Guerre au Liban, rôle de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), accord d’association entre l’Union européenne (UE) et Israël, flambée des prix des carburants, blocage des prix, 8 mars férié, stratégie de La France insoumise (LFI) pour 2027, convocation d’Elon Musk et affaire Rima Hassan. Au micro de Sud Radio, Manon Aubry a répondu aux questions de Maxime Lledo.
"L’UE est complice du génocide en Palestine et des crimes de guerre au Liban"
Maxime Lledo pour Sud Radio : Après la mort d’un deuxième militaire français et alors que trois militaires français ont aussi été blessés au sein de la Finul, la France doit-elle riposter ?
Manon Aubry : “Je veux d’abord avoir une pensée pour le sergent-chef décédé ce week-end, ainsi que pour les trois militaires français blessés dans le cadre de la Finul. Ce n’est pas la première fois que les casques bleus présents au Liban sont pris pour cible, et cette mission est l’une des plus exposées. Riposter, ce serait nous engager davantage dans ce conflit. Et ce serait mettre encore plus en danger nos militaires.”
La Finul a-t-elle encore un rôle à jouer sur place ?
“Je pense qu’il faut conserver un cadre de maintien de la paix. En revanche, il faut reposer la question de la mission exacte de la Finul et aussi celle du rôle des États européens. Dans ce conflit, l’Union européenne est aux abonnés absents alors qu’elle pourrait jouer un rôle de médiation et de dialogue. Ce dont je suis sûre, c’est qu’à aucun moment les bombes ne ramènent ni la paix ni la démocratie.”
Le désarmement du Hezbollah est-il, selon vous, l’objectif vers lequel il faut aller ?
“Le désarmement du Hezbollah est évidemment nécessaire et souhaitable. Mais je constate que ce n’est pas l’objectif réel du gouvernement israélien. Le chef de l’armée israélienne a lui-même évoqué l’occupation du Sud-Liban, et plusieurs responsables israéliens tiennent une ligne extrêmement dangereuse. Aujourd’hui, ce sont avant tout les populations civiles qui paient le prix de cette guerre.”
Craignez-vous que le Liban devienne un "nouveau Gaza" ?
“Malheureusement, ce n’est pas seulement une crainte, c’est la direction que cela prend. Des ministres du gouvernement de Benjamin Netanyahou disent eux-mêmes vouloir faire au Liban ce qui s’est passé à Gaza. À Gaza, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ont été commis. Et il existe désormais un risque très grave que cette logique s’étende au Liban.”
Pourquoi accusez-vous l’Union européenne de complicité ?
“Parce que l’Union européenne est le premier partenaire commercial d’Israël. Elle continue de commercer avec le gouvernement de Benjamin Netanyahou alors que celui-ci est responsable, selon moi, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Cela donne à l’UE une responsabilité particulière. Je le dis clairement sur l’antenne de Sud Radio : l’UE est complice du génocide en Palestine et des crimes de guerre au Liban.”
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"Il en va de la crédibilité de l’UE de suspendre l’accord avec Israël"
Vous demandez la suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël. Pourquoi ?
“Parce que cet accord contient un article 2 qui conditionne la relation au respect des droits humains. Or, la Commission européenne elle-même a établi que ces droits étaient violés. Il existe donc une base politique et juridique pour le suspendre. Il en va de la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale.”
Pourquoi cette suspension serait-elle plus crédible aujourd’hui qu’hier ?
“Parce qu’il existe désormais une initiative citoyenne européenne qui a recueilli plus d’un million de signatures. C’est un outil de pression concret sur la Commission européenne, qui devra répondre. Dans le même temps, plusieurs États veulent remettre cette question sur la table au niveau européen. Il y a donc à la fois une pression populaire et une fenêtre politique.”
🗣️@ManonAubryFr : "Il en va de la crédibilité de l'UE de suspendre l'accord avec Israël. Comment peut-on commercer avec un État qui commet des crimes de guerre !" #GrandMatin
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Certains vous rétorquent que si l’on remet en cause cet accord avec Israël, il faudrait aussi revoir ceux conclus avec d’autres pays autoritaires. Que leur répondez-vous ?
“Je suis la première à dénoncer les compromissions de l’Union européenne avec d’autres régimes autoritaires. Mais il faut être précis : les accords évoqués ne sont pas de même nature et n’ont pas les mêmes volumes financiers. Ici, on parle d’un accord d’association qui fait de l’UE un partenaire commercial majeur d’Israël. C’est précisément pour cela que sa responsabilité est directe.”
Faut-il suspendre cet accord immédiatement ?
“Oui, il faut le suspendre sans attendre. Nous ne pouvons plus attendre une heure de plus, ni un jour de plus. L’Union européenne ne peut pas continuer comme si de rien n’était. Elle doit utiliser le levier dont elle dispose.”
