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Laurent Wauquiez (LR) : "La France a un rôle à jouer dans la sécurisation du détroit d'Ormuz"

Par Aurélie Giraud

ENTRETIEN SUD RADIO - Cessez-le-feu en Iran, carburants, 2027 : Laurent Wauquiez, député de Haute-Loire et président du groupe Droite Républicaine à l'Assemblée nationale, était “L’invité politique” sur Sud Radio.

Laurent Wauquiez
Laurent Wauquiez, interviewé par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 8 avril 2026, dans “L’invité politique”.

Cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis, sécurisation du détroit d’Ormuz, flambée puis baisse attendue des prix des carburants, chèque énergie, antisémitisme, LFI, présidentielle de 2027, RN et rivalité avec Bruno Retailleau. Au micro de Sud Radio, Laurent Wauquiez a répondu aux questions de Jean-François Achilli.

"Nous devrions prendre l'initiative de mettre sur la table la constitution d'une force internationale pour sécuriser le détroit d'Ormuz"

Jean-François Achilli pour Sud Radio : L’accord de cessez-le-feu annoncé par Donald Trump avec l’Iran vous soulage-t-il ?
Laurent Wauquiez : “Après des semaines qui ont quand même été très angoissantes, c’est une première bonne nouvelle. Et je pense qu’il y a une opportunité pour la France, avec un rôle à jouer.”

Quel rôle la France doit-elle jouer selon vous ?
“Pour moi, il va y avoir un enjeu clé : la sécurisation du détroit d’Ormuz. Le rôle que la France doit jouer, c’est de participer à une force internationale permettant de sécuriser sur la durée ce détroit.”

Pourquoi en faites-vous un enjeu majeur ?
“Parce que ce qu’on a découvert dans cette crise, c’est qu’on avait le robinet énergétique de l’économie de la planète à côté d’une poudrière. On ne peut pas continuer dans un contexte où l’économie mondiale est prise en otage par le moindre conflit dans cette zone.”

Vous plaidez donc pour une présence durable ?
“Oui. La France participe déjà à une mission de sécurisation en mer Rouge. Pendant cette période de cessez-le-feu, nous devrions prendre l’initiative, avec la diplomatie française, de mettre sur la table la constitution d’une force internationale permettant de sécuriser sur la durée la circulation dans ce détroit.”

La France ne serait pas seule ?
“Bien sûr que non. On participerait avec d’autres marines. Mais il faut tirer de cette crise des leçons durables. On a eu quelques semaines de conflit, une explosion de la facture de l’énergie, une incertitude mondiale, et l’économie de la planète sous le joug de cette tension. Ce détroit est trop important pour l’économie de la planète.”

La libération attendue des otages français peut-elle donner davantage de marge à Emmanuel Macron ?
“Je pense qu’il y a un rôle à jouer pour la diplomatie internationale française. Nous avons une marine qui a montré son efficacité et sa réactivité. Nous sommes présents dans ce secteur. Et pour l’intérêt même des Français, sécuriser les approvisionnements en pétrole et en essence est essentiel.”

"Trump a tenu un discours génocidaire"

Que vous inspire Donald Trump, qui menaçait de "faire mourir une civilisation" avant de se satisfaire d’un accord ?
“C’est dramatique. On a affaire à un président américain qui est non seulement vulgaire, insultant, erratique. C’est très préoccupant.”

Pourquoi utilisez-vous des mots aussi forts ?
“Parce qu’hier, il promettait de tuer la civilisation perse. La civilisation perse, c’est une très grande civilisation, l’une des plus anciennes, l’une des plus brillantes du Moyen-Âge. Qu’un président américain, qui devrait défendre des valeurs de démocratie, puisse dire qu’il va détruire une civilisation, c’est un discours génocidaire.”

Vous dites donc clairement que Donald Trump a tenu un discours génocidaire ?
“Oui. Quand on dit qu’on va tuer une civilisation, je ne sais pas comment appeler cela autrement.”

