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Michel Maffesoli : "Dans l'espace commun, c'était le français qui était la culture essentielle"

INTERVIEW SUD RADIO - Invité de Périco Légasse dans "La France dans tous ses états", le philosophe Michel Maffesoli est revenu sur ses origines italiennes et l'intégration en France telle qu'il a pu la voir en étant enfant.

Michel Maffesoli
Michel Maffesoli, invité de Périco Légasse dans "La France dans tous ses états"

Dans son dernier livre, intitulé Mes tribus (Éditions du Cerf), Michel Maffesoli explique qu'aujourd'hui, il y a des tribus qui le sont juste par leur comportement social, et non par leur origine, comme c'était le cas auparavant.

Michel Maffesoli : "C'est le français qui a été le ciment qui a fait que c'était un village très uni"

Périco Légasse : Jean-Luc Mélenchon parle de "créolisation". Ce concept peut-il s'admettre ?

Michel Maffesoli : Voyez-vous, tous ces gens [que j'ai côtoyés dans mon village en étant enfant] qui viennent d'ici et de là… C'était le français qui était l'homogénéisation. Et l'école primaire, en la matière, servait justement de ciment. Non, il n'y avait pas de créolisation, le français était important, et la culture française et la langue française étaient le point commun. À l'extérieur, je n'ai jamais entendu parler espagnol, polonais, tchèque… À la maison peut-être, mais pas dans l'espace public - au marché, à l'église, c'était le français.

Périco Légasse : Donc, il y avait une laïcité culturelle. On vivait sa vie avec ses origines, avec la famille à la maison, mais dans la vie publique et dans la rue on était Français, on s'intégrait.

Michel Maffesoli : Moi, je suis un un produit de cette culture. Le français était pour nous ce lien.

Périco Légasse : Donc, l'intégration dans le respect de la diversité, mais une diversité qui, malgré tout, fait comprendre qu'on est venus pour être Français ?

Michel Maffesoli : Dans ce petit village il y avait 3.000 habitants à l'époque. Il y avait des mines - maintenant ce n'est plus le cas. Et il y avait 600 Polonais, c'est pas rien. Chaque tribu avait ses lieux spécifiques. Mais quand on était dans l'espace commun, c'était le français qui était la culture essentielle. Et s'ils venaient là, c'était pour rester. Dans notre village de 3.000 personnes il y avait 600 Polonais. Et c'est le français qui a été le ciment qui a fait que c'était un village très uni. Je suis né en 1944. Dans cette décennie entre ma naissance et les années 1950, il y avait cette espèce de cohésion très forte.

"Je vois que les jeunes partagent des émotions, des affects, des sentiments"

Périco Légasse : On passe d'une société de production à une société de communication, le lien social se tisse moins par des contrats rationnels que par des liens affectifs et symboliques : les médias, les réseaux sociaux et les technologies numériques deviennent le nouveau village où se forment ces communautés. Vous voulez dire qu'il y a des tribus aujourd'hui qui ne sont plus des tribus italiennes ou espagnoles, ce sont des tribus qui le sont juste par ce comportement social ?

Michel Maffesoli : Partage d'émotions, des affects. Il ne faut pas oublier que dans la vieille tradition française, l'imagination, les affects, c'est "la folle du logis". […] Je vois avec ces jeunes-là qu'ils partagent des émotions, des affects, des sentiments. C'est à partir de là que je dis : plutôt que de critiquer ou de ne pas voir l'élaboration de ces petites tribus, repérons-les et accompagnons-les pour que ça ne devienne pas le pire. Parce que la sagesse que j'ai puisée dans mon village, c'est que [toute chose peut être] pour le meilleur et pour le pire.

https://www.youtube.com/watch?v=X0BgaCAi3VM

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Retrouvez “Le face à face” de Périco Légasse chaque jour à 13h dans "La France dans tous ses états" sur Sud Radio.

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