Carburants : "Nous sommes les seuls à proposer le blocage des prix !"
Face à la hausse des prix à la pompe, faut-il prolonger les aides gouvernementales ?
“Ces aides ne sont que du saupoudrage. Tous ceux qui nous écoutent savent qu’au moment de faire le plein, certains dépassent désormais les 100 euros. Avec un litre à plus de 2,30 euros ou 2,40 euros, la situation devient intenable pour beaucoup de familles. Cela ne peut pas être la seule réponse du gouvernement.”
Quelle est votre solution ?
“Nous sommes les seuls à proposer le blocage des prix. L’objectif est simple : bloquer le prix du litre d’essence à 1,70 euro. C’est une mesure immédiate, lisible et efficace pour le pouvoir d’achat. Elle répond directement à l’urgence vécue par les automobilistes.”
Comment finance-t-on une telle mesure ?
“Elle ne coûterait pas un centime à l’État. Ce sont les raffineurs et les pétroliers qui doivent prendre sur leurs marges. Aujourd’hui, ils réalisent plus de 12 millions d’euros de profits par jour. Total, depuis le début de la crise, a encaissé des bénéfices énormes.”
Vous accusez aussi vos adversaires politiques de protéger ces profits ?
“Oui, parce qu’ils refusent de toucher aux marges des pétroliers. Quand on refuse de s’attaquer à ces profits, on choisit de les protéger. C’est vrai des macronistes, mais aussi du Rassemblement national. Nous, nous faisons le choix inverse : défendre ceux qui paient leur plein au prix fort.”
Le travail le 1er mai, sur la base du volontariat et payé double, est-il une bonne réponse au pouvoir d’achat ?
“Non, la meilleure solution, c’est d’augmenter les salaires et de mieux partager les richesses. Le volontariat finit souvent par devenir un volontariat de façade. On l’a déjà vu avec d’autres dispositifs de flexibilisation du travail. Ce que demandent les gens qui galèrent, c’est d’abord une hausse des salaires.”
"Le 8 mars doit devenir un jour férié"
Soutenez-vous l’idée de rendre le 8 mars férié ?
“Oui, pleinement. C’est une demande de la CGT que je partage. Le 8 mars est la journée internationale pour les droits des femmes, et cette date mérite une reconnaissance forte. Ce serait une mesure à la fois symbolique et utile.”
Pourquoi est-ce important à vos yeux ?
“Parce que les femmes sont toujours payées en moyenne 20 % de moins que les hommes. Les inégalités persistent dans le travail, dans les carrières et dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Faire du 8 mars un jour férié permettrait de rappeler que cette bataille est loin d’être gagnée. Ce serait aussi une journée de mobilisation pour l’égalité réelle.”
"Nous déciderons collectivement à LFI, avec une procédure de 150 000 parrainages citoyens, de notre candidat pour 2027"
Comment sera désigné le candidat de LFI pour 2027 ?
“La France insoumise a validé sa méthode d’approbation. La direction fera une proposition à l’intergroupe parlementaire, puis cette proposition sera soumise à l’approbation de 150 000 parrainages citoyens. Nous déciderons donc collectivement. C’est cette procédure qui permettra de désigner notre candidat pour 2027.”
Jean-Luc Mélenchon se prépare-t-il déjà ?
“Soyez un peu patients. Nous avons notre propre calendrier et nous allons le respecter. Ce qui compte pour nous, ce n’est pas seulement un nom, c’est aussi une dynamique citoyenne. Et nous aurons l’occasion d’en reparler très bientôt sur Sud Radio.”
Souhaitez-vous reconstruire une alliance à gauche autour du Nouveau Front populaire ?
“Oui, mais pas par des accords d’appareils ou des deals de coin de table. Nous croyons davantage à une alliance construite par la base, dans les débats publics et populaires. J’en profite pour lancer un appel aux écologistes, aux communistes et aux socialistes orphelins du Nouveau Front populaire. Nous continuerons à défendre ce programme.”
Elon Musk, convoqué par la justice française : faut-il aller jusqu’à un mandat d’arrêt international s’il ne vient pas ?
“Oui, parce que personne ne peut s’extraire de la loi française, y compris quand on est milliardaire. Les grandes plateformes doivent assumer leurs responsabilités, notamment face aux contenus illégaux et aux manipulations. La justice doit pouvoir aller au bout. Il n’y a pas de statut d’exception pour les puissants.”
Et sur le cas de Rima Hassan, que demandez-vous ?
“Je demande des comptes au ministre de la Justice et au ministre de l’Intérieur. Nous avons appris qu’elle avait été géolocalisée et suivie des mois avant même le tweet pour lequel elle est poursuivie. Dans une démocratie, on ne doit pas traquer des opposants. Les ministres concernés doivent s’expliquer et, selon moi, démissionner.”
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