Dérèglement du monde, retour des États-puissances, budget des armées, dissuasion nucléaire, Europe de la défense, narcotrafic et unité nationale. Au micro de Sud Radio, le général Pierre de Villiers a répondu aux questions de Jean-François Achilli à l’occasion de la parution de son livre Pour le succès des armes de la France (Fayard).
"Réarmer la France n’est plus une nécessité, c’est une urgence"
Jean-François Achilli : Quel est le message principal que vous souhaitez faire passer aujourd’hui sur l’antenne de Sud Radio ?
Général Pierre de Villiers : “En 2017, quand j’ai écrit Servir, réarmer la France, réarmer les armées, réarmer les forces morales de notre pays, c’était une nécessité. Aujourd’hui, ce n’est plus une nécessité, c’est une urgence.”
Pourquoi parlez-vous désormais d’urgence ?
“Parce que nous avons changé d’époque. Pendant des décennies, plus personne ne croyait à la guerre. Certains n’y croient toujours pas. Pourtant, le monde est en train de changer en profondeur et l’histoire s’écrit sous nos yeux.”
Vous situez cette alerte dès votre départ de l’armée en 2017.
“C’était à l’origine de mon désaccord avec le président Macron en juillet 2017. Je sentais bien monter les choses et je voyais un réarmement poussif à l’horizon.”
Votre message s’adresse-t-il aussi aux responsables politiques actuels et futurs ?
“Oui. Je veux que nos dirigeants actuels et surtout futurs se prononcent clairement sur mes propositions en matière de défense. Les Français attendent de la clarté, de l’ordre et de la fermeté.”
🗣️ Pierre de Villiers : "Macron a fini par réarmer, mais à un rythme insuffisant ! Il faut réarmer sur 10 ans ! Je ne doute pas de nos soldats, mais que se passerait-il si nous étions dans la situation de l'Ukraine ?" #GrandMatin
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"Il faut d’ici 2035 une vraie vision à 10 ans"
Vous insistez longuement sur le temps long du réarmement. Pourquoi ?
“Reconstruire un modèle d’armée, c’est dix ans. Or nous faisons de l’approche budgétaire annuelle, ce qui est une erreur stratégique.”
Le budget des armées a pourtant augmenté.
“C’est un effort, mais le modèle n’a pas augmenté. On s’est contenté de boucher les lacunes capacitaires.”
Que manque-t-il aujourd’hui aux armées françaises ?
“Il nous manque à peu près tout pour tenir dans la durée. La guerre, c’est dur et ça dure. Il faut de l’épaisseur stratégique, logistique, des munitions, des pièces de rechange.”
Les soldats français sont-ils prêts à s’engager ?
“Je ne doute absolument pas des soldats, marins et aviateurs. S’il fallait s’engager, ils iraient jusqu’au sacrifice suprême.”
La dissuasion nucléaire suffit-elle encore ?
“La dissuasion nucléaire a fonctionné parce qu’elle était accompagnée de forces conventionnelles du même niveau de suffisance. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.”
"La question n’est pas de dire, la question est de faire"
Vous estimez que la France parle beaucoup mais agit peu.
“On a beaucoup parlé depuis huit ans. Les choses ont beaucoup évolué et ce ne sont pas des surprises stratégiques. Maintenant, la question n’est pas de dire, la question est de faire.”
🗣️ Pierre de Villiers : "@SebLecornu a pleinement conscience de la nécessité du réarmer de la France, mais la question maintenant n'est pas de dire, c'est de faire" #GrandMatin
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Emmanuel Macron a-t-il malgré tout engagé un réarmement ?
“Il a contribué au début du réarmement, j’en prends acte, mais relativement modestement par rapport à la situation qu’il a prise en 2017, qui était une situation de délabrement de nos armées.”
Pourquoi ce décalage entre les annonces et la réalité ?
“On est passé de 32 à 50 milliards d’euros, c’est un effort, mais sur ces 50 milliards il y a déjà des reports de charges. Ce n’est jamais complètement vrai et jamais complètement faux.”
