement, pour qu’on n’ait plus d’informations et que les manifestants n’aient plus internet, n’est évidemment pas de nature à nous rassurer."
Jean-François Achilli : Il faut taper les mollahs ? Bombarder ?
Marine Tondelier : "Alors, je pense qu’un bombardement américain sur l’Iran ne serait pas de nature à apaiser la situation."
Jean-François Achilli : Oui mais c’est ciblé. Qu’est-ce qu’on fait ?
Marine Tondelier :" Je sais bien que c’est compliqué. Les manifestants aujourd’hui, c’est courageux de sortir dans la rue en Iran en sachant que vous vous exposez aux balles des mollahs. Si vous vous exposez en même temps aux bombardements américains, ça devient très compliqué. Donc nous sommes pleinement en soutien et en solidarité avec la révolution iranienne."
"Ce n’est pas la première, ce ne sera sûrement pas la dernière, mais celle-ci a de singulier que dans la rue, il y a beaucoup plus de couches différentes de la population que les fois précédentes. Ce ne sont pas juste les étudiants, il y a des commerçants, beaucoup de couches de la société. Et surtout, on sait que cette manifestation irrigue beaucoup plus le territoire. Ce n’est pas seulement dans les grandes villes, ça va partout."
Jean-François Achilli : Mais ça veut dire qu’il y a des massacres et qu’on ne peut rien faire ?
Marine Tondelier :" Je n’ai pas de réponse définitive et plus personne n’en a. Ce que je dis, c’est que les États-Unis qui disent « si ça continue, j’y vais et je règle le problème », on ne peut pas fonctionner comme ça. On est obligés de respecter le cadre du droit international. Même si on se dit aujourd’hui que le droit international est piétiné ici et là-bas."
"Nous travaillons avec leurs représentants sur le territoire national. Beaucoup d’entre nous seront en manifestation à leurs côtés samedi. Et on voit bien que, même si en France il y a, pour une fois, une unanimité dans la classe politique pour soutenir cette révolution, à partir du moment où on dit soit ce sont les Iraniens qui décideront de ce qu’ils mettent à la place et on accompagne une transition démocratique, soit on commence à dire on y va, on enlève, on en met d’autres à la place, et je ne suis pas sûre qu’on soit d’accord sur qui sont « les autres ». Et ce n’est pas à nous de décider."
Non-censure du PS : "Ils ont décidé d’être quelque part la béquille du gouvernement"
Jean-François Achilli : Revenons à la politique nationale. Les écologistes ont voté majoritairement la motion de censure de la France insoumise, rejetée à l’Assemblée hier. Vous le savez, c’est passé près, à une trentaine de voix. Avec les voix du Parti socialiste, le gouvernement aurait été censuré. Que dites-vous du PS ce matin ?
Marine Tondelier : "Le Parti socialiste, ça fait des mois qu’ils nous ont habitués à cette stratégie qui n’est pas celle des écologistes, finalement, d’accompagner le gouvernement. Ils ne sont pas le gouvernement, j’ose imaginer qu’ils ne sont pas alignés politiquement avec lui, mais ils ont décidé d’être quelque part sa béquille."
"Ce qui montre d’ailleurs la fragilité de ce gouvernement, qui ne tient plus qu’au bon vouloir des socialistes et à leur esprit de responsabilité, qui va quand même, à mon sens, un peu trop loin. Et voilà. Ce Parti socialiste avait fait comprendre à Emmanuel Macron que s’il nommait Sébastien Lecornu plutôt qu’Olivier Faure, bon ben ils ne censureraient pas trop, qu’ils seraient responsables sur le budget, qu’on trouverait toujours des compromis, qui pour l’instant ne vont pas dans le sens des Français. Donc voilà, moi je ne suis pas d’accord avec cette stratégie du Parti socialiste. Je pense que ce gouvernement fait beaucoup de mal aux Français."
Jean-François Achilli : C’est un parti traître, à gauche, ou pas ?
Marine Tondelier : "Franchement, ça ne sert à rien de se balancer des mots pareils à la tête. Ce n’est pas ma manière de discuter à gauche. Je vous dis calmement que je ne suis pas d’accord, sans en mettre plein la tête à des camarades de gauche avec lesquels nous travaillons par ailleurs pour les municipales et avec lesquels nous avons beaucoup de choses à faire."
Jean-François Achilli : Vous arrivez à travailler avec eux malgré ça, pour les municipales ?
Marine Tondelier : "Oui. Parce que nous travaillons à une primaire pour 2027, pour une candidature commune de la gauche et des écologistes. Et vous voyez, on peut avoir des désaccords, des nuances, mais se dire que la solution est forcément dans ce périmètre-là."
Jean-François Achilli : Vous souhaitez que ce gouvernement tombe, puisque vous avez voté cette motion de censure ?
Marine Tondelier : "Moi, j’estime que ce gouvernement n’est pas légitime. Emmanuel Macron a demandé une élection législative que personne ne lui avait demandée d’organiser. Il l’a manifestement et très lourdement perdue. Et trois Premiers ministres plus tard, il n’a mis que des soutiens à lui. Donc il n’a pas compris ce que signifiait la cohabitation."
"Le sujet ce n’est pas qui est Premier ministre, c’est qu’est-ce qu’ils font. Aujourd’hui, les Français, très majoritairement, plus de 70 %, voulaient un changement de cap politique. Et ils en ont pour leur argent, mais dans l’autre sens. Et donc je leur dis : tenez bon, nous arrivons."
