Retraites, marathon budgétaire, méthode Lecornu, Mercosur : Au micro de Sud Radio, Laurent Panifous a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
"Il y a une majorité à l’Assemblée pour suspendre la réforme des retraites"
Jean-François Achilli pour Sud radio : C’est le jour J à l’Assemblée nationale. Le gouvernement cède-t-il sur tout ?
Laurent Panifous : "Oui, c’est un jour particulièrement important pour le gouvernement, mais aussi pour notre pays, parce que c’était une des conditions de la stabilité politique et de la stabilité de nos institutions. La question de la suspension de la réforme des retraites, et aujourd’hui aussi celle des carrières longues, est essentielle."
C’était une exigence de la gauche…
"Je fais partie de ces ministres – peut-être le seul – qui, président du groupe LIOT il y a encore quelques semaines, s’était battu contre cette réforme des retraites. Il faut équilibrer nos retraites, c’est important, mais il faut aussi apporter une solution juste. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a posé sur la table un compromis : suspendre la réforme et renvoyer ce sujet à l’élection présidentielle, où un grand débat de société devra avoir lieu."
Vous évoquez une majorité prête à voter cette suspension. Qui la compose ?
"À l’Assemblée nationale, il y a une majorité pour suspendre cette réforme et chercher une autre solution plus juste. C’est un fait. Le Premier ministre respecte un engagement, et la parole donnée compte. La suspension devrait être actée tout à l’heure, je le souhaite. Cette question pollue le débat public depuis 2023 : il est temps de trancher. Les masques vont tomber, chacun devra assumer son vote."
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Même la gauche la plus critique vous soutiendra ?
"Les communistes et les écologistes ont demandé d’inclure les carrières longues, et cette demande a été entendue. C’est une question de justice sociale. Je pense que ce vote dépassera les clivages habituels : il y a un consensus sur le besoin de remettre à plat le système."
Mais ce compromis a un coût. Jusqu’où cela peut aller ?
"Chaque fois qu’on fait un bougé, cela génère une dépense supplémentaire. Notre situation déficitaire est connue, mais il fallait ce pas de côté. Aujourd’hui, il y aura un coût important, plusieurs centaines de millions pour 2026, peut-être plusieurs milliards l’année suivante. Il faudra trouver des solutions de financement."
Et sur le plan politique, cette majorité est-elle durable ?
"Personne n’a la majorité absolue. Mais sur la suspension, une majorité d’idées existe. Elle n’est pas idéologique, elle est pragmatique. C’est cette logique du compromis que nous voulons faire vivre à l’Assemblée."
"Oui, Sébastien Lecornu 'passera l’hiver'"
On a l’impression que vous achetez la paix politique avec la gauche, au détriment des finances publiques.
"Je ne suis pas d’accord. Le compromis, c’est quand chacun fait un pas. La droite, la gauche et le centre l’ont fait. Le budget en cours de construction est un budget de compromis, de concessions, qui ne satisfait personne. Mais la stabilité exige cela. La droite a obtenu la défiscalisation des heures supplémentaires, marqueur important. Le Bloc central a fait une concession sur la suspension de la réforme des retraites. Ce n’est pas un recul, c’est un équilibre."
Pierre Moscovici estime que “ceux qui disent qu’il n’y a pas de problème de financement des retraites ne disent pas la vérité”. Vous partagez cette analyse ?
"C’est vrai. Il faut trouver un régime de retraites équilibré. Plusieurs propositions sont sur la table : capitalisation, retraite par points, élargissement de la base de financement. Tout cela devra être tranché dans les mois à venir, pas aujourd’hui."
Gabriel Attal propose un capital de 1000 euros à la naissance pour financer la retraite. Bonne ou mauvaise idée ?
"Le groupe EPR a mis sur la table cette idée, en même temps que la question de la capitalisation et de la retraite par points. C’est le rôle des groupes politiques d’apporter des solutions. Que ce soit un capital à la naissance ou un autre mode de financement, il faut que les partis proposent. Personne n’imagine que ce soir à minuit la question des retraites sera réglée."
Qui votera la suspension de la réforme ? Comptez-vous sur le Rassemblement national ?
"Ce que j’ai vu, c’est qu’il y a à l’Assemblée nationale une majorité pour suspendre cette réforme et chercher une autre solution plus juste. Le Premier ministre respecte un engagement : la parole donnée. La gauche a fait barrage au RN lors des législatives, et pourtant, la France insoumise annonce voter contre la suspension. C’est contre-intuitif. Je pense que la suspension sera actée tout à l’heure. Cette question pollue le débat public depuis 2023. Grâce à ce vote, le débat va être tranché. Les masques vont tomber."
Cette suspension inclut les carrières longues, comme le demandaient les communistes ?
"Oui, c’est une question de justice sociale. C’est important de la soutenir. Mais il faudra aussi proposer des chemins différents pour équilibrer le système. On ne peut pas supprimer toutes les mesures d’économie sans trouver des financements."
Le budget sera-t-il voté avant le 31 décembre ? Et Sébastien Lecornu, passera-t-il l’hiver ?
"L’objectif est d’apporter un budget à la France avant le 31 décembre. Le Sénat va commencer son travail, puis viendra la commission mixte paritaire, moment crucial pour trouver un compromis. Personne n’a la majorité à l’Assemblée, donc il faut des concessions. Oui, je pense que c’est possible. Et oui, Sébastien Lecornu passera l’hiver. Cela dépend de la volonté des uns et des autres d’apporter de la stabilité."
Pas d’ordonnances alors ?
"Ce n’est absolument pas l’objectif. L’objectif, c’est de faire voter un budget à l’Assemblée nationale et au Sénat."
"En l’état, le Mercosur n’est pas acceptable"
Emmanuel Macron est en visite à Toulouse. Les agriculteurs veulent le rencontrer à propos du Mercosur. Quelle est votre position ?
"Je pense qu’en l’état, le Mercosur n’est pas acceptable. On ne peut pas importer des produits qui ne respectent pas les normes imposées à nos agriculteurs. Ce n’est pas envisageable. Peut-être que le président a voulu parler d’avancées européennes, mais sans clauses miroirs ni contrôles renforcés, ce n’est pas acceptable."
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La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, veut signer avant Noël. Comment rassurer les agriculteurs ?
"Le gouvernement doit se donner les moyens d’appliquer ces clauses. C’est au niveau européen que cela doit se faire. Il est impossible que nous importions des produits qui ne peuvent pas être produits chez nous. Le contrat actuel n’est pas acceptable."
Mais la France va signer, non ?
"Non. Ce n’est pas moi qui vais vous dire aujourd’hui que la France va signer. Que le président constate des améliorations au niveau européen, c’est une chose. Mais le Mercosur, tel qu’il est prévu aujourd’hui, ne peut pas être signé. Ce n’est pas acceptable."
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