Quel est le principal danger selon vous en matière de stratégie ?
“Le principal ennemi en stratégie, c’est l’ambiguïté. La vision doit être claire. Où veut-on aller ?”
"Je ne vais pas pleurer sur le président Maduro"
Que vous inspire l’action de Donald Trump à l’égard du président vénézuélien Nicolas Maduro ?
“C’est la réalisation concrète de ce que j’écris dans mon livre. Ce monde est dérégulé sous le coup des États-puissances et du terrorisme islamiste radical.”
Cette action américaine est-elle légitime à vos yeux ?
“C’est une action qui ne respecte pas les anciens codes mis en place à la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais on a changé d’époque. Il faut en prendre conscience et être pragmatique.”
Certains dénoncent un coup de force brutal.
“Je ne vais pas pleurer sur le président Maduro qui a quand même martyrisé son peuple.”
Donald Trump applique-t-il une logique stratégique ?
“Il met en œuvre une stratégie écrite, publiée et claire. C’est un mélange d’America First et de la doctrine de Monroe. Je règne autour de ma zone.”
Quelle différence faites-vous entre États-puissances et démocraties européennes ?
“Nous parlons. Eux parlent et ils agissent en cohérence entre ce qu’ils disent et ce qu’ils font.”
Sommes-nous entrés dans la loi du plus fort ?
“C’est la loi du plus fort. C’est vieux comme le monde. Le faible attire le fort. Aujourd’hui, en Europe, nous sommes les faibles.”
🗣️ Pierre de Villiers : "Il y a une différence entre les États‑puissances et nos démocraties européennes : nous, on parle, eux, ils parlent… et ils agissent. C’est la loi du plus fort" #Venezuela #GrandMatin
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"Le narcotrafic, c’est la guerre"
Parlez-vous d’un risque de guerre intérieure en France ?
“Ce qui manque en France, c’est la concorde. Nous sommes une société fracturée : sociale, territoriale, intergénérationnelle. L’unité nationale est essentielle.”
Vous employez des mots très forts sur le narcotrafic.
“Le narcotrafic, c’est la guerre. Ce sont des guerriers. Ils tirent à balles réelles. Il y a des morts. Les enjeux sont énormes, l’argent est colossal, les moyens sont considérables.”
La réponse actuelle de l’État est-elle à la hauteur ?
“La réponse n’y est pas. On fait des opérations de communication, mais on ne règle rien.”
Quel est le principal danger à vos yeux ?
“Si l’État ne protège plus suffisamment les citoyens, ils le feront à sa place. C’est ce qu’il faut absolument éviter.”
Faut-il faire intervenir l’armée sur le territoire national ?
“Non. L’armée n’est pas faite pour intervenir militairement sur le territoire national, sauf si l’on bascule d’une situation de maintien de l’ordre à une situation d’action de guerre.”
Que faut-il faire alors ?
“Il faut inverser la peur. Aujourd’hui, ils savent que la peur est dans notre camp. Il faut la faire changer de camp et rétablir l’ordre.”
"Je ne participerai à aucune élection, mon parti c’est la France. Et je fais ce que je dis !"
On vous prête à nouveau des ambitions politiques.
“On me pose toujours la question. Ma réponse est claire : je ne participerai à aucune élection. Je m’y tiens.”
Même pas à l’approche de 2027 ?
“Non. Ma carrière est derrière moi. Je n’ai pas de vocation politique.”
Certains voient pourtant dans votre livre un positionnement très politique.
“Il est politique parce que tout est politique. Quand on traite des questions de défense, on ne peut pas faire autrement que d’avoir une approche globale.”
Quel rôle entendez-vous alors jouer ?
“Je continuerai à me faire entendre sur les sujets de défense. Je veux que ce sujet soit enfin sur la table et pris à la hauteur des enjeux actuels.”
Soutiendrez-vous un candidat ?
“Mon objectif n’est pas d’entrer en campagne pour soutenir quiconque. Mon parti, c’est la France.”
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