Ce président vous paraît-il crédible ?
“Le problème, ce n’est pas qu’il n’est pas crédible. Il a l’armée américaine sous son contrôle. Il agit, sur les droits de douane comme sur la scène internationale. Le problème, c’est qu’on a un président qui, d’un tweet à l’autre, change totalement de position. C’est pour cela que je le redis : la diplomatie française a une fenêtre d’opportunité. Nous pouvons apporter de la stabilité et de la constance.”

"Le chèque énergie, c’est un chèque assistanat"

Combien de temps faudra-t-il, selon vous, pour que la baisse des cours se répercute à la pompe ?
“Il faut que ce soit plus vite que ne l’a été la hausse. À peine le détroit a été fermé, immédiatement on a eu la hausse sur le carburant. Maintenant, l’enjeu pour le gouvernement, ce sera de surveiller le retour de la baisse.”

Le gouvernement a-t-il bien réagi sur ce terrain ?
“Sur la surveillance des prix, ils ont fait ce qu’ils pouvaient faire. Moi, ce que je demandais, c’était une transparence totale. Si le gouvernement faisait des recettes supplémentaires, il devait s’engager à les rendre aux automobilistes sous forme de baisse de taxes. Je regrette que cela n’ait pas été fait.”

Vous critiquez surtout le chèque énergie ?
“Oui, parce que, comme toujours, c’est sous plafonnement de ressources. Je vais dire les choses clairement : le chèque énergie, c’est un chèque assistanat. Il a bénéficié très majoritairement à des gens qui pourraient travailler et qui ne travaillent pas, et il a été payé par les impôts de ceux qui bossent.”

Que reprochez-vous précisément à ce mécanisme ?
“Celui qui travaille a pris de plein fouet la hausse des taxes et du carburant, et il voit son argent servir à financer quelqu’un qui reste chez lui et qui n’a pas été affecté de la même manière par cette hausse. Pour moi, on retrouve le même problème français : l’équilibre entre le travail et l’assistanat.”

Quelle est votre ligne politique sur ce sujet ?
“Il faut défendre ceux qui travaillent, baisser les taxes et les impôts sur ceux qui se donnent la peine de travailler, et arrêter de nourrir un système d’assistanat qui nous coûte très cher.”

Que répondez-vous à Marine Le Pen, qui propose une TVA à 5,5% sur les carburants ?
“Elle promet n’importe quoi, comme souvent. Sa proposition se compte en milliards et elle n’explique même pas comment elle la finance. C’est une politique irresponsable. Moi, j’explique où je prends l’argent : dans la baisse des dépenses d’assistanat, pour le rendre à ceux qui travaillent.”

Vous défendez une logique d’économies avant toute baisse d’impôts ?
“Oui. Vous voulez baisser les taxes, il faut faire des économies. C’est ce que nous avons fait dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, la seule région qui a baissé la taxe sur le carburant pendant que je la gérais.”

"Je soutiens la proposition de loi Yadan"

Soutenez-vous la proposition de loi de Caroline Yadan contre les formes renouvelées de l’antisémitisme ?
“Oui, je la soutiens. Je souhaite qu’il y ait ce débat à l’Assemblée nationale, parce qu’on a en ce moment une explosion de l’antisémitisme dans notre pays.”

Ce texte peut-il être une réponse efficace ?
“En tout cas, ne rien faire n’est pas une réponse. La population juive représente une part infime de la population française, et pourtant une part immense des agressions racistes vise aujourd’hui des Juifs. On ne peut pas détourner le regard.”

Certains dénoncent un texte attentatoire à la liberté d’expression.
“Ce discours, c’est surtout celui de LFI. LFI nourrit l’antisémitisme. LFI alimente la violence. LFI est le premier danger pour la République.”

Que dites-vous aux 500.000 signataires de la pétition hostile au texte ?
“Que le texte soit perfectible, aucun problème, on va en débattre. C’est fait pour cela, l’Assemblée nationale. Mais moi, je pense à ces jeunes filles juives qui expliquent qu’elles cachent les signes de leur religion dans le métro pour ne pas se faire agresser. Je pense à ces élèves qui doivent prendre un car pour parcourir quelques centaines de mètres afin d’éviter les violences. Ça, c’est la réalité.”

Vous estimez que la France ferme trop souvent les yeux ?
“Oui. On a beaucoup trop baissé le regard. On a beaucoup trop accepté l’inacceptable. Sur l’antisémitisme, je ne me cacherai jamais.”

