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Libre-échange : ennemi des agriculteurs ?

Par Jean Baptiste Giraud

Les agriculteurs dénoncent le libre-échange. Ont-ils raison ?

Sébastien Abis
Sébastien Abis, invité de "Sud Radio vous explique" le 31 janvier 2024.

Comme l'explique Sébastien Abis, dans l'Union européenne, le positionnement des agriculteurs par rapport au libre-échange varie en fonction de leur pays.

 

"On a besoin de rapprocher les volumes agricoles dans le monde"

"Le point de crispation consiste à observer une nuance importante. La critique actuelle, qui a été mise dans un contexte européen et français particulier de revendications multiples du monde agricole sur le point commercial… C'est vrai que la critique porte sur des accords qui laisseraient passer des produits agricoles, des dispositifs normatifs et des dispositifs sociaux par rapport au droit du travail qui ne sont pas du tout conformes à un tissu d'exigences au niveau européen. Des agriculteurs critiquent ce côté déloyal du commerce.

En revanche, ce commerce agricole, à l'instar des échanges commerciaux en général, a des avantages. Parfois, il y a des désavantages parce qu'il y a de la concurrence. Il y a aussi des compétiteurs dans le monde qui ont montré des capacités supplémentaires ces dernières années. Mais on a un commerce qui est à la fois nécessaire parce que l'offre et la demande agricole dans le monde sont profondément hétérogènes, et on a besoin de rapprocher les volumes. Mais on a aussi, au niveau européen et français, des exportations qui sont bonnes pour nos économies, nos territoires et certaines filières d'excellence", a fait savoir Sébastien Abis, Chercheur associé à l'IRIS, directeur du Demeter et auteur de Géopolitique du blé (2023).

 

"Le paradoxe, c'est qu'on a accentué des compétitions entre États membres européens"

"Au niveau européen et français, à grands traits, on sait qu'aujourd'hui, sur tout ce qui est produits laitiers et céréaliers, sur le porc, qui marche bien à l'international, sur tout ce qui est boissons et spiritueux, nous avons des grosses locomotives à l'export. Qui génèrent énormément d'emplois, qui génèrent des recettes sur des balances commerciales, qui sont loin d'être excédentaires par ailleurs. Et tout ça fonctionne bien. En revanche, on a eu des secteurs plus fragiles ces dernières années, notamment les produits de la mer. Je rappelle que la première dépendance française sur le plan alimentaire, ce sont les produits de la mer. C'est le produit alimentaire qu'on importe le plus par rapport à ce que l'on consomme sur le plan hexagonal. Ce qui pose une vraie question sur notre capacité à développer la pêche, mais surtout l'aquaculture dans les prochaines années. Mais nous avons aussi des dépendances qui se sont accrues sur le terrain de viande de bœuf et de la volaille en particulier. Parce qu'encore une fois, il y a des super compétiteurs internationaux qu'on laisse venir sur les marchés européens sans être sur des dispositifs normatifs aussi élevés que ce que l'on impose à des éleveurs en France et en Europe.

C'est tout le sujet des clauses miroirs dont on parle depuis plusieurs mois en termes d'échanges commerciaux agricoles. Il faut que sur cette dimension agricole, l'Europe soit en capacité à la fois de promouvoir ses intérêts offensifs, ses valeurs. Mais en même temps, il faut qu'elle regarde ce théâtre international où la morale n'est pas dominante et où un certain nombre de pays ont envie de conquérir le marché européen. Je rappelle quand même que le grand gagnant depuis un demi-siècle de l'agriculture en France et en Europe, c'est quand même la construction de l'Union européenne, qui est un grand espace de libre échange. Et là, le paradoxe, c'est qu'on a accentué des compétitions entre États membres européens. On a laissé se développer des distorsions de concurrence dans l'espace communautaire", a expliqué Sébastien Abis.

 


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