Jean-François Achilli : Vous êtes en désaccord avec le PS sur sa stratégie avec le gouvernement, mais vous êtes avec le PS pour les municipales. C’est difficile à comprendre.
Marine Tondelier : "Je vais vous expliquer très simplement. Je préfère que les villes soient de gauche que de droite. Je sais à quel point, quand un gouvernement mène ce genre de politique, on a besoin de villes refuges aussi, de territoires qui s’opposent et qui protègent les Français. Et les villes écologistes et les villes de gauche sont de nature à protéger les Français."
Municipales : "Entre un bulletin insoumis seul et les autres ensemble, je pense que les électeurs de gauche et des écologistes se rallieront au vote utile"
Jean-François Achilli : Vous redoutez de perdre Paris ? Je ne sais pas si vous étiez au meeting hier soir d’Emmanuel Grégoire à Paris, mais ça se joue à très peu, avec une France insoumise qui est de côté.
Marine Tondelier : "Emmanuel Grégoire à Paris a tout mon soutien, comme l’ensemble des candidats de l’Union de la gauche et des écologistes sur tout le territoire. Vous verrez que les écologistes sont des gens simples, constants et cohérents. Nous garderons des villes grâce aux écologistes, et les villes que nous gagnerons à la droite, car nous allons en gagner à la droite ensemble, les écologistes auront toujours joué un rôle prépondérant dans ces victoires."
"Je suis inquiète pour Paris comme je suis inquiète pour toutes les villes de ce pays. Les municipales, ce n’est jamais gagné ni jamais perdu d’avance. C’est dur pour tout le monde, c’est imprévisible. Donc on surveille ça comme le lait sur le feu, mais on n’est pas en surveillance passive, on est en action."
Jean-François Achilli : Sophia Chikirou pour le deuxième tour à Paris ?
Marine Tondelier :" J’ai déjà constaté qu’au premier tour, on aurait pu se dire que le fait que les écologistes rallient les socialistes lui ouvre un espace et qu’elle s’envole dans les sondages. Ce n’est aujourd’hui pas le cas. Et donc moi, ce que je pense, même si tout le monde jouera sa compétition à fond et que le meilleur gagne, c’est que les électeurs de gauche sont très unitaires. Ils veulent l’union de la gauche et des écologistes parce qu’ils veulent une chose simple : qu’on gagne."
"Et je pense que la France insoumise risque de payer, à un moment, le fait d’avoir voulu partir partout toute seule. Entre un bulletin insoumis seul et les autres ensemble, je pense que les électeurs de gauche et des écologistes, majoritairement, se rallieront au vote utile."
"Ce n’est pas vrai qu’on produira du maïs dans les mêmes quantités en France en 2050 alors qu’il fera plus chaud, qu’on aura moins d’eau et que, en plus, le maïs est majoritairement pour l’exportation et pour l’élevage"
Jean-François Achilli : Vous soutenez la colère des agriculteurs aujourd’hui ?
Marine Tondelier :" Évidemment. Depuis plus de quarante ans, les écologistes ont toujours été du côté des agriculteurs. Ça fait des décennies que, main dans la main, on soutient la lutte contre l’artificialisation des terres agricoles, qu’on soutient une PAC plus juste. Aujourd’hui, 80 % des aides de la PAC vont à 20 % des agriculteurs."
"85 % des agriculteurs sont pour la transition écologique, parce qu’ils savent qu’il n’y aura pas d’avenir à leur métier s’il n’y a plus de biodiversité, s’il n’y a plus d’eau, s’il n’y a plus de stabilité climatique. Le changement climatique, ils le voient le nez sur la terre tous les jours."
"Mais le principal problème des agriculteurs, c’est le revenu. D’ailleurs, qui a défendu à l’Assemblée nationale et fait adopter des revenus planchers pour les agriculteurs ? Ce sont les écologistes. Qui se bat pour une PAC plus juste ? Ce sont les écologistes. Depuis José Bové, on a toujours une position très claire là-dessus."
Jean-François Achilli : La loi d’urgence de Sébastien Lecornu va assouplir l’utilisation de l’eau jusqu’en septembre, à peu près, par les agriculteurs. Vous avez une niche parlementaire prochainement pour durcir justement l’utilisation de l’eau.
Marine Tondelier : "Le problème de la raréfaction de l’eau, ce n’est pas de la faute des écologistes. Moi, je me rappelle d’un candidat écologiste à l’élection présidentielle, René Dumont, en 1974, qui tenait un verre d’eau en disant que bientôt nous viendrions à en manquer. Aujourd’hui, on en manque. Je veux bien que ce soit de la faute des écologistes, mais la réalité est un peu plus complexe."
"Je veux bien aussi qu’on se dise « ce n’est pas vrai, il n’en manque pas, on va faire des méga-bassines, on va la maintenir dans des trucs en plastique ». En fait, on n’aura pas plus d’eau, ce n’est pas vrai. Et donc je pense qu’on doit dire la vérité aux agriculteurs et les aider à s’adapter au changement climatique. Ce n’est pas vrai qu’on produira du maïs dans les mêmes quantités en France en 2050 alors qu’il fera plus chaud, qu’on aura moins d’eau et que, en plus, le maïs est majoritairement pour l’exportation et pour l’élevage. Donc notre agriculture va devoir s’adapter."
"C’est une crise structurelle qui dure depuis maintenant des années, qui fait que deux fermes disparaissent par semaine dans notre pays et qu’un agriculteur se suicide en moyenne tous les jours. Cette profession a tout mon soutien, tout notre soutien écologiste, et tout ce que nous pouvons faire pour l’aider, nous le ferons."
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