La France est-elle devenue raciste, comme certains le disent dans le débat public ?
“Parce qu’on critique le maire de Saint-Denis, on serait raciste ? Non. Je critique une politique, pas un homme. Dans une ville confrontée à une très forte insécurité, désarmer la police municipale est une politique dangereuse et irresponsable.”

Vous accusez LFI de "racialiser" le débat ?
“Oui. LFI cherche à tout ethniciser, à tout raciser. Ce n’est pas ma conception de la France. Je revendique le droit de critiquer une politique sans être accusé de racisme.”

"Marine Le Pen et Jordan Bardella sont des tartuffes"

À un an de la présidentielle, Jean-François Copé parle d’un schisme chez LR. Que lui répondez-vous ?
“Pour une fois, au lieu de regarder les schismes, on peut peut-être essayer de faire le vrai travail : rassembler la droite. S’il y a plusieurs candidats de droite au premier tour, il n’y en aura aucun au second tour.”

Vous écartez toujours une alliance avec Marine Le Pen ?
“Oui. Je n’ai pas l’intention d’aller avec Marine Le Pen, parce que, sur le plan économique, elle n’est pas de droite.”

Et quand Jordan Bardella tend la main à la droite classique ?
“Ne tombez pas dans le panneau. Ce sont des tartuffes. Ce sont des hypocrites.”

Pourquoi employez-vous ce terme ?
“Parce qu’il n’y a aucun appel sincère à la droite. Regardez ce qui s’est passé dans plusieurs villes : d’un côté ils font semblant de tendre la main, de l’autre ils maintiennent des candidatures pour faire perdre la droite. Il y a un double discours constant.”

Quelle est votre ligne, alors ?
“Elle est très claire : je veux rassembler toute la droite, rien que la droite.”

Sarah Knafo entre-t-elle dans ce périmètre ?
“Je ne suis pas sélectionneur. Je pars du fond. Mes priorités sont simples : remettre de l’autorité, de la sécurité, arrêter une immigration hors de contrôle, baisser la dépense pour baisser les impôts, contrôler l’assistanat. Tous ceux qui se retrouvent dans ce programme sont les bienvenus. Quand j’écoute ses propos pendant la campagne de Paris, je n’ai pas l’impression d’avoir affaire à une dangereuse extrémiste.”

"Le choix proposé aux militants LR par Bruno Retailleau est un choix de dupes"

Vous seriez prêt, vous, à être ce rassembleur pour 2027 ?
“Je ne peux pas venir sur ce plateau et vous dire qu’il y a trop de candidats à droite, que c’est la machine à perdre, puis vous annoncer ensuite que moi aussi je rajoute ma candidature.”

Vous laissez tout de même une porte entrouverte ?
“Je sais que je serai amené à m’exprimer sur ce sujet. J’y réfléchis. Je suis conscient de mes responsabilités. Mais pour l’instant, toute mon énergie est mise dans le rassemblement de la droite.”

Que dites-vous à Bruno Retailleau, qui pousse son propre dispositif chez LR ?
“Ce n’est pas un vrai choix qui est proposé aux Républicains et aux militants. C’est un choix de dupes. Parce qu’on leur propose des options sans leur poser la seule vraie question : souhaitez-vous à tout prix un candidat LR avec d’autres candidats de droite et le risque de perdre, ou souhaitez-vous le rassemblement de la droite ? Cette question n’est pas posée.”

Vous estimez donc que les militants LR devraient être consultés autrement ?
“Oui. Quand on consulte les militants LR, il faut vraiment les consulter. Il ne faut pas leur proposer un choix de dupes.”

Et sur la commission d’enquête sur l’audiovisuel public ?
“Une commission d’enquête est toujours utile. Elle a parfois été excessive, parfois mal régulée, mais je ne trouve pas inutile qu’on braque les projecteurs sur la manière dont est dépensé l’argent public.”

Vous attendez un rapport ?
“Oui, évidemment. Après autant d’auditions, s’il n’y avait même pas de rapport à l’arrivée, ce serait un échec catastrophique